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Cher cousin,
Je me permets de vous déranger: je me prénomme
Roxane. Votre goût et votre savoir-vivre nous manquent grandement.
Votre esprit grandiose, moi je n’en ai pas un atome. Votre prose me
laisse sans voix. Je suis si troublée, même encore aujourd’hui! Je vous
adresse mes respects et mes salutations.
Votre bien dévouée,
Roxane
Comme elle est débordante encore cette absence!
Pourquoi donc le chagrin n'a-t-il pas l'élégance
De savoir s'effacer comme neige au printemps?
Pourquoi s'obstine-t-il à alourdir le temps?
Magdeleine Robin, ma cousine, Roxane,
Précieuse adorée, sublime courtisane,
Ce nom, rien que ce nom m'inonde de frissons
Comme un souffle innocent ravive les tisons.
Bien qu'ayant assez peu de goût pour les défaites,
Cette tendre visite que ce soir vous me faites
Me fait perdre les sens et rendre mon drapeau
Vous me percez le cœur, vous me trouez la peau.
Pourtant Plaisir et Joie s'invitent à la bataille
Sous vos ordres voilà des lieutenants de taille
L'un me flanc-garde à gauche, et l'autre est au canon
Résister, riposter? A la charge? Oh que non!
Venez, venez à moi vous jeter sur ma cendre
Que Roxane avec vous se venge de Cassandre.
A-t-on vu tant de vie dans le cœur d'un mourant?
Vous me tuez d'amour, c'est fini, je me rends.
Je me jette à vos pieds, vous gagnez sans combattre
Et m'arrachez le cœur avec vos mains d'albâtre.
«C'est le poids des années qui le rend si balourd»
Diront les marmousets, non, voyons, le plus lourd
Et le plus entravant des poids que je transporte
C'est celui, sur mon cœur, qui chaque nuit m'escorte
Celui qui face à vous me fait fuir le combat
Et fait que je parais ce que je ne suis pas.
Quelle troupe aguerrie m'a fait baisser les armes?
Mousquetaires, piquiers? Eh non, juste les charmes
De six lettres adorées, point d'adversaire haineux,
Il suffit d'épeler: R-O-X-A-N-E.
Signé: Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac,
Grand riposteur du tac au tac.
Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien.
Amant aussi, pas pour son bien. |