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écrit à

   


Napoléon Bonaparte

     
   

Joachim Murat

   

Votre Altesse,

Il y a un passage quelque peu nébuleux que j'aimerais éclaircir avec vous: je voudrais savoir dans quelles circonstances le valeureux, mais écervelé Murat a été fusillé?

Vous a-t-il trahi? Ou bien, est-ce encore le vieux fripon de Metternich qui fut l'instigateur de sa perte? Selon mes ouvrages, il semblerait que le roi de Naples a été fait prisonnier par des Génois et fusillé en Italie.

Pourquoi mon Empereur? Pouviez-vous le sauver? Enfin, je ne connais de Murat que sa grande initiative au combat et son courage légendaire, mais pour le reste je ne suis guère au courant.

Je vous remercie Votre Altesse de m'accorder quelques minutes de votre temps précieux. 

MAG



À Marco

Monsieur,

Murat m'a trahi en 1813. Quittant la Grande Armée pour rejoindre son royaume de Naples que je lui avais donné, il a signé une entente avec les Austro-Russes et m'a abandonné. Durant mon premier exil, il s'est fait flouer par Talleyrand, qui au Congrès de Vienne lui a préféré le prince «légitime» de Napoli. Quand je suis rentré de l'île d'Elbe, il est venu m'offrir ses services, que j'ai refusés, par manque de confiance. Il était absent à Waterloo. Avec le recul, je me rends compte que sa présence eût été appréciée! Après la défaite de Waterloo et ma seconde abdication, je n'ai pu faire autrement que de m'en aller vers la côte Atlantique rêvant d'Amérique, et soudain, coincé par de multiples dangers, je me suis fait berner par Maitland et emmené sur le Bellérophon vers l'Angleterre, espérant un exil que je n'eus jamais, victime des politiciens londoniens, l'on m'amena sur Sainte-Hélène. Au même instant, Murat quittait la France pour la Corse, et eut l'idée saugrenue de tenter un retour au royaume de Naples. Prit par des ennemis, il fut jugé et condamné en moins de deux jours. Je n'étais pas dans la possibilité de sauver celui à qui j'ai dû tant de victoires. L'eussé-je fait, qui sait... cela dit, il ordonna lui-même le feu lors de son exécution. Il est mort avec honneur, à tout le moins. Ma soeur Caroline, son épouse, s'enfuit vers le nord de l'Italie sous le faux nom de Lipona, anagramme de Napoli, dont elle était reine.

Les sorts de plusieurs maréchaux, fidèles à ma personne, ont de tristes ressemblances. Waterloo! si seulement j'y avais gagné...

Bien à vous!

Napoléon 1er

Empereur des français



Mon Général, je vous remercie de m'avoir donné toute l'information concernant ce valeureux officier.

Afin de mieux vous connaître, mon Général, il semble que lorsqu'on vous a transféré en Angleterre (avant votre exil pour Sainte-Hélène), bien des badauds se soient présentés afin de vous contempler. Il semble que de simples passants dans le royaume de vos ennemis jurés aient eu de la sympathie pour votre cause, ce qui a provoqué la colère des dirigeants anglais, de peur que votre seule présence provoque une émeute.

Autre détail important, je suis de nationalité espagnole et malgré la guerre pour l'indépendance de mon pays, je vous ai toujours appuyé par rapport à la médiocre monarchie des Bourbons. On nous a appelés les «afrancesados» et plusieurs de mes compatriotes ont soutenu votre cause puisque vous incarniez les valeurs républicaines. Dommage que vous ayez choisi de mettre votre frère Joseph aux commandes de l'Espagne. Il aurait été plus avisé de nommer un espagnol pro-français tel que le célèbre peintre Goya. Enfin ceci n'est qu'une simple opinion de ma part. Je n'ai qu'à vous dire que le médiocre et falot Ferdinand VII n'est guère plus brillant que son père et que la guerre civile approche dans le pays «Outre-Pyrénées». Il s'agirait d'une guerre de succession entre les Carlistes (de Carlos, frère du roi d'Espagne) et la fille de Ferdinand VII l'infante Isabelle. Voilà pourquoi la république doit s'installer en Espagne!

Mes respects mon général.

MAG



À Marco Gesto,

Monsieur,

Il est bien vrai que des curieux venus de tous côtés vinrent dans de frêles embarcations s'approcher du Bellérophon pour me contempler de près. Dire qu'ils ne me connaissaient que d'après les caricaturistes! Selon moi, ils désiraient voir de leurs propres yeux celui qui avait causé tant de tourments depuis une vingtaine d'années!

Je suis heureux que vous fassiez partie des afrancesados! Quoique le contraire m'eut étonné! Chose certaine, le patriotisme de vos concitoyens est sans bornes. Un Espagnol à la tête de l'Espagne n'aurait pas pu faire l'effet que je comptais faire aux yeux anglais: installer un Bonaparte sur le trône d'Espagne ne voulait pas seulement dire que l'Espagne était sous mon contrôle, mais que cette position m'était assez importante à mes yeux pour qu'ils y réfléchissent à deux fois avant de s'y aventurer.

Il s'en est suivi une guerre sanglante dont ni vous ni moi n'avons à nous remémorer. Puissent les idées républicaines s'installer en votre patrie, si tel est votre souhait!

Bien à vous!

Napoléon 1er, Empereur des Français.