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Monsieur,
Je tenais d'abord à vous féliciter. Vous, grand compositeur, aviez
plus d'oreille que la plupart des personnes (même parmi les compositeurs
connus et reconnus), et ce, malgré votre surdité. C'est quelque chose
dont les malentendants, j'en suis sûr, sont très fiers!Pour ma part
même si j'entends très bien, je n'ai pas d'oreille, du moins il me
semble...
Vous ne savez sans doute rien de ce qui se passe à notre époque.
Aussi, je vais vous dire ceci: votre 9e symphonie a été choisie comme hymne pour l'Union européenne –union composée de 25 pays européens, bientôt 27, dont la France, l'Autriche, l'Allemagne, etc. Vous devez néanmoins savoir qu'un problème se pose concernant le «volume» (ou niveau sonore) de votre symphonie. Les experts ont déduit que, lors de l'écriture de votre symphonie, vous aviez du mal à entendre, ce qui vous a forcé à augmenter le son. Sachez, Monsieur, que des centaines de compositeurs et arrangeurs de sons, et autres techniciens ou «magiciens» du son, se sont arraché les cheveux (ce que je trouve fort amusant:ne vous méprenez pas sur mon ironie) pour «baisser le volume» sans y être parvenus. Ils n’ont pas réussi à rendre votre symphonie plus douce, moins bruyante...
Néanmoins, un mystère demeure: votre lettre à Élise, écrite un 27 avril et intitulée April zur Erinnerung Von Lv, Bthvn. Je joue cette pièce en ce moment même au piano. Il semble que l'autographe (pouvez-vous m'expliquer ce que cela signifie) aurait longtemps été en possession de la fille de votre médecin, Thérèse Malfatti à qui, on présume, la pièce a été dédiée... Mais alors, pourquoi l'avoir intitulée dans votre langue d'origine: Klavierstück für Elise?
Bien que je vous aie écrit ces quelques mots en allemand, je ne parle
pas du tout cette langue. Aussi, si vous me répondez, préférez le
français.
Voilà ma curiosité piquée et je vous prie de bien me répondre, M.Beethoven.
Rosée, jeune pianiste
Chère jeune pianiste et correspondante,
Merci de me mettre au courant de votre temps. Cependant, vos nouvelles me laissent un peu inquiet. Que les pays d'Europe forment une entente ou une union politique me réjouit. Vos commentaires, par contre, m'inquiètent si ces pays, pour proclamer leur fraternité et leur solidarité, ne le faisaient qu'en chuchotant. Votre union me semble bien fragile. Ce n'est pas timidement qu'il faut chanter cette fraternité. Si vos techniciens n'y voient qu'un problème de volume, causé par ma surdité, ils n'ont rien compris. Quand ces peuples réunis proclameront vraiment Klavierstuck leur solidarité, ce ne sera pas qu'une question de volume, mais surtout une d'intensité, je l'espère.
Quant à la dédicace du Klavierstück, voyez mes autres correspondances. Les conventions externes ou sociales de l'époque importent peu à la musique.
Continuez, chère Mademoiselle, à jouer de ma musique et vous sentirez
qu'elle vous est dédiée.
Vôtre,
Beethoven
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