Alex Delarge 
écrit à

   

Ludwig van Beethoven
Ludwig van Beethoven

   


Lovely lovely Ludwig Van!
 

    Cher lovely-lovely Ludwig Van,

Mon nom est Alex Delarge, monsieur, et je ne peux vous cacher le bonheur que j'ai à vous écrire.

Quand mes bâtards de droogs, au Korova, m'ont dit entre deux vellocet que je pouvais échanger quelques slovos avec vous, et govoriter quelque peu, je me suis senti tout karacho, et tous les malenki poils de mon plott (comprendre le corps, m'sieur, le corps) se sont dressés à l'envers. L'histoire fait que je n'ai pu allier le geste à ce doux rêve avant aujourd'hui.

J'en ai passé du temps à sloucher vos oeuvres, en particulier la 9e, qui m'a coûté quelques déboires, je dois dire! Je ne vous ai jamais abandonné, scandant votre nom comme un pauvre malchick perdu et incompris, même quand ils m'ont collé leurs saletés d'écarteurs et qu'ils m'ont forcé à mirer d'horribles images des camps de la mort sur votre divine musique! Je peux vous avouer qu'alors j'étais comme un chien servile et apeuré, tolchoké à mort et le golliwog torturé, et j'ai pas hésité à payer de ma personne, non monsieur! à abuser du bon vieux yatzich rouge, à lécher leurs godasses tant que je pouvais pour éviter d'en crever, si vous me permettez l'expression, monsieur Ludwig Van. C'était pour éviter d'en subir davantage si vous voyez.

C'est votre musique qui m'a aidé, tout en me torturant chaque instant dans ma chair. Car j'ai quand même bien morflé. J'avais beau me triturer le rassoodock, j'avais plus qu'une solution, dévisser. Enfin mourir, quoi. Car ces sales droogies puants m'avaient trahi, moi leur droog leader, qui leur était infiniment supérieur, et je me retrouvais dans une situation fort inconfortable. Je n'avais plus que les yeux pour pleurer, et votre musique
chérie, en espérant pouvoir l'écouter un jour sans renvoyer la classe.

Et ô joie, mon Ludwig Van et seul ami, ce jour est arrivé.

Je ne peux pas vous mentir, vous êtes le seul pour qui j'éprouve tout le quota de respect que je peux contenir. Je n'y peux rien, j'ai bien essayé avec Pap et Mam, je n'y suis pas arrivé. Les pauvres vieux y auront laissé la santé. Je suis un ruffian et un sale tchelloveck et j'ai fait de l'ultraviolence mon credo, mon pain quotidien! Mais quand je vous écoute, je vous jure bien, monsieur, que tout mon être est dans une extase divine, et je me sens tout proche du vieux Bog en son Paradis, en un sens, tant vous écouter c'est karacho!

Mais je ne m'attarde pas, car vous n'êtes en rien responsable de ma nature profonde, vous qui n'avez jamais tolchocké quiconque ni violé ou quoi.

Vous contribuez à m'élever, monsieur, comme qui dirait à un rang supérieur. Il s'en trouvera beaucoup pour ne pas comprendre, mais je sais que vous, vous me comprenez, ou tout du moins j'ose imaginer que vous m'accepteriez tel que je suis parmi les fanatiques de votre oeuvre. Je me félicite d'être à jamais votre débiteur, ne serait-ce que pour le fait que vous avez existé, et aussi je dois vous dire qu'à présent, sur la 9e, je ne suis plus malade. Et ça c'est super! Je peux l'écouter encore, et encore, et encore, satisfaire quelque devotchka levée au magasin de musique, ou tolchoker gaiement quelque bâtard poicreux avec des coups de canne bien pesés, tout ça avec la 9e en fond!

Merci à jamais, lovely, lovely Ludwig Van. Je vous aime.

Votre dévoué droog,

Alex.


Ah, cher Sinclair, de nouveau je vous appelle à l’aide!

Bien que je reçoive un bon nombre de lettres de votre époque -et je comprends que les temps changent-, je n’en suis jamais arrivé au point de n’y comprendre goutte. Que de violence dans ce discours et dans ces mots! Mais que mon opus 125, ma symphonie chorale, y contribue, m’afflige au plus profond de mon être. L’art ne doit-il pas conduire l’humanité vers une harmonie intérieure et permettre le développement, le dépassement de chaque individu? Je n’y comprends rien.

Ah, mon cher ami, aidez-moi à démêler cette missive, qui se veut appréciable mais semble vivre dans la violence. Je vous le demande, bien respectueusement, au nom de votre publication!

À bientôt vous lire.

Vôtre,

Beethoven

Alex, dorogoï droog, haha, jeune home, je vais govoriter avec vous!

Monsieur Dumontais m’a fait parvenir quelques informations sur votre situation et je viens vous surprendre, haha! Alors si je vous réponds ici, c’est pour vous parler de musique, cet art qui dans votre monde vous touche plus que toute autre chose, mais qui semble aussi vous faire déraper dans la violence gratuite. Alex, êtes-vous vraiment à l’écoute de ma musique ou sont-ce vos démons intérieurs qui vous contrôlent? Savez-vous combien j’ai dû lutter pour arriver à cette musique, en particulier cette neuvième symphonie, la symphonie chorale que vous connaissez si bien? Votre intuition vous guide. La Musique seule, art ultime, crée et représente l’espoir pour l’Homme. Vous l’avez senti, vous le sentez. Vous vous trouvez dans une extase divine, qui vous interpelle. Mais l’art vous touche-t-il autant que vous le dites? L’Art ne doit-il pas conduire l’Humanité vers une harmonie intérieure et permettre le développement, le dépassement de chaque individu?
 
Cependant, l’Art vous appelle aussi à vous prendre en charge vous-même, à vous détacher du sordide et non à vous abrutir pour y sombrer, vous anéantir la volonté, le corps. Jeune homme, je vous implore, au nom de votre respect pour ce compositeur, passez à l’action, mettez toute votre force à FAIRE DE LA MUSIQUE. Cultivez votre extase avec un instrument de musique non qui détruise mais qui vous élève, vous sauve…

Votre Ludwig Van