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A sa Majesté Napoléon 1er, Empereur des
Français.
Majesté,
Dans la nuit du 22 au 23 octobre 1812, le Général Malet
s'évada de la maison de santé ou il avait
été placé du fait de son hostilité envers
votre personne. Il avait eu tout le loisir de préparer la
conspiration qui faillit vous coûter le trône en
annonçant votre mort, alors que vous vous battiez aux portes de
Moscou.
J'ai pu d'ailleurs me procurer le courrier (ne me demandez pas comment,
seuls mes amis Lorenzi et Decaux le savent) qu'il adressa à M.
Soulier cette nuit-là afin de mettre en oeuvre son coup
d'État, dont voici les lignes:
«A Monsieur Soulier, commandant de la 10ème cohorte.
Au Quartier Général de la Place Vendôme, le 23
octobre 1812, à 1 heure du matin.
Monsieur le Commandant,
Je donne l'ordre à M. le Général Lamotte de se
transporter à votre caserne accompagné d'un commissaire
de police pour faire, à la tête de la cohorte que vous
commandez, la lecture de l'acte du Sénat par lequel il annonce
la mort de l'Empereur et l'abolition du Gouvernement impérial.
Ce Général vous donnera aussi connaissance de l'ordre du
jour de la division, par lequel vous verrez que vous avez
été promu au grade de Général de brigade,
et qui vous indiquera les fonctions que vous aurez à remplir.
Vous ferez prendre les armes à la cohorte avec le plus grand
silence et le plus de diligence possible. Pour remplir ce double but
plus sûrement, vous défendrez que l'on avertisse les
officiers qui seraient éloignés de la caserne.
Lorsque le jour sera arrivé, les officiers qui se
présenteront à la caserne seront envoyés à
la place de Grève où ils attendront les compagnies qui
devront s'y réunir après avoir exécuté les
ordres qui seront donné par M. Le Général Lamotte,
et auxquels vous voudrez bien vous conformer en le secondant de tout
votre pouvoir.
Lorsque ces ordres seront exécutés, vous vous rendrez
à la place de Grève pour prendre le commandement qui vous
est indiqué dans l'ordre du jour.
Vous ferez toutes vos dispositions pour garder l'Hôtel de Ville
et ses avenues. Vous placerez au clocher de Saint-Jean un
détachement pour être maître de sonner le tocsin au
moment où cela deviendrait nécessaire.
Ces dispositions faites, vous vous présenterez chez M. le
Préfet, qui demeure à l'hôtel de Ville, pour lui
remettre le paquet ci-joint.
Vous vous concerterez avec lui pour faire préparer une salle
dans laquelle devra s'assembler le Gouvernement Provisoire, ainsi qu'un
emplacement pour recevoir mon État-major.
Je m'en rapporte à vous pour tout ce qui ne serait pas
prévu dans cette instruction, à votre sagesse, à
votre expérience et à votre patriotisme, dont on m'a
donné le meilleur témoignage.
C'est d'après ces raisons que je mets une entière
confiance dans vos dispositions.
En exécutant ponctuellement cet ordre, Monsieur le Commandant,
vous serez sûr se servir utilement notre patrie qui en sera
reconnaissante.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Malet»
Sire, dans un sens le Général Malet et ses
«complices», pour certains bien malgré eux, ne vous
ont-il pas rendu un «service» en tentant ce coup
d'État, révélant par ces actes un bon nombre
d'ambitieux et d'incompétents qui vous ont bien mal servi en
votre absence. Hormis le gouverneur de Paris qui reçu une balle
en réponse à ses protestations et le Colonel Doucet qui
réagit en bon soldat!
Malet et ses complices, comme Lahorie, Guidal, Fabre, Soulier et une
dizaine d'autres dont j'ai oublié les noms,
méritaient-ils la mort pour cela? Certains dignitaires du
Gouvernement n'ont-ils pas précipité leur procès
et leur exécution, afin de préserver leur fonction et
leur rang? Ne vous a t-on pas menti par omission dans cette
affaire?
Vous-même Sire, ne vous seriez vous pas montré
clément envers la plus grande partie des condamnés si
vous aviez été présent?
