Campagne d'Espagne
       
       
         
         

sebastien.barrieras@wanadoo.fr

      Sire,

J'aimerais savoir les raisons pour lesquelles vous allez vous battre en ESPAGNE. Est-ce que Monsieur TALLEYRAND est derrière toute cette machination? Que veut-il exactement?

Le peuple espagnol est un peuple fier, il va opposer une nouvelle forme de guerre à laquelle vous n'êtes pas du tout habitué. C'est la guerilla.

Sébastien Barrière

 

       
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur Barrière,

Pourquoi les affaires d'Espagne, me demandez-vous... Je tenterai de vous faire un récapitulatif aussi précis quoique concis des raisons qui amenèrent ce qu'il est bien convenu d'appeler les guerres d'Espagne, maintenant.

À l'origine, le fameux blocus sur lequel je ne reviendrai point dans cette lettre-ci. Lisez mes correspondances si d'aventure cela s'avérait nécessaire. Les Portugais ont ouverts leurs ports à l'Anglais et ce, malgré mes consignes strictes de blocus. Lorsque je les rappelai à l'ordre, ils se sont cru assez malins en redoublant de duplicité pour me faire croire qu'ils avaient déclaré la guerre à l'Angleterre. Avec l'accord de l'Anglais, bien entendu.

Bref,on me forçait à aller mater ces mauvais «amis». La mer étant Rouge, ne sachant voler bien qu'Aigle Impérial, il me restait la voie terrestre. Or, qu'y a-t-il par-delà les Pyrénées, entre le Portugal et nous? L'Espagne.

Charles lV, qui est descendant de Louis XlV, ne s'opposa point à la manoeuvre, et bien obligeamment, signa avec moi un traité de démembrement du Portugal qui le satisfaisait fort. Ainsi, les troupes de Junot -quoique bien mauvaises- purent-elles passer et entrer à Lisbonne sans coup férir. Les souverains s'échappaient vers le Brésil, les ports étaient refermés, bref... la guerre du Portugal était terminée... commencerait maintenant, celle d'Espagne.

Les souverains Espagnols: Charles IV, Marie-Louise et Ferdinand le fils. Ajoutez-y Manuel Godoy, premier ministre, amant de la Reine, Prince de la Paix... et vous avez devant vous le plus méprisable ramassis de canailles que la Chrétienté aura souffert.

Ce Charles, qui me léchait comme un bon chien fidèle parce qu'il voulait sa part du gâteau portugais, avait pris soin de passer pacte avec Frédéric Guillaume. Il promettait rien de moins que de m'attaquer dans le dos lorsque je serais bien loin,sur les bords de l'Elbe. Je le sais, j'ai vu la lettre. Et j'aurais dû tolérer ce misérable cancrelat dans mon voisinage? Allons donc!

Aussi lorsqu'un conflit familial dégénéra en conflit familial, m'appela-t-il à sa rescousse... Dame, nous sommes alliés...! Monsieur de Talleyrand, n'en déplaise à ses gens, me fit valoir bien subtilement le gain aisé qu'il y avait à débarasser les Espagnols des Bourbons et de l'exécrable Godoy, leur âme damnée. Je m'empressai d'acquiescer et de saluer le projet comme étant un coup d'état de l'Intérieur, puisque j'étais appelé en renfort.

Le fils s'était dressé contre le père. Après bien des pleurs et des grincements de dents, Charles abdiqua en faveur de Ferdinand. Je crus aisé de le réduire à merci à la suite de ce qui fut connu sous le nom du Guet-Apens de Bayonne.

Deux partis se présentaient à moi: m'emparer de la totalité de l'Espagne et y établir un prince de mon sang en prenant pour prétexte de venger la révolte d'un fils contre son père, un sujet contre son roi ou m'approprier et réunir à la France la province Septentrionale de l'Espagne en traitant avec Ferdinand et en le reconnaissant, sous la condition de cet abandon, Roi d'Espagne et des Indes...

Malheureusement, les choses ont pourri pour diverses raisons: la méconnaissance que j'avais du caractère espagnol, leur religiosité enfantine, et l'attachement qu'ils portaient à leur souverain. Joseph, mon frère, fut véritablement le pire choix à faire en les circonstances et ce n'est pas à coups de José Primero que les Espagnols le reconnurent comme Roi.

Bref, ce fut une guerre civile, une guerre d'occupation, une guerre qui n'était pas une guerre, mais un soulèvement populaire. Si c'est cela la guerilla, vous avez raison.

Il est indéniable que j'ai une tache à mon revers, je le confesse. Je croyais ramasser un pays, j'ai perdu mon étoile et ma Fortune. Malheur aux vaincus, les peuples seront toujours les vrais Maîtres de leurs destins.

Napoléon