Thierry Jamart
écrit à

   


Napoléon

   


Entretien avec votre ex-royal beau-frère
 

    À sa Majesté Napoléon 1er, Empereur des Français.

Sire,

Apparemment ma dernière missive ne vous est pas parvenue. Elle a dû se perdre dans les méandres du temps.

Dans la dernière lettre à laquelle vous avez répondu, je vous avais demandé quelques renseignements sur vos rapports avec vos soeurs, et vous m'aviez fort aimablement répondu.
Mais, entre-temps, grâce à la machine de Monsieur Dumontais, j'ai pu correspondre longuement avec feu votre royal beau-frère, Joachim Murat, ex-roi de Naples et des Deux Siciles, à la veille de son exécution. Je lui ai demandé la raison de son attitude en 1815 et voici ce qu'il m'a répondu:

«C'était l'empereur lui-même qui m'avait ordonné d'attaquer les Autrichiens par une missive secrète qu'il m'avait fait parvenir par l'entremise de son homme de confiance, Cipriani! La lettre en question provenait de l'île d'Elbe, et était datée de la veille de l'évasion de mon beau-frère de cette même île! De toute manière mon royaume était fortement menacé à la fois par les mesures prises par le Congrès de Vienne et les régiments autrichiens, tout souverain digne de ce nom ne doit point se laisser bafouer de la sorte!
Concernant la campagne de Belgique vous avez bien raison. Jupiter, mon divin beau-frère, avait oublié de m'ordonner d'attaquer les Autrichiens, et refusera mes offres de service avec hauteur, il enfoncera le clou en me rappelant amèrement m'avoir octroyé la main de sa soeur, de m'avoir donné le bâton de Maréchal d'empire, de m'avoir fait Amiral de France, grand-duc de Berg et de Clèves, puis enfin roi de Naples et des Deux-Siciles!
Je ne puis vous révéler mon état d'esprit après cela, pourtant Dieu sait que je lui avais toujours loyalement obéi, et voici qu'il m'accusait successivement de traîtrise puis de sottise!
Mais conscient du dégoût qu'il avait éprouvé à sa première abdication en 1814 lorsque tout le monde l'a trahi, je ne pouvais pourtant point éprouver de la haine à son encontre, il m'avait jadis comblé de bienfaits, c'est la raison pour laquelle je serais bien le dernier des hommes si je commençais à le mépriser, certes j'ai éprouvé de l'amertume suite à son refus de me réemployer, mais j'éprouve bien davantage de regrets, voire de tristesse pour la situation actuelle de Napoléon, car d'après vos dires il sera exilé de nouveau.»

Voilà, Sire, ce que le Prince Murat a dit pour sa défense.

Je vous salue chaleureusement et vous souhaite un prompt rétablissement, Sire. Permettez-moi aussi de saluer ceux qui vous aident à supporter les tourments et les désagréments de ce rocher volcanique perdu au milieu de l'Atlantique.

Bien à vous.

Thierry Jamart

Bonjour l'ami!
 
Il y a bien des mois que je n'ai eu de vos nouvelles et je suis heureux d'en avoir. Vous ne me posez pas de questions, j'irai donc d'un très bref commentaire sur Murat: il a perdu ma confiance, et il semble même par moment avoir perdu de son génie, vu la fin déshonorante qu'il rencontrera, mais il m'a rendu des services inestimables et je lui aurais souhaité une fin plus heureuse. Puissent ses descendants honorer convenablement ce grand homme.
 
Bien à vous
 
Napoléon 1er

À sa majesté Napoléon 1er, Empereur des Français.

Sire.

Je vous remercie de m’avoir répondu sur l’entretien que j’ai eu avec feu votre beau-frère, c’est vrai que je ne vous ai point posé de question. J’aurais dû vous demander: qu’en pensez-vous, sire?

Je peux vous dire qu’à mon époque le titre de prince Murat est encore porté, les titres de duc de Montebello et princes de Sievert le sont aussi, il en est de même de ceux de prince d’Essling et duc de Rivoli, de duc Auerstedt et de duc d’Albufera.

Sur le trône de Suède et des autres états scandinaves règnent encore les descendants de Bernadotte. Voila pour les descendants de vos maréchaux.

Mais en France, actuellement pour moi, sire, nous sommes sous le régime d’une Vème République. Donc leurs descendants ne jouent aucun rôle politique, du moins à ma connaissance.

«Ney et Jomini.»

J’en profite pour reparler d'un sujet que je voulais vous exposer dans ma lettre qui s’est perdue: je voulais vous demander votre avis sur l’un de vos maréchaux les plus «renommé» encore à notre époque: Michel Ney, «le Brave des Braves», prince de la Moskova, duc d’Elchingen. Il paraît que vos rapports avec lui étaient très complexes, et que vous aviez même songé plusieurs fois à lui retirer son titre de maréchal d’Empire.

Certains historiens affirment que quand son aide de camp, le Suisse Jomini, est passé à l’ennemi en 1813, il a eu beaucoup de difficultés pour diriger ses troupes et qu’il vous avait largement desservi sur les champs de batailles, tout en étant le premier à vous pousser à la reddition en 1814.

Qu'en était-il vraiment, avec le prince de la Moskova, Sire? Et quel est votre avis sur le baron de Jomini?

J’ai aussi appris grâce à feu votre beau-frère, Joachim Murat, que lui et Ney ne s’aimaient pas du tout. Et, tragique et cruelle destinée, ils sont tous les deux tombés sous les balles d’un peloton d’exécution.

Dites-moi, sire, cela ne devait pas être évident les réunions d’état-major avec les différentes personnalités de vos maréchaux et leurs inimitiés latentes: Davout/Bernadotte, Lannes/Bessières, Murat/Ney…  pour les plus connus. 

Je vous salue chaleureusement et vous souhaite un prompt rétablissement, sire. Permettez-moi aussi de saluer ceux qui vous aident à supporter les tourments et les désagréments de cette «fichue» île et de son Minotaure de gouverneur.

Bien à vous, sire.