Votre responsabilité, bien innocente dans ce cas précis,
n'est-elle pas dans cette absence dont vous affligez les
Français pour la raison d'État? Car, que sa
Majesté en soit assurée tout en me pardonnant cette
déclaration quelque peu cavalière, le peuple
français vous aime! Et votre place est auprès de nous!
Le crime maladroit de Malet n'était-il pas justement de faire
comprendre cela à votre Majesté?
Comprenez bien, Sire, qu’en aucun cas je ne veux faire votre
procès, je ne me permettrais jamais! Je souhaite simplement
comprendre!
Gardez-vous bien, Sire, nous croyons et je crois toujours en vous, je
vous conjure d'y croire!
Très respectueusement,
Votre vieux et fidèle grognard Olivier.
Bonjour cher Grognard!
Je ne partage pas l'opinion
légère que
vous avez d'un crime de haute trahison. Malet a été
impliqué dès 1808
dans un complot semblable pour renverser le gouvernement
impérial.
Fouché avait alors tenté de sauver sa réputation
en diluant le crime,
sachant que ce crime montrait les failles de son système.
Les
responsables ont soulevé, bien entendu, la controverse sur
certaines
gens qui n'étaient pas aussi compétents que d'autres,
certes, et
puisque vous semblez vouloir voir du bien même dans cette
trahison, je
suis prêt à vous donner raison. Mais les coupables ont
connu le prix
que ce crime demandait. Le plus grave reste à mes yeux la
réaction des
diverses instances face à mon «décès».
Nul n'a pensé au Roi de Rome, et
cela est le plus terrible des maux qui me soit arrivé à
cause de ce
Malet.
L'absence de notre personne est
liée à la guerre,
laquelle n'est pas de ma volonté seule. Si j'ai attaqué
la Russie,
c'est pour ne pas qu'elle nous envahît avec son armée en
marche vers
nos frontières, et pour qu'elle cessât ses
activités commerciales avec
l'Angleterre. Les guerres, tout au long de l'Empire, sont souvent
déclarées à la France, et la résignation ou
la soumission était
contraire, à mon avis, au bien de la France.
Vous-même, mon cher
grognard, en savez quelque chose! Ah! que je vous tire l'oreille un
peu, cher ami!
Napoléon
A sa Majesté
Napoléon 1er, Empereur des Français.
Sire,
Je
prie votre Majesté de bien vouloir pardonner la
naïveté dont j'ai fais
preuve lors de mon dernier courrier à propos de «la
conspiration du
général Malet».
Néanmoins, je m'interroge de savoir si je ne
vais pas provoquer votre indignation plus souvent dans mes courriers,
juste pour le plaisir de vous lire lorsque vous m'écrivez:
«Ah! Que je
vous tire l'oreille un peu».....Ce qui serait à mes yeux
une immense
récompense, même si le prix à payer est celui de
votre courroux. De
plus, vous me gratifiez du «titre», oh combien inestimable
pour le
vieux et humble soldat que je suis de: «Cher ami». C’est
pour moi
l'ultime honneur que vous, Sire, pouviez m'offrir et cela bien
au-delà
des richesses, médailles et position sociale que vous auriez pu
m'apporter, si j'avais été d'un rang digne de votre
grandeur! Bien sûr
cette loyauté à votre égard suscite, à mon
époque, railleries et
moqueries, mais je n'en ai que faire: Les sots resteront des sots!!!
Comme
j'envie ceux qui vous servent sur ce rocher indigne de vous. Des hommes
comme le grand maréchal Bertrand, les généraux
Montholon et Gourgaud,
le fidèle mamelouk Roustan. Sans oublier monsieur Cipriani qui,
même à
mon époque, reste une énigme et le restera encore
longtemps je pense.
Il se dit à son sujet qu'il est votre homme à tout faire,
votre espion,
parfois votre confident, voire même votre «double»
dans certaines
occasions. Bien entendu, je prie, je supplie, votre Majesté de
ne pas
répondre à cet argument si cela doit mettre en danger
votre personne et
son entourage. Le grand homme que vous êtes a le droit d'avoir
ses
secrets. Mais comme vous me l'avez déjà écrit
Sire, ma curiosité est
sans limite et c'est là mon moindre défaut! Je vous le
prouve encore,
par la question suivante que je couche à présent sur le
papier!
