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Cher Beethoven,
Dites-moi, si vous aviez eu des enfants, avez-vous une idée des
prénoms que vous leur auriez donnés? Et combien en
voulez-vous? Auriez-vous été heureux d'être
père de famille?
Je ne vais pas vous prendre plus de temps, à ce que je sais vous
êtes encore dans votre musique... comme toujours d'ailleurs!
Amicalement,
Brigitte
Chère Mademoiselle,
Quelle curieuse question que
celle que vous posez là à un homme plutôt infirme
et malade, qui a un demi-siècle bien sonné et qui,
surtout, est resté célibataire! J’imagine que toutes ces
décisions se prennent à deux…
Je n’ai pas besoin de souligner
combien la charge de mon neveu me tient à cœur et je me
dévoue vieux corps et âme à son bien-être.
Vôtre,
Beethoven
Mon cher,
Je vais un peu
modifier ma question: si je ne me trompe pas de neveu (ce qui est
toujours possible), le vôtre se prénomme Karl. Auriez-vous
préféré qu’il se prénomme Ludwig?
Regrettez-vous d’être resté célibataire? Si
oui, pensez que vous êtes encore relativement jeune et que tout
reste possible! Si non, je respecte votre décision. Mais vous
êtes charmant!
En revanche, vous m’inquiétez un peu: malade? Voyons, mon ami,
dans ces cas-là on reste bien au chaud au fond de son lit au
lieu de faire trente kilomètres par monts et par vaux chaque
jour! Cela n’est qu’un conseil de médecin (eh oui). Enfin, sauf
si vous voulez voir votre neveu sans tuteur, livré sans recours
à sa mère!! Je vais retourner à mes patients!
Bonne soirée, mon cher Ludwig!
Votre fidèle médecin,
Brigitte
Madame,
N’étant point de vos
patients, je vous remercie néanmoins pour vos conseils
bienveillants et vous rassure: quand je me sens souffrant je fais appel
à mon propre médecin. Les marches, madame, je ne les fais
pas contre ma nature mais pour la fortifier!
Je vous laisse à vos
patients,
Beethoven
Cher Beethoven,
Je ne nie pas la bonne influence des marches sur l’organisme, ni les
plaisirs qui en découlent. Mais j’ai souvenance d’un certain
incident en 1812, où une simple promenade par mauvais temps vous
a tenu au lit quelques jours. D’où l’importance de se
protéger des intempéries!
Tout cela nous éloigne bien de la question initiale! Je vous
laisse aux bons soins de mon confrère.
Bonne soirée,
Brigitte
Madame,
Je crois avoir répondu
aux questions essentielles et réponds encore à cette
dernière. Karl se prénomme Karl et, comme tel, il
reçoit l’affection entière de son oncle et tous ses
soins. Et quelle est votre intention? Analyser une quelconque
huître qui aurait pu me donner une colique ou me sermonner pour
une sortie qui aurait pu m’aliter?
Je vous laisse donc à
vos patients, soignez-les bien et dans l’espoir que ce serait le cas,
je retourne à ma musique!
Beethoven
Monsieur,
Mon intention? Ni l’une ni l’autre: les analyses d’huîtres ne
serviront à rien puisqu’elles ont déjà subi les
attaques de la bile, du suc pancréatique, du suc gastrique et du
suc intestinal. Les sorties: je ne m’autorise pas à le faire,
par respect pour la «Pastorale». En revanche, les
huîtres à fraîcheur ou qualité douteuse
peuvent contenir le bacille de l’hépatite C, qui cause la
cirrhose du foie, voire le cancer et même la mort dans la
majorité des cas. Si l’on ajoute à ceci
l’entérocolite pseudomembraneuse dont vous souffrez (c’est ce
qui cause les diarrhées et les coliques, ainsi que les douleurs
abdominales), le bilan clinique n’est pas excellent. Vous avez
apparemment les bronches fragiles et le brouillard, la pluie et le
froid n’arrangent rien à ces affections.
Conclusion: j’espère que mon confrère est patient, sinon
je crains le pire! Je vous préviens aussi que moins vous tenez
compte de mes conseils, plus je m’acharne… Mes patients ne m’attendent
plus à des heures pareilles, il est près de vingt-deux
heures!
Prenez soin de vous,
Brigitte «Knock»
Madame,
J’ai été bien
patient avec vous, mais ne suis point votre patient! -je ne suis pas
venu vous consulter- cessez de me dresser vos ordonnances et de me
déballer votre savoir médical. Je me confie à mon
médecin quand je le juge bon et ne veux point de vos diagnostics
spéculatifs.
Ce que vous vous autorisez
à faire est votre affaire, je vous recommande néanmoins
ceci: si vous appréciez sérieusement et la nature et la
musique vous ne vous priverez ni de l’une ni de l’autre car la musique
n’est ni prescriptive ni descriptive et n’éveillera des
sentiments propres à vous-même que si elle vous touche…
Beethoven
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