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Isabelle
écrit à

Anne Boleyn


Votre Majesté


   

Quelles sont vos relations avec votre sœur Mary et votre frère George? Étiez-vous heureuse, adolescente?

Aimez-vous la princesse Elizabeth? Pourquoi votre oncle, le duc de Norfolk vous a-t-il abandonnée ainsi que votre frère George, qui a été accusé d'être votre amant? Ce n'étaient que des calomnies pour vous perdre!

Bonne soirée, Votre Altesse.

Amicalement, votre  dévouée sujette,

Isa


D'Anne Boleyn, Reine d'Angleterre à Lady Isabelle,

Vous savez, Lady Isabelle, ma sœur Mary, mon frère George et moi-même, sommes les seuls enfants survivants de nos parents, ma mère Elizabeth, comtesse de Wiltshire, ayant fait de nombreuses fausses couches. J'ai la chance d'être en vie, par la volonté de Notre Seigneur. De ce fait, je ne peux qu’être heureuse.

Mon adolescence fut une des périodes les plus enrichissantes de ma vie: à huit ans, lorsque mon père fut nommé ambassadeur à la Cour de feu l’archiduchesse Marguerite d’Autriche, il m’emmena avec lui. Et c’est ainsi que je découvris les Pays-Bas. Là-bas, on m’inculqua les qualités qu’une jeune noble se doit d’avoir: politesse, tenue et bonnes manières. J’y appris également le français, langue qui m’a servi plus tard lors de voyages en France. Les souvenirs que j’ai gardés de cette période de ma vie sont à jamais gravés en moi.                           

Saviez-vous que je dois mon premier contact avec la Cour d’Angleterre, à la sœur d’Henry, Mary d’Angleterre, dont je devins la dame d’honneur? Je l’accompagnai en France où elle fut mariée au roi Louis. Je restai dans ce pays pour parfaire mon éducation et mon français. Ma rigueur et mon dévouement à l’apprentissage furent remarqués par la reine Claude de France, qui m’introduisit dans sa suite en tant que dame d’honneur mais également en tant qu’interprète. À la cour de France, je me perfectionnai dans l’art du chant et de la danse.

Grâce à mon père, j’ai donc reçu la meilleure éducation, l’éducation à la française, marquée par le goût des belles choses: l’élégance vestimentaire, le raffinement des mets, les bonnes manières, l’apprentissage de la danse, l’art de conversation. Lorsque je revins en Angleterre, j'étais une femme accomplie.

Mary était la fierté de notre famille. Elle était belle, avait beaucoup d'esprit. Aujourd'hui, elle n'est connue que pour avoir été la putain du roi, une maîtresse parmi tant d'autres. Elle a jeté le déshonneur sur notre famille en se mariant en secret à un courtier, un homme du peuple, William Stafford. Lorsque j’appris ce mariage, de sa bouche, je fus outrée: elle n’avait pas demandé mon consentement et elle avait ignoré les règles de la bienséance. Pour la punir, je l'ai bannie de la cour.

J'ai toujours été proche de mon frère George. Bien plus que de Mary. Il est mon confident, mon conseiller. Il me témoigne le respect dû à une reine et m’apporte le soutien que l’on attend d’un frère.

Vous me demandez si j'aime notre fille, la princesse Elizabeth? Il faudrait être un monstre pour ne pas aimer ses enfants! Mais je crois comprendre le sens de votre phrase: n'est-ce pas là un moyen détourné de me demander si le fait d'avoir une fille en place et lieu d’un garçon fut une déception? J’ai donné au roi la Princesse Elizabeth. Et elle nous rend très heureux. C’est un magnifique bébé, robuste et fort comme son père. Je sais que je donnerai un fils à Sa Majesté, la déception n’a donc pas sa place au sein de la famille royale. En outre, Sa Majesté a offert à Elizabeth un somptueux baptême. Et, à présent qu’elle se trouve au château d’Hertfordshire, le roi aime s’y rendre pour l’admirer et la choyer. Quant à moi, j’éprouve une très grande fierté et une très grande joie. Je sais que ma fille est destinée à faire de grandes choses, les astrologues me l'ont assuré. Elle fait partie de moi, de ma vie. Elle est l’incarnation de l’Amour entre Henry et moi. Mais je compte bien lui donner un frère, le fils que Sa Majesté et le royaume d’Angleterre attendent.

Je ne sais de quoi vous me parlez au sujet de mon oncle, le duc de Norfolk: il ne m’a jamais abandonnée. Quant à vos insinuations concernant mon frère, sachez que de telles paroles pourraient vous coûter la vie. L’idée seule me glace d’effroi et de dégoût.

Vous pouvez m’écrire à nouveau si d’autres questions vous viennent à l'esprit mais ne vous risquez plus à reparler de relation autre que fraternelle entre mon frère et moi-même, Lady Isabelle.


Anne, the Queen

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