Jaffa
       
       
         
         

drouet.cyril@wanadoo.fr

      Sire,

À Jaffa, pourquoi avez-vous justifié le massacre des prisonniers en mentant à l'armée? Je parle ici du prétendu manque de vivres.

Salutations.

Drouet Cyril
         
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur,

Je ne devrais même pas répondre à une lettre aussi peu respectueuse que la vôtre, mais je ne peux vous laisser dire ainsi n'importe quoi! Avez-vous déjà commandé une Armée? Quelle est donc votre expérience du combat pour juger des choses de la guerre?

Vous n'y étiez pas! Vous ne connaissez pas les horreurs qu'ont subies mes Soldats et la barbarie de nos ennemis!

En Égypte, je n'avais plus aucune communication avec le continent depuis que ma flotte avait été coulée à Aboukir et je me devais donc de penser, avant toute autre considération, au salut de l'Armée. Certains officiers ont pris sur eux de faire des prisonniers à Jaffa, alors qu'ils connaissaient la situation. Ils savaient que nous n'avions pas les moyens de les garder et qu'il était hors de question de les relâcher dans les conditions d'isolement où nous étions. La décision ne fut pas facile à prendre pour autant, mais elle fut approuvée par l'ensemble des officiers, après que nous eûmes étudié toutes les options durant plusieurs jours.

Napoléon.
         
         

drouet.cyril@wanadoo.fr

      Sire,

Sauf votre respect, je tiens à vous signaler que vous ne répondez point à ma question.

Salutations
         
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur,

Si votre question est «pourquoi j'ai menti», je n'ai pas à vous répondre car je n'ai pas menti! Mais vous êtes sans doute plus au courant que moi des subsistances de l'armée d'Égypte? De toute façon, j'ai suffisamment de tracasseries avec le geôlier sournois que les Anglais ont nommé à ma garde, sans m'encombrer de correspondants dont le seul objectif semble être de m'accabler. Aussi, si vous êtes incapable de mesurer vos propos et faire montre du minimum de respect auquel je crois pouvoir prétendre, je ne gaspillerai plus d'encre à vous répondre!

Napoléon.
         
         

drouet.cyril@wanadoo.fr

      Sire,

Comment se fait-il que vos propres rapports affirment qu'il fut trouvé à Jaffa, 400.000 rations de biscuits et 2.000 quintaux de riz (à quoi il faut rajouter les ravitaillements saisis sur quinze petits bâtiments de commerce)?

Pourquoi cette différence entre la réalité et ce qui fut annoncé à l'armée? En somme, pourquoi donc ce mensonge?

Salutations.
         
         

Napoléon Bonaparte

      Ainsi vous prétendez, monsieur Drouet, pouvoir me juger sur la prétendue affaire de Jaffa.

Je n'ai jamais été plus libre que lors de ce périple, sachez-le; aussi je ne me défilerai pas; cette décision fut la mienne.

L'ordre d'exécution des hommes qui avaient pris les armes contre nous (ils étaient environ 1200, contrairement à ce que beaucoup de gens -notamment les Anglais- ont colporté), fut pris en fonction d'impératifs militaires, or je ne crois pas qu'un civil puisse en saisir les nuances.

Qu'eussiez-vous voulu que j'en fasse, de ces prisonniers?

J'envoyai alors Eugène de Beauharnais -mon beau-fils- et Croisier calmer la fureur des soldats. Je dois vous rappeler que nos soldats ont été témoins de gestes bestiaux de la part de nos ennemis et que les nerfs étaient à fleur de peau; aucun de ces hommes n'était enclin à faire preuve de mansuétude. Ils n'en eurent point.

Lorsqu'ils revinrent vers notre camp, ils amenèrent avec eux une horde de prisonniers!

Et je devais en faire quoi?

Qu'on épargne les femmes, enfants, vieillards, je le voulais bien, mais... ces hommes avaient été pris l'arme à la main!

Les coutumes de guerre des gens de ces pays ne sont point communes avec les nôtres, sachez-le! Que leur importe la vie d'un chien de Chrétien!

Je les avais prévenus d'autre part que je n'aurais aucune mansuétude pour nos ennemis s'ils étaient pris les armes à la main.

En auraient-ils eu pour nous?

Nombre de prisonniers que nous avions naguère relâchés sous promesse d'abandonner les armes se pressaient à les reprendre.

Est-ce cela que j'aurais dû faire?

Les relâcher et mettre en péril notre petit groupe?

Nourrir un serpent en notre sein?

Encadrer ces gens et affaiblir nos positions?

Risquer de voir notre armée attaquée de l'intérieur?

Partager nos vivres avec des gens qui n'auraient de cesse de nous anéantir?

Que croyez-vous qu'ils eussent fait s'ils eussent été à notre place et que les enfants de la Patrie eussent été leurs otages?

J'en frémis, monsieur.

Avez-vous déjà vu un homme émasculé portant entre ses dents ses attributs virils, la tête tranchée et les yeux crevés?

C'est ce qui nous guettait à chaque détour.

Gouverner, c'est prévoir et décider, c'est se faire des ennemis.

Je préfère savoir d'où souffle le vent que de tourner comme une girouette.

Vous eussiez fait un bien piètre général, mon ami.

Après tergiversations et 4 jours de discussions fort animées, j'ai tranché.

J'assume toujours mes décisions; si c'était à refaire, je le referais sans hésiter. Les intérêts supérieurs de la nation ont seuls guider mes ordres. Il n'y a aucun plaisir à ordonner la mort d'hommes, fussent-ils ennemis. Et il y en a encore moins à périr sous le glaive de ceux qu'on épargne.

Pour le bien de tous, ces hommes devaient mourir..

SI JE NE L'AVAIS POINT FAIT, CE GESTE QUI VOUS RÉPUGNE TANT, VOUS NE POURRIEZ SANS DOUTE PAS CORRESPONDRE AVEC MOI AUJOURD'HUI, MONSIEUR.

Les soldats français ne sont point brutes épaisses.

Ce sont des Chrétiens qui ne tuent que par nécessité.

Et nécessité fait loi.

On ne va jamais à la guerre qu'en se dépouillant de peaux de biche pour revêtir celles du loup.

Au reste, Berthier m'aura reproché bien avant vous ce geste qu'il considérait comme cruel.

Je termine en vous suggérant d'aller le rejoindre à ce même couvent de capucins que je lui proposai alors comme résidence.

Napoléon.
         
         

drouet.cyril@wanadoo.fr

      Sire,

Est-ce donc la mémoire qui vous fait défaut (ou alors d'une bibliographie parcellaire)?

«1200»? Vous-même avez affirmé, qu'en deux jours, deux mille hommes avaient été passé par les armes. Et les massacres en durèrent trois.

«4 jours de discussions»? Vous-même avez affirmé que les massacres avaient commencé dès le 8.

Pour le reste, il n'est pas dans mon intention de rentrer dans le débat d'ensemble, mais seulement de savoir la raison qui vous a poussé à mentir sur les vivres.

Mais là, je n'ai pas encore de réponse.

Salutations.