Sire,
il se dit sur le continent qu'une jeune Anglaise du nom de Betsy
Balcombe, aurait par son innocence, son impertinence, sa
fraîcheur et
son intelligence, fait la conquête de votre coeur,
reléguant du même
coup «le soleil d'Austerlitz» à une pâle
flammèche de bougie? On la
surnomme même: «Le rayon de soleil de Napoléon
à Sainte-Hélène».
Pourrait-elle être le «dernier» grand amour de votre
Majesté? Ceci dit,
quel pied de nez à l'histoire: l'aigle aura malgré tout
fini par se
poser sur le sol anglais, si vous me permettez cette familiarité
Sire.
Quelle douce «vengeance»...
Il se dit aussi qu'elle et sa
famille ont subi l'animosité de l'infâme Hudson Lowe,
excédé par
l'attention et l'amitié que ceux-ci vous manifestaient. Quel
homme
cruel et misérable!
Les siècles se souviendront de lui comme
l'insignifiant geôlier du plus grand homme et stratège de
tous les
temps. Il ne peut s'enorgueillir sans en éprouver un sentiment
de honte
qui restera comme une balafre dans le passif de l'Angleterre.
Voilà
Sire, je n'abuserai pas plus longtemps de votre patience. Je n'ai
malheureusement plus aucune nouvelle d'Autriche et du Roi de Rome; plus
rien ne filtre du palais de Schönbrunn. Vous m'en voyez
navré Sire, car
j'imagine clairement l'attente qui vous anime d'avoir de ses nouvelles.
Que sa Majesté se porte bien et quelle soit assurée qu'il
n'y a pas d'autre empereur que vous dans le coeur des Français!!!
Bien à vous Sire,
Votre vieux et fidèle grognard,
Olivier
P.S:
Je vous ai fais parvenir cette lettre par une autre voie de transport
aussi sure que ma loyauté à l'Empire et à votre
personne, car ma
méfiance envers la malle poste maritime se trouve
accentuée depuis mon
précédent courrier qui ne vous était pas parvenu
en temps et en heure.
Soyez ici remercié de votre patience à mon égard, car l'attente où vous avez été
tenu est pour moi une grande honte!
Bonjour vieil ami,
Comme il souffre votre empereur de n'avoir jamais plus l'énergie qui me guidait au matin
de Brumaire...
Votre missive m'est bien parvenue. Je vous assure que les
messagers que vous utilisez ne sont pas en cause. J'ai eu un grand plaisir à
vous voir réagir à mon»«courroux». Ne vous effrayez jamais, il ne peut pas vous
atteindre cet empereur si loin dans son île. C'est un bien mauvais séjour! Il y
a des jours où je préférerais par cent fois vous avoir à mes côtés que de
côtoyer ces gens qui vous font tant envie! Ils se querellent sans cesse entre
eux, se font des histoires et me demande de trancher leur différend. Des
personnes citées dans votre liste, vous devez soustraire le nom de Roustan, qui
m'a abandonné en 1814, après la première abdication. C'est Ali, mon mameluk ici.
Il me rend de fiers services, il a la main fine à l'écriture et un honneur
au-delà de tout! Vous m'avez ramené à la mémoire mon cher Cipriani, mort en
1818. Un homme assez unique, assez étrange. Je n'ai jamais su ses véritables
intentions, mais il m'a bien servi! Dommage que son corps ait disparu de sa
tombe... Curieux.
Il n'y a jamais eu d'idylle entre moi et la petite
Betsy. C'est une douce demoiselle, qui par ses jeux et ses caprices, a su
adoucir mon arrivée et installation à Ste-Hélène. Les Balcombe! Eux-aussi ils
ont été chassés par ce sicaire anglais. Ah! J'aurais dû rester en Égypte... Je
serais aujourd'hui empereur de tout l'Orient! Ou plutôt mourir à Moscou, au
faîte de ma gloire...
