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Napoléon Bonaparte

     
   

Actualité littéraire

    À sa Majesté Napoléon Ier Empereur des Français.

Sire, Je n'ignore rien de votre isolement sur ce «rocher» ou «la perfide Albion» vous a assigné à résidence, et ce, pour le plus grand malheur de la France et de ceux qui vous sont restés fidèles et attachés.

C'est pour cela que je porte à votre connaissance ce qu'il m'a été donné d'entendre concernant Votre Majesté. Dans une émission télévisée, (la télévision est une sorte de boîte à images où des personnes débattent sur divers sujets et que la plupart des citoyens possèdent dans tout le pays; eh oui, les temps ont bien changé depuis votre départ pour «l'exil»; décidément je déteste ce mot!) Dans une émission télévisée, disais-je, présentée par un certain Monsieur Fogiel, un individu certainement révisionniste est venu affirmer que vous, Sire, aviez été le premier «dictateur raciste de l'histoire»; que vous aviez utilisé des procédés «d'extermination de masse» durant vos campagnes. Il vous a même comparé à un méchant homme répondant au nom d'Adolf Hitler qui mettra le monde à feu et à sang bien longtemps après vous, entre 1939 et 1945 près de 120 ans après votre disparition...

Je ne peux y croire. Il est impossible que votre Majesté ait pu commettre de telles atrocités, Vous qui avez combattu toute votre vie les monarques d'Europe, ces usurpateurs des droits des hommes afin de faire épouser les idées de la «Révolution» au reste du monde dans un esprit de liberté; d'égalité et de fraternité.

Il est vrai que le fait d'avoir restauré l'esclavage sous votre règne a peut-être été une erreur, pour ne pas dire une faute; mais je me garderai bien de porter sur votre personne un jugement, qui n'est plus nécessaire à présent, car vous ne pouvez vous en défendre ouvertement devant les peuples. Je veux garder l'image du «BONAPARTE» du 18 Brumaire et le «NAPOLÉON» d'Austerlitz! Il est si facile de porter le discrédit sur les Mythes de nos jours!

Je serai infiniment honoré si votre Majesté souhaitait me donner son sentiment sur ces propos que je qualifierais de calomnieux jusqu'à preuve(s) du contraire et dans le plus grand secret si cela vous est possible, afin que l'infâme Hudson LOWE ne s'en serve pas contre votre personne. Son ambition est aussi grande que sa haine à votre encontre.

Les rumeurs qui nous viennent de l'autre côté de la Manche disent que vous coûtez beaucoup d'argent à ces traîtres Anglais qui vous verraient bien passer les pieds outre. Je vous recommande la plus grande prudence, Sire! Je sais que la France vous manque, et vous manquez au peuple français.

Aucune information ne nous parvient d'Autriche concernant le Duc de Reichstadt votre fils. Je soupçonne qu'il est «prisonnier» comme votre Majesté et que l'on essaye par je ne sais quel procédé de lui faire oublier jusqu'à votre existence. Cette révélation vous est, je le sais, très cruelle mais c'est mal compter sur le dévouement de vos fidèles qui parviendront bien à lui faire parvenir l'écho de votre illustre nom afin qu'il sache de quel grand homme et de quelle nation il est issu.

Ainsi s'achève ma lettre car des bruits de pas résonnent sur le palier, juste devant ma porte; la police du roi nous persécute sans relâche. Que sa Majesté se préserve car nous travaillons à son retour!

OLIVIER votre fidèle Grognard

P.-S.: Monsieur de TALLEYRAND était-il vraiment: «de la m... dans un bas de soie»?



Bonjour vieux Grognard,

De tous temps il s'est trouvé des gens pour faire des parallèles historiques sans fondements. Pourrions-nous vraiment comparer deux personnes, fussent-elles de la même époque, qu'elles compteraient un nombre infini de différences majeures, dans leurs actions, dans leurs décisions, dans les motivations qui les poussent à agir. Je n'ai jamais commandé la mort d'une société, d'un groupe, d'une race ou d'une faction. J'ai même été clément avec des traîtres d'une importance capitale.

En ce qui a trait à l'esclavage, tout est histoire de contexte. Je ne suis pas particulièrement esclavagiste. Je ne souhaite que la paix dans l'Empire. Si les classes dirigeantes de certaines colonies ne vivent que par l'esclavage, que cette question risque de causer leur défection en des endroits économiquement sensibles comme les Antilles, entre autres, eh bien, il me faut agir dans l'intérêt de la France. N'oublions pas que de mon temps, l'esclavage est chose courante, et ne surprend guère les gens, alors que du vôtre il est scandaleux. Pour ce qui me concerne, j'ai toujours su me montrer juste avec mon entourage, peu importe sa provenance. Ai-je maltraité Roustam? N'ai-je pas fait libérer la nourrice de Joséphine en Martinique? Joséphine aimait tout le monde, était généreuse et sensible aux besoins de tous, mais était pour l'existence de l'esclavage, et pourtant n'agissait pas comme un être raciste. Je comprends que ce soit difficile à concevoir, mais de mon temps, les deux attitudes sont possibles en même temps chez une même personne.

Le roi de Rome n'oubliera jamais ses origines. Le Congrès de Vienne aura beau faire, je refuse de croire que l'on puisse m'avoir oublié. D'ailleurs mon martyre lui vaudra peut-être un jour une couronne, je compte sur des gens comme vous pour lui rappeler qu'il est né prince français.

Monsieur de Talleyrand est une «m... dans un bas de soie», c'est une chose que je lui ai dite lors de sa trahison. Il a toujours trahi tout le monde, sauf lui-même, parce qu'il s'arrange pour tirer les ficelles, pour comploter. Il l'a fait en ce qui concernait sa vocation religieuse, envers Louis XVI, envers Robespierre, envers Barras, envers le Directoire, puis envers moi. D'après moi il le fera encore. Il est de ce genre d'homme impossible à saisir, qui est à la fois un atout précieux et un redoutable ennemi. À mes yeux, il est une des raisons de ma défaite.

En souhaitant cette réponse digne de vos attentes, bien à vous.

Napoléon Ier, Empereur des Français