| |
|
Bonjour la Belle,
Tout d'abord, j'espère que tu ne m'en voudras
pas si j'utilise le tutoiement à ton égard. C'est que, vois-tu, tu as
toujours incarné une figure forte dans mon imaginaire. Celle de la
princesse victime d'un maléfice délivrée par son prince. Aussi, cela me
semblerait étrange d'utiliser le vouvoiement. N'y vois surtout pas de la
familiarité mais plutôt une envie de devenir ton ami.
Fasciné par la magie de ton histoire, sûrement grâce
au récit adapté par le sieur Disney, il me vient à
l'esprit deux questions.
Durant
ton sommeil, une forêt de ronces avait entouré le château afin
d'empêcher le prince de venir te délivrer. Après ton réveil, est-ce
qu'il reste des vestiges de cette forêt (épines sur les murs par
exemple) ou a-t-elle complètement disparu?
J'avoue m'intéresser à
la façon dont les fées et les sorcières se déplacent dans ton royaume.
Se déplacent-elles normalement ou sous forme de sphères magiques?
Je
te remercie d'avance pour avoir assouvi ma curiosité de grand enfant.
Je vous souhaite, à toi et à ton entourage, un merveilleux Noël.
Amicalement,
Alexandre, étudiant en métiers du livre dans la
réalité mais apprenti magicien dans son monde à lui
Cher Alexandre,
Je trouve votre tutoiement déplacé car vous le
faites sans mon autorisation. Mais votre audace me plaît et je ne vous
en tiendrai pas rigueur par la suite.
Si je suis pour vous une
figure de votre imaginaire, sachez que je n'ai rien d'irréel: c'est
votre univers, votre monde et vos gens qui me voient comme une femme
chimérique. Mais j'existe bien, tout comme mon royaume. Cessez donc de
me parler de ce Sieur Disney qui aurait retranscrit mon histoire alors
que je n'ai pas encore atteint l'âge mûr! Je vis tout comme vous, je
vous parle! Je ne puis accepter d'être étiquetée comme un vulgaire
personnage sorti de je ne sais quelle plume d'écrivain. J'espère que
vous me comprenez, jeune Alexandre...
Je vais donc devoir encore
contredire vos idées: le mur de ronces et d'épines n'a jamais eu pour
dessein d'empêcher mon Prince de venir à ma rencontre. Cette abondante
végétation était là uniquement pour me protéger et me laisser reposer en
paix pendant cent ans. Et dès que mon Prince s'approcha de cette flore
magique, celle-ci s'écarta sur son passage.
Vous savez, la Nature
est maîtresse de chaque parcelle de notre royaume et de magnifiques
arabesques grimpent le long des remparts du château: je ne saurais vous
dire si ce sont des vestiges de ce mur végétal ou simplement de
nouvelles pousses.
Enfin, pour répondre à votre dernière
interrogation, je sais que mes marraines les fées se déplacent dans des
chariots de feu, tirés par des dragons. Mais ces créatures sont très
dangereuses et il leur faut de longues années de dressage avant de
pouvoir nous être utile.
Si je puis me permettre un conseil,
préservez une part d'enfance dans votre cœur et n'ayez aucune honte à
vous y réfugier quand vous en ressentez le besoin.
Bien à vous cher Alexandre. Prenez soin de vous. Au plaisir de vous lire,
La Belle au Bois Dormant |