Mais je divague, mon martyr vaudra une couronne à
mon fils, puisse-t-il se rappeler qu'il est né prince français.
Au plaisir, vieux soldat!
Napoléon 1er
À Sa Majesté Napoléon Ier, Empereur des
Français,
Sire,
Il est vrai que j’attendais votre courrier avec
impatience, mais il serait injuste de vous reprocher cette attente, sachant
combien votre temps est précieux et le nombre de vos fidèles important, auxquels
il doit vous être peu aisé de répondre dès réception de leurs missives. Vous
n’avez aucune honte à ressentir envers moi qui suis votre ami et qui de vous
n’espère rien d’autre que l’amitié!
Les désaccords et jalousies omniprésents de la part de votre entourage m’attristent au plus
haut point. Ces gens ne méritent pas l’honneur qui leur est fait de partager votre exil. Ils
n’ont rien compris! Rien compris au fait de partager le quotidien d’un homme tel
que vous et à la richesse de l’enseignement à en recevoir. Non, seul le désir de
paraître sur votre testament, les biens matériels ou financiers les motivent
pour endurer un tel éloignement. On peut faire partie des grands de ce monde et
n’en demeurer pas moins petit dans l’âme et le cœur. Cela m’afflige de vous
savoir entouré de tant de petitesse! Je vous recommande la plus grande prudence,
sire, car certains membres de votre proche entourage pourraient être tentés de
comploter pour accélérer votre fin. On peut se montrer si vénal à l’égard des
personnes que l’on prétend aimer et admirer! J’aurais dû vous suivre sur cette
île, m’embarquer clandestinement lors de votre départ pour ce lieu maudit!
Peut-être que la présence d’un de vos vieux grognards comme ma modeste personne,
qui n’espérerait rien si ce n’est simplement partager votre ostracisme par
quelques parties de cartes ou d’échecs (où j’aurais feint de ne pas vous voir
tricher car je sais votre aversion pour le hasard), soulagerait un peu les
humiliations et vexations du méchant homme qu’est Hudson Lowe. Vous pourriez
m’exposer vos stratégies sur certaines de nos batailles gagnées ou perdues, que
nous referions en jouant comme deux enfants affairés à construire le monde… Oui,
simplement, comme deux enfants que nous sommes restés au fond de nous!
Dans mon entourage et même dans ma famille (dont l'un de mes
beaux-frères, Corse), personne ne comprend l’attachement que je vous porte. Ils
me disent que rester fidèle à un homme tel que vous (le terme employé est
«dictateur»), relève de l’aliénation mentale et qu’heureusement que les
«dinosaures» de mon espèce sont amenés à disparaître! Mais il n’y a pas que
l’homme que j’aime (n’y voyez aucune ambiguïté, Sire), il y a tout l’idéal et la
symbolique dont Votre Majesté est porteur. L’envie de construire quelque chose
de plus grand que soi pour les générations à venir... Peut-être aussi, je
l’admets, un peu par orgueil, par désir d’accéder à l’immortalité par le don de
soi en suivant dans son sillage le grand homme que vous êtes. Car l’homme est
ainsi fait, Sire. Qui sommes-nous pour vous reprocher de n’être après tout qu’un
être humain!
Vous voudrez bien pardonner ma méprise concernant Ali lors
de ma précédente missive car l’erreur était de taille, et je vous prie de bien
vouloir m’en excuser auprès de lui. Il mérite toute la considération du peuple
français en prenant soin de vous!
Comment se peut-il que l’on sache si peu de choses sur monsieur Cipriani? Des bruits courent
sur le continent selon lesquels vous seriez Cipriani ayant pris la place de l’empereur, qui
aurait discrètement quitté l’île (avec l’aide passive d’Hudson Lowe), profitant de
votre ressemblance mutuelle pour abuser vos geôliers... Et la disparition de son
corps ne fait qu’accentuer et renforcer la légende! J’avoue avoir presque envie
d’y croire! N’est-ce pas vous qui auriez dit un jour: «Les hommes ont un tel
goût du merveilleux qu’il en sont disposés à abandonner la raison!»?
