François Bressard
écrit à

   


Napoléon

   


Cipriani et vous...
 

    Cher Empereur,

Les gars du 5ème de ligne sommes certains que vous n'êtes pas resté à Ste-Hélène, mais que vous êtes bien parti en Amérique avec Miss Betsy Abell.

Pourquoi le corps de Cipriani est-il introuvable? Pourquoi personne ne vous a vu depuis son décès?

Vive l'Empereur! Vive la France!

François Bressard de Paris, 5ème de ligne à Austerlitz


Mes salutations et meilleurs souvenirs au 5ème de ligne;

Rien n'est plus faux que ce que l'on avance au sujet de moi et de la petite Betsy. Il y a bien longtemps qu'elle a quitté l'île, et je n'ai plus de nouvelles. Faites cessez, je vous prie, ce mauvais roman! Elle me divertissait comme une fille divertit son père, RIEN de plus. Je vous remercie par contre de penser que je puisse être heureux, car de croire en cela c'est de me souhaiter un bonheur qui, au fond, me fait bien défaut ici.

Bien peu de gens m'en souhaite par ici.

En ce qui a trait à Cipriani, si son corps que l'on a mis au cimetière près de Plantation-house a disparu, c'est peut-être que je me meurs de la même maladie et que celle-ci est si étrange que je pense que l'on désire accélérer mon départ. Si mon espion fut éliminé de la sorte, un deuxième cas semblable rendrait plausible une situation pour le moins singulière. Ce compatriote méritait mieux, en mon sens.

Voudriez-vous être montré comme un animal de foire aux visiteurs?

Aimeriez-vous vous plier aux règles irrespectueuses et non nécessaires de ce sicaire qu'est le gouverneur Lowe si vous étiez à ma place? Je ne le crois pas, les Français, les gens de ma maison, m'ont vu tous les jours. Ne serait-ce que Marchand et Ali! Les aurais-je laissé, eux-aussi, sur ce rocher si je l'avais quitté? Bien sûr que non! Mon martyr sur cette île donnera peut être une couronne à mon fils, et cette pensée seule est suffisante pour m'empêcher de la quitter. Soyez fidèle à mon fils s'il est appelé à régner, car lui connaîtra votre valeur.

Bien à vous!

Napoléon

1820