Lettre d'acceptation
de Napoléon Bonaparte
à l'Éditeur
       

       
         
         

Napoléon Bonaparte

      Longwood, île Sainte-Hélène, novembre 1820

Monsieur Dumontais,

Votre demande de participer à ce débat sur ma vie tombe fort à propos. Voilà cinq longues années que je suis sur ce piton rocheux de l'Atlantique sud! Cet endroit a vraiment été vomi par le diable! Encore heureux que Marchand soit auprès de moi pour rédiger ce courrier qui vous parviendra, suite à sa lecture par Hudson Lowe!

L'anglais et l'ennui, voilà ce que l'on retrouve ici. J'ai passé ma vie à forger une Europe nouvelle, à y implanter les idées de la Révolution, dont celle de cette liberté dont je suis privé! Soit, ma chute a été aussi grande que mon ambition. Finalement, de quoi pourrait-on m'accuser dont un historien ne saurait me défendre?

Cet exil vaudra peut-être une couronne à mon fils, mais en fait, j'ai passé une partie immense de ce temps libre à rédiger mes Mémoires. Ce sera là un témoignage saisissant. Vos yeux se régaleront de la plume de Las Cases.

J'accepte donc de vous consacrer de ce temps que j'ai ici. Puisse cette disponibilité être pour les gens de votre temps une source privilégiée pour s'approcher d'un empereur qui, à ce qu'on m'a dit, a influencé jusqu'à la politique de votre siècle. Empereur! Voilà le titre que toutes les royautés au monde ne pourront m'enlever. Et ces anglais qui m'appellent «Général», «Caporal» ou «Bonaparte», comme si Waterloo effaçait Austerlitz! Basta! Envoyez-moi ces missives, que je ne pense plus à ces tourments d'esprit... et de corps.

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