Anonyme
écrit à

   


Ludwig van Beethoven

     
   

Votre ami Schuppanzigh

    Cher Maître,

Reconnaissante, chaque 16 décembre, je vous fête en écoutant, cette fois-ci, vos trios pour piano (sur une machine merveilleuse du futur) et je vous imagine au pianoforte avec peut-être votre collègue Schuppanzigh. Parlez-moi, s'il vous plaît et si vous avez le temps, de votre ami Schuppanzigh et de vos soirées. Je tiens à vous dire, cher Maître, combien votre musique et votre personne m'habitent.

Je vous envoie, ci-inclus, en guise de gratitude éternelle, une caisse de bon Badacsonyi blanc, vin que vous avez sûrement dégusté chez vos amis à Martonvásár.

A votre santé. Portez-vous bien.

Votre fidèle, Irène Kiss


Chère Madame,

Je n’ai toujours pas reçu votre caisse de Badacsonyi. Peut-être le vin ne traverse-t-il pas le temps aussi facilement que le courrier. Je vous remercie en tout cas pour cette délicate attention.

Quand à ce cher Schuppanzigh, je suis sûr que votre vin lui aurait plu également, quoique cela ne lui soit pas recommandé, vu son embonpoint. C’est un ami fidèle, et Dieu sait si j’en compte peu. C’est également un musicien de grande valeur, raison pour laquelle je lui confie nombre de mes quatuors. Il est rentré à Vienne il y a quelques mois et nous sommes allés manger ensemble. La nourriture était infecte mais nous avons bien ri. Je lui ai parlé de la symphonie avec choeur à laquelle je travaille et il sera probablement premier violon lors de sa prochaine création.

Votre reconnaissant Beethoven