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Théo Deloose
écrit à

Cyrano de Bergerac


Votre nez


   

Votre nez est tout petit, je trouve: avez-vous une rallonge pour le rendre plus grand?



S’il fallait qu’à ma chair je misse une rallonge
Pour voir grandir ainsi qu’en un fabuleux songe
Quelque morceau de moi qu’on jugerait courtaud,
Mon choix se porterait sur ma jambe plutôt
Pour que je pusse voir en ma botte agrandie
Les charmes insolents de la douce Italie.
Pour qu’étant à genoux je pusse en quelque lieu
Sur deux des sept collines avoir Rome en prie-Dieu,
Pour qu’à chaque matin vaillamment je m’échine
A faire luire au bout le soleil sur Messine,
Et pour que de ma cuisse, -ô pauvre Jupiter-
Soient sortis Galilée physicien magister,
Léonard de Vinci, Bramante et Michel-Ange
Et tant de grands génies qui font un tel mélange
Qu’on voit en ce pays le flamboyant creuset
Où les arts et la science ont voulu s’épouser.

Mais surtout je pourrais, grâce à cette distance
De la chausse au pourpoint corriger l’insolence,
Faire tâter du cuir la fesse au garnement
Qui ne doit son ardeur qu’à son éloignement.


Signé : Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac,
Grand riposteur du tac au tac.
Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Botteur d’arrière train
Et voyageur aérien
Amant aussi, pas pour son bien...

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