| Antoine | ||
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| Maître, De toutes vos admirables compositions, c'est votre opéra Fidelio que j'écoute le plus souvent et avec le plus de bonheur. Soyez mille fois remercié d'avoir, par un tel chef-d'œuvre, apporté autant de richesses et de joie aux générations qui vous ont succédé. La vôtre, certes, s'est parfois montrée ingrate, mais soyez assuré que la postérité saura réparer cette injustice au-delà de toutes vos espérances. Comme la plupart de mes contemporains, j'ai longtemps cru (sans pouvoir juger sur pièces) que la troisième version de votre opéra, celle de 1814, était la plus achevée et donnait la plus juste idée de vos intentions. Or cette version comporte des bizarreries, tant musicales que dramaturgiques, que l'on m'avait (bien à tort) appris à considérer comme autant de preuves que vous n'étiez «pas fait» pour l'opéra et que les contraintes propres à cette forme vous mettaient mal à l'aise. Comme s'il était concevable qu'un génie tel que vous ait pu, en quelque genre musical que ce soit, faire preuve de maladresse! Un jour, j'ai eu la chance d'entendre la première version, celle de 1805, qu'un chef d'orchestre anglais a eu la très bonne idée d'exécuter il y a quelques années sous son titre d'origine, Léonore. J'ai eu la grande surprise de constater que cette œuvre est, telle quelle, une magnifique réussite, et qu'elle démontre de manière éclatante votre pleine maîtrise des règles en vigueur à votre époque sur les scènes d'opéra. J'en ai tiré la conclusion que ce qui, dans la version de 1814, passe pour des bizarreries n'est en rien l'effet de la maladresse, mais bien plutôt de l'audace visionnaire avec laquelle vous avez entrepris d'y réinventer le théâtre lyrique, comme vous avez par ailleurs réinventé la symphonie dans votre «Ode à la joie». Je vous croyais l'auteur d'un unique opéra; or j'en découvre deux, l'un plus conventionnel, l'autre unique et fulgurant, mais tous deux admirables, pour des raisons certes différentes mais aussi fortes dans un cas que dans l'autre. Voici donc ma question: laquelle de ces trois versions (1805, 1806, 1814) est la plus chère à votre cœur? Et laquelle des quatre ouvertures que vous avez composées pour votre opéra a votre préférence? Par ailleurs, approuvez-vous l'habitude prise au début du vingtième siècle d'exécuter l'ouverture Léonore III avant la scène finale? Veuillez agréer, Maître, l'expression de ma profonde admiration et de mon infinie gratitude. Antoine |
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