Bezout |
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| Mon Empereur, Il m'est agréable de vous savoir disposé à répondre à nos courriers. Sans doute est-ce pour vous un moyen de vous évader de cette bien triste île qui vous retient loin de nous. Je me présente, Urvoy Jean François servant la nation aussi bien que je le puis au sein de votre belle Maréchaussée. Vous souvenez-vous de monsieur Aurel le libraire de Valence? Nous avons arrété lors d'une patrouille sur la route de Dol à Rennes, un homme se disant être son neveu. Il tenta de s'échapper quand il nous aperçut mais nous connaissons mieux les sentiers que lui et Alphonse ne tarda pas à le rattraper. Alphonse vient d'incorporer la Maréchaussée, il est jeune et bien plus vif que je ne le suis, les années n'épargnent personne, hélas. Après lui avoir demandé les raisons de sa fuite, l'homme bredouilla avec un accent du Sud qu'il nous avait pris pour des malfaisants. Cela m'a paru absurde et je lui demandais les raisons de sa présence ici. Il ajouta qu'il devait se rendre à St Malo et devait prendre le bateau pour aller voir l'Anglais. Je vous avoue que cela fit pour moi une raison de plus de le questionner et de fouiller son sac. J'y trouvais parmi son linge et sa trousse de voyage un traité de Mathématique un Bézout comme il dit. Quand j'ai voulu le feuilleter, il hurla! Non ceci est à L'Empereur! À l'entendre hurler et se débattre, je finis par le croire. Il voulait donc vendre ce tas de pages à l'Anglais, mal lui en pris, il lui fut confisqué et l'homme fut relâché par Alphonse. Vous l'auriez vu filer! J'en ris encore. Ce Bézout s'il vous appartient réellement je puis vous le faire apporter. J'ai un cousin marin du côté de Cancale qui est second sur un navire de commerce. Il se pourrait qu'il puisse faire escale sur votre île ou simplement mouiller non loin de là. Le livre a sur sa première page un poème dont je vous fais la transcription, bien que l'écriture soit assez illisible. Grand Bézout, achève ton cours Mais avant, permets-moi de dire Qu'aux aspirants tu donnes secours Cela es... Le reste est illisible, j'en suis navré. Si cela vous appartient dites-le moi et je vous ferais parvenir une douzaine d'huitres du pays en cadeau. Votre devoué Urvoy J.F Post scriptum: Si vous desirez autre chose faites-le moi savoir. |
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| Cher Urvoy, Je suis ravi de voir que ma Gendarmerie et ma Police n'ont pas perdu leur efficacité et leur dévouement à ma personne . Ma pauvre mémoire me joue des tours et j'avoue ne pas me souvenir de ce «Bézout», mais comme les mathématiques ont toujours été ma matière de prédilection, le traité en question pourrait bien m'avoir appartenu dans mes jeunes années. Si vous en avez l'occasion, c'est avec plaisir que je consulterais ce «grand Bézout» tout en dégustant vos huîtres, mais je crains que vous ne trouviez quelques difficultés à parvenir jusqu'à moi . Vous ne le savez peut-être pas, mais l'être vil qui me sert de geôlier me refuse toute visite ou cadeau de l'extérieur qui pourrait m'être agréable! Enfin, si jamais, par miracle, vous arriviez à vos fins, je vous serais fort reconnaissant de m'apporter quelques bonnes bouteilles de vin de notre pays car celui que l'on me sert ici a un goût détestable. N'hésitez pas à m'envoyer de vos nouvelles et dites à vos collègues que leur Empereur ne les oublie pas et les porte toujours dans son coeur. Napoléon. |