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Dis-moi, Cyrano, mais pourquoi tu lui as pas dit la verité à Roxane?
Au début, d'accord, mais après, lorsque l'autre il est mort!
Cruelle question! La réponse pourtant
S'impose sans détours, et ce malgré le temps;
Incontournable roc fait de ma certitude,
Évidente montagne, insolente altitude,
Jamais je n'ai pu dire et ne dirai jamais
Le prix de mon mensonge à celle que j'aimais.
Aucun amant ne fut plus durement complice
De son pauvre destin, de son tendre supplice,
Mascarade inouïe où je fus prisonnier
Par moi-même enfermé, intraitable geôlier.
Alors de ce cachot qui retenait mon âme
Aurais-je pu m'enfuir et m'éloigner du drame?
Pour que la comédie reprît enfin ses droits
Que se finît à deux notre manège à trois?
Mais comment avouer telle supercherie
Sans perdre pour toujours la compagne chérie?
Et comment faire état de haute trahison
Sans voir à tout jamais son amour en prison?
Toujours au cœur des femmes comme sur leur visage
Les blessures demeurent empirant avec l'âge.
Peut-être lâchement ai-je voulu choisir
De pouvoir chastement contempler à loisir
Les traits de ce visage, où souvent la tristesse
Ajoute à la beauté de la délicatesse.
«Ah! que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n'en savoir jamais rien.»
Aucun amant ne fut plus durement complice
De son pauvre destin, de son tendre supplice.
Signé : Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac,
Grand riposteur du tac au tac.
Philosophe, physicien,
Rimeur, bretteur, musicien,
Et voyageur aérien
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