Je regrette simplement que vous ne puissiez me mettre dans la confidence; les
enjeux sont trop importants pour risquer une indiscrétion de ma part, qui
pourrait vous mettre en danger ou pire...
Il est dommage que mademoiselle Balcombe, malgré son jeune âge, ne fut que de bonne
compagnie. Elle aurait été, à mon sens, une bonne épouse, une femme aimante et aimée, et son
appartenance à ce pays ennemi aurait pu arranger bien des problèmes entre les peuples français
et anglais. Si par bonheur vous étiez rétabli dans vos rang et autorité... Mais
cela reste de ma part dans le domaine du rêve et je prie Votre Majesté de
pardonner ce moment d’égarement en imaginant une Anglaise en impératrice du
peuple français.
Le Roi de Rome se souviendra toujours qu’il est prince
français, car il y aura toujours quelqu’un pour le lui rappeler. Mais je doute
qu’il en ait un jour besoin, tellement votre personne est présente en Europe, de
par son absence, justement!!! Ne pleurez pas votre énergie perdue, vous ne
l’avez pas usée en vain. La déferlante qui s’est abattue sur le monde en votre
temps porte votre illustre nom. Il n’y a pas une capitale en Europe où l’on ne
trouve une rue, une avenue, une place où la lettre N ne soit gravée, symbolisant
votre personne et votre œuvre. Vos stratégies de bataille sont encore, à mon
époque, étudiées dans les plus grandes académies militaires du monde. Mais plus
que tout vous êtes «le» Napoléon, le seul, l’unique que la terre entière nous
envie car vous êtes avant tout Français!!!
Voilà, sire, j’espère qu’en lisant cette lettre vous ne vous êtes pas endormi d’ennui, car
je reconnais avoir fait un peu long cette fois-ci! Prenez bien soin de votre personne, de
votre santé et, bien que vous vous trouviez à des centaines de miles de votre
peuple, permettez-moi de vous souhaiter en son nom et malgré les souffrances
occasionnées par votre exil de bonnes fêtes de fin d’année.
Bien à vous, Sire,
Votre vieux et fidèle grognard,
Olivier L.
Au grognard Olivier,
avec mes regrets pour le retard de cette réponse.
Mon cher grognard,
Ne
répondez point à ceux qui vous traitent de dinosaure. Ils ont tort de
vous traiter ainsi. Dites-leur simplement que vous regrettez de
constater qu’ils n’éprouvent aucune passion comparable à celle que vous
portez à ma personne car s’ils avaient une passion aussi forte, ils
vous comprendraient. Quant au beau-frère corse, il doit être issu de
ceux, en Corse, qui sont contre mon pouvoir. Il ne faut pas lui en
vouloir: la Corse, vous le savez, à toujours été divisée politiquement.
Je
vous remercie des choses gentilles que vous me dites dans votre
dernière lettre, longue, certes, mais sincère. Vous vous questionnez
sur la possibilité d’un mariage avec Betsy?? Cela m’a bien fait rire!
Comment m’imaginer avec cette enfant! Un mariage avec l’Angleterre
aurait-il servi ma cause? J’en doute, surtout en perspective de ce qui
s’est passé avec l’Autriche à la suite de mon union avec Marie-Louise.
Si
vous en savez peu sur Cipriani, c’est qu’il agissait à titre d’espion
et qu’il se devait donc d’être discret. Vous m’avez bien alarmé avec
cette histoire de tombeau perdu de Cipriani, j’enverrai quelqu’un aux
nouvelles. Sa mort subite a soulevé bien des soupçons ici. Surtout que
l’on ne meurt pas ainsi à Sainte-Hélène, aux dires des résidents.
Que
l’on veuille accélérer mon décès, cela ne m’étonnerait guère, mais dans
mon entourage?? Est-ce possible? J’en doute encore. Ah! Ça! Même vous
m’apportez maintenant de nouveaux tourments! Vous ne devez pas
souhaiter faire partie de mon triste séjour. De toute façon, tout ce
qui pourrait m’apporter du bonheur ici m’est enlevé par le gouverneur.
Il vous aurait fait chasser d’une manière ou d’une autre.
Au plaisir de vous lire de nouveau,
Bien à vous,
Napoléon
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