Quatre questions
       
       
         
         

stevensmartel@hotmail.com

      Bonjour,

Est-ce que la 9ième symphonie est celle qui vous a donné le plus de mal à composer?

D'où vous est venu ce thème qui revient souvent et pourquoi ce titre:«l'hymne à la joie»? N'étiez-vous pas sourd à ce moment?

Pourquoi avoir écrit pour la partie chantée des notes si hautes et tenues pour les sopranes et les ténors? J'ai eu le plaisir de la chanter avec notre orchestre symphonique et cela demande de l'énergie.

Avez-vous fréquenté des artistes chanteurs et même chanté avec les choeurs de l'orchestre pour nous donner une partition dont les aigus sont à faire damner...

 

       

 

       

Ludwig Van Beethoven

      Vous me posez votre première question quand je suis encore complètement absorbé par la composition de cette symphonie. Comment vous répondre, à vous qui la connaissez déjà?!

Il m'est donc plus aisé de reculer dans le temps que d'avancer et votre question suivante me ramène avec joie à mes jeunes années à Bonn ma ville natale en particulier aux rencontres animées chez les von Breuning, Hélène von Breuning, ange de ma jeunesse et ses chers enfants qui m'adoptèrent. Leur maison n'avait d'égale un esprit éclairé y régnait artistes et étudiants étaient également et librement reçus. Avec les enfants nous découvrames la poésie de Schiller son Ode à la Joie qui enflamma nos jeunes âmes dans un élan fraternel. Embrasé par ces nobles idées source constante d'inspiration elles me nourrissent de musique intérieure que je m'acharne à transcrire dans mon misérable état de plus en plus affaibli. La Muse impitoyable n'accepte aucun obstacle, l'Art ne se soumet à aucune contrainte, les cordes de mon piano branlent, les marteaux ont perdu leur couverture de cuir, que voulez-vous, cela stimule les facteurs à les rendre plus solides! Et Mozart n'a pas hésité à écrire son Aria de la Reine de la Nuit et vous noterez que nous ne faisons plus chanter les castrats! Mais je lis que chez vous à votre époque ils sont de nouveau très prisés?! Haha!

Mes salutations respectueuses,

Ludwig van Beethoven
         
         

Ludwig Van Beethoven

      J'ai retrouvé parmi des tas monstrueux de papiers votre lettre à laquelle j'avais répondu de mémoire et vous ajouterais quelques précisions en toute justice à vos questions. Je vous dirais pour vous rassurer (ou encore me faire damner?) que pendant de longues années mes amis musicaux, des chanteurs professionnels et de fort bons amateurs se retouvaient chez moi et nous explorions toutes les musiques chorales, les airs d'opera etc, tout ce que mes éditeurs pouvaient me faire parvenir des grands. Pour nos réunions musicales j'avais reçu peu après mon arrivée à V. du Prince Lichnowski quatre magnifiques instruments à cordes (des Amati et Guarnerius) dignes de mes amis talentueux. Je les garde encore précieusement. Je me souviens avoir parlé des castrats, bien que la musique italienne les considère indispensables et V. semble toujours trouver l'argent pour les faire venir pour entretenir la mode, ils n'ajoutent rien à l'Art.

Avec mes salutations respectueueses,

Ludwig van Beethoven