Blocus continental
       
       
         
         

Chiun02@aol.com

      Sire,

J'aimerais connaître votre opinion sur le fait que le blocus continental était une erreur qui vous obligea à faire la police dans l'Europe et dispersa ainsi vos troupes.

Louis Labat

P.S. Je suis un de vos grands admirateurs.

 

       
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur Labat,

Tout d'abord, je vous l'affirme sans ambages, le blocus ne fût pas une erreur. Il fût le résultat, catastrophique, je le concède, de l'écrasement d'un certain Amiral dont le nom me fait vomir. Je me demande même s'il n'est pas à la source de mes maux... S'il avait été observé, je dis bien si...
Si mes frères, ces incapables,
Si les Portugais,
Si Bernadotte et son Royaume,
Si Alexandre n'avait pas été fourbe,
Si Talleyrand n'avait pas eu les dents si pointues,
Eh bien je réduisais l'Angleterre à merci.
Elle était au bord de l'asphyxie, Monsieur. Un mois ou deux de ce régime de
fer, et je la cassais.
Comme j'ai cassé mon tape-cul, naguère.
En m'appuyant dessus.
Il faut croire que la fortune me fuyait.
Quel gâchis, si près du but...

Napoléon
         
         

Chiun02@aol.com

      Certes Sire, mais il y a beaucoup de si, je sais que l'Angleterre fut traversée par une des crises économiques majeures de son histoire grâce à votre blocus, mais à cause de lui une partie de votre armée fût immobilisée en Espagne et cela fut la cause de la campagne de Russie indirecte certes mais tout de même. L'idée au départ fut bonne mais n'avait pas pris en compte la fourberie de l'humanité. Ceci dit, si vos frères vous avaient plus ressemblé il aurait pu être un succès (sans vous offenser Sire votre frère le plus capable était Lucien).

Louis Labat
         
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur Labat,

Vous me voyez ravi de pouvoir revenir sur ce blocus auquel vous semblez porter tant d'intérêt. Je vous rappellerai que je n'en suis point l'inventeur; ce sont messieurs les Anglais qui en usèrent d'abord contre nous avec cette mesure en Mai 1806. J'ai dû répondre coup pour coup, que vouliez-vous que je fasse d'autre? Leur céder? Jamais! Ils étaient aux prises avec de très graves programmes sociaux nés de ce qu'ils ont appelés l'avènement de l'ère industrielle. J'ai misé sur l'étouffement de l'Angleterre PAR L'INTÉRIEUR. Puisqu'elle dominait les mers et colonisait les contrées lointaines, laissons-la fabriquer et produire tant qu'elle le peut: MAIS N'ACHETONS PAS ANGLAIS!!! Tel était en gros mon plan.

Que pensez-vous qu'il serait advenu si on l'avait suivi à la lettre? La faillite, Monsieur, la faillite retentissante et qui sait... peut-être la paix? Une paix honorable parce que saine et basée sur des échanges commerciaux d'égal à égal. Pas sur des guerres. La guerre est le dernier échelon de la négociation, j'ai toujours refusé de m'y engager sans tenter de désamorcer les sujets de querelles. Par contre, je n'ai jamais reculé devant cette possibilité. Je l'ai fait sans haine, sans ressentiment personnel. PARCE QU'IL LE FALLAIT. Simplement. Je suis toujours resté lucide et froid et ai constamment envoyé des estafettes négocier et renégocier et rerenégocier, même lorsque j'étais en train d'écraser l'ennemi. Comment ont réagi les Anglais? Par le mépris. Alors, qui était le monstre? Moi ou mes ennemis? Le défenseur du peuple français issu de la Révolution ou les vieux rois engoncés dans leurs trônes poussiéreux? L'histoire me jugera. Je ne la crains point. J'ai trop fait pour que l'on puisse rogner ou anéantir la totalité de mes oeuvres.

Je vous souhaite une bien belle journée, monsieur Labat.
         
         

Chiun02@aol.com

      Je ne défends pas les Anglais Sire, ce sont eux qui ont brisé la paix d'Amiens, et 1000 ans d'histoire ne pourront jamais effacer votre présence, mais le problème du blocus était que les autres pays européens ne l'ont pas suivi, vous obligeant ainsi à parcourir toute l'Europe. Bien sûr si les autres pays avaient suivi le blocus, l'Angleterre était perdue mais Sire, ne vous doutiez-vous pas que ces «vieux rois engoncés dans leurs trônes poussièreux» se soutiendraient entre eux parce qu'ils avaient peur de vous et des idées révolutionnaires? Bien sûr je ne saurais dire quel autre méthode vous auriez pu utiliser mais je ne suis ni un génie, ni un chef d'État.

Avec mes respects Sire,

Louis Labat
         
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur Labat,

J'ai toujours espéré créer un sentiment national à l'échelle de l'Europe. Sur ce point, je vous l'accorde, j'ai mésestimé les accords, bien souvent de sang, qu'il pouvait y avoir entre eux. Par la suite, j'ai tenté de devenir moi-même membre de la famille en mariant une Habsbourg.

Ils auraient dû être à même de me considérer comme un des leurs. Force m'est d'admettre que la peur fût mauvaise conseillère... La peur et la livre Anglaise, devrais-je dire.

J'ai tout essayé, vous dis-je.
J'ai négocié avec l'Anglais, point de réponse.
J'ai marié l'Autrichienne, résultat calamiteux.
J'ai signé un traité de bonne intelligence avec le Russe, voir la suite.
J'ai anéanti et séparé la Prusse, elle a fait comme le Phénix.
Que pouvais-je faire d'autre?

Je laisse le tout à votre appréciation.

Passez une bonne journée.

Napoléon
         
         

Chiun02@aol.com

      Je suis d'accord, il n'y avait pas grand-chose à faire de plus, l'idée de créer une Europe unie était fort bonne mais vous aviez 200 ans d'avance sur votre temps. Sans le blocus vous n'auriez pas eu à intervenir dans plusieurs pays mais sans le blocus ces pays corrompus par la livre anglaise vous auraient attaqué sans arrêt vous obligeant (même en étant toujours victorieux militairement) à une guerre sans relâche ce qui aurait été désastreux pour l'économie et la population française (et qui aurait servi de propagande contre vous). En fait les Anglais avaient deux avantages: être une île et une traîtrise sans égale, la perfide Albion comme dit un poète.

Louis Labat
         
         

Napoléon Bonaparte

      Monsieur Labat,

Je ne connais point le poète auquel vous faites allusion, mais il a fort raison; en effet, l'Anglais est perfide. Il se garde les mains nettes et paie des mercenaires. Je réprouve ce manque d'honneur et laisse à l'Histoire le soin de les juger; je suis d'ailleurs une victime de leur hypocrisie. Ma présence à Sainte-Hélène est une honte pour l'Empire Britannique. Je vous remercie de vos lettres aimables, monsieur Labat.

Napoléon
         
         

Chiun02@aol.com

      Sire,

Les gens qui connaissent l'histoire savent tout ça mais certaines personnes qui ne s'instruisent pas et ne croient que ce que certaines personnes leur disent (c'est-à-dire des républicains qui vous confondent même parfois avec la monarchie des capétiens), les Britanniques ne gagnent leurs guerres qu'avec deux moyens: Le fait d'être une île et de faire se battre les autres pour eux.

Louis Labat