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Sire,
Je me permets de vous écrire car je suis dans le trouble. Je ne
parviens pas à discerner votre antithétique personnalité lorsqu'il s'agit de
votre relation amoureuse avec l'Impératrice et de votre intérêt certain pour les
batailles.
En effet, je suis humblement certain de votre amour profond et
sincère pour Joséphine de Beauharnais. Dans votre correspondance avec elle
(assez unilatérale, d'ailleurs), honteusement mise à la disposition du premier
venu, on ne peut décerner que l'âme d'un homme aimant sa femme, continuellement
meurtri par sa distance, faisant preuve de touchants élans d'amour, de chagrin,
de frustration. J'ai souvent peine pour vous à la lecture de ces lettres
griffonnées au détour d'un campagne.
Toutefois, dans d'autres écrits,
j'apprends que vous êtes le plus courageux des hommes, impétueux, puissant,
nerveux, génial (par Dieu, je ne vous fais point l'affront de vous flatter, je
veux seulement mettre en évidence cette différence de comportement), et montrant
la «plus grande et la plus haute ambition qui fût peut-être jamais» (j'ose vous
citer, sire).
Je me demandais alors s'il y avait une corrélation entre
votre dramatique chagrin amoureux et votre génie guerrier. Peut-être avez-vous,
sire, je l'espère, un avis à me donner?, ou du moins pourriez-vous m'éclairer
sur la nature si différente de ces agissements.
J'osais en fait imaginer
que dans l'intimité de votre couple, vous n'offriez tout votre amour qu'à
l'Impératrice, tandis que votre personne publique se revêtait de cette aura de
toute-puissance qui tant de fois a suscité la passion.
Ceci dit, je ne
désire point vous troubler ou remuer de pénibles souvenirs. Traitez seulement,
sire, je vous en prie, ma curiosité exagérée avec clémence, car je ne suis que
l'un des modestes passionnés de Vous.
Au plaisir, je l'espère, de
bénéficier d'une réponse, d'obtenir un simple mot de votre part; je vous salue
ultimement,
Votre très humble serviteur,
Tristan de Gex-Fabry |