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Chère Princesse,
C'est un grand honneur pour moi d'écrire à Votre Majesté.
Je vous écris concernant un détail au sujet de la longue
léthargie (un siècle) qui vous aurait affectée.
Si
j'en crois le conte, après vous être piquée, vous seriez tombée dans un
sommeil de cent ans et des fées auraient ensorcelé l'ensemble du
personnel de votre château et de vos domaines proches pour lui imposer
de partager votre épreuve.
Ce qui me rend un peu ennuyé est de
savoir comment, et de quel droit, vous avez imposé à ces gens, qui n'ont
rien à voir avec vos problèmes, de se retrouver contre leur gré
arrachés à leur propre époque et à leur famille extérieure pour se
retrouver cent ans après dans un avenir qui n'est plus le leur?
En cent ans, toute leur famille a dû disparaître, la société a dû changer et le monde aussi.
Comment
ces pauvres gens ont-ils pu faire le deuil de leur famille, toute
disparue, pour s'adapter à une société qui a dû changer?
Je sais
qu'à votre époque de féodalisme triomphant, les serfs n'ont pas une
liberté d'expression très étendue et que ces affaires de «Droits de
l'Homme» ne sont pas d'actualité; mais ne peut-on craindre l'existence
d'une certaine irritation venant de ces gens déjà quelque peu taillables
et corvéables à merci?
N'y a-t-il pas eu des problèmes de déracinement, de révolte et de rébellion des serfs?
Et
le «Prince Charmant», je ne doute pas que ce soit un excellent garçon;
mais n'y a-t-il pas entre vous des problèmes dus à votre légère
différence d'âge, ou du moins de génération?
Respectueusement,
Gérard
Cher Gérard,
Veuillez accepter mes excuses quant au retard de ma
réponse mais la famille de mon époux, le prince, subit de graves
troubles en ce moment.
Sachez, d'une part, que je n'ai jamais
choisi mon destin. Je n'étais âgée que de seize ans lorsque le sort
s'accomplit et je n'avais aucune idée du maléfice qui planait sur moi.
Ce sont mes marraines qui m'ont sauvée d'une mort certaine en
m'endormant pendant si longtemps. Mais vous faites erreur, elles n'ont
point endormi la Cour Royale dans le but de leur imposer mon sort. Mes
marraines ont voulu nous protéger, mon royaume et moi-même. Il n'était
nullement question de leur faire partager cette épreuve, comme vous
semblez le croire.
Sachez que le temps et ses effets sur la
nature sont un grand mystère. Seules les personnes ayant d'immenses
savoirs peuvent protéger les gens des traces du temps sur la vie.
Je
vous rassure, il n'y a eu nulle blessure, ni deuil, ni perte d'être
proche et aimé à la Cour. Mais la façon dont mes marraines y sont
parvenues est un secret qu'elles seules connaissent. Mon royaume n'a
donc pas eu de révoltes, ni de rébellions à essuyer. Enfin, mon époux,
le Prince, lors de mon réveil, était un jeune homme vaillant et aucune
différence d'âge ne nous séparait et ne vint ébranler notre amour
naissant.
J'espère avoir répondu à vos attentes et surtout être
parvenue à vous rassurer concernant les attentions de mes marraines, les
Fées.
La Belle au Bois Dormant |