Frédérik
écrit à

Général Bélisaire
| Bonjour Général, Comme on l'entend souvent, vous êtes le plus grand des Byzantins. Et, pour ma part, vous êtes l'un des plus grands stratèges de tous les temps. Malgré cela, Justinien a fini par vous reprendre tout ce que vous possédiez (vos soldats, votre statut, vos honneurs) pour les donner à d'autres, comme Narsès. Ce procès dont vous fûtes la victime, était-il justifié? Avez-vous vraiment souhaité la perte de Justinien? Frédérick Salut à vous Frédérick, Il est des remarques qui peuvent ébranler un homme plus sûrement que le fer d'une épée, et je suis navré de vous dire que je peux compter la vôtre comme étant de celles-là. Malgré cela, je souhaite tout de même que vous saisissiez au mieux tout ce qu'il s'est réellement passé. Avais-je des vues sur le pouvoir? Bien sûr que non. Si j'ai toujours eu confiance en mon instinct de soldat, je sais que je n'ai jamais disposé des qualités nécessaires à un chef d'État. D'ailleurs, croyez bien que si j'avais vraiment souhaité revêtir la pourpre j'aurais eu de nombreuses occasions de le faire. Comme lorsque nous venions d'achever la conquête de l'Afrique par exemple. Comme je l'ai souvent répété pendant ce procès, une fois vaincus, les Vandales me proposèrent de monter sur le trône et de régner à la place de Gélimer, leur ancien roi. J'avais ainsi la possibilité de gouverner un très vaste royaume qui s'étendait sur les terres gigantesques de l'antique Carthage. De la même façon, à la fin de la campagne que nous menâmes en Italie, je refusai une proposition particulièrement attirante que venaient de m'adresser les Goths. Ceux-ci, harassés par des mois de guerre et finalement écrasés par le courage de mes frères d'armes, m'offrirent le titre de Nouvel Empereur d'Occident. Witigès, roi des Goths, insista lui-même pour que j'accède à cette requête. N'importe qui aurait accepté un tel honneur; d'ailleurs nombreux furent mes lieutenants qui me conseillèrent de répondre favorablement à cette proposition. Néanmoins, mon serment envers l'Empire et la confiance que celui-ci m'accordait étaient et restent mes plus grands privilèges. Je pourrais vous énumérer pendant des heures entières les nombreuses autres occasions où j'aurais pu prendre le pouvoir, mais cela ne serait que du temps perdu et un flot de paroles inutiles. Lorsque mon Empereur m'a mis à la tête de ses troupes ce n'était pas pour aider ma carrière, mais pour la gloire de l'Empire. Cela devrait répondre à votre question suivante. Justinien était un homme exceptionnel, un gestionnaire émérite et surtout un grand Empereur. À peine avais-je commencé ma carrière militaire que déjà il me donna ma chance en me prenant à ses côtés dans les bucellaires de sa garde personnelle. J'y ai prêté un serment où j'ai juré de le protéger lui et l'Empire, et toute ma vie je me suis tenu au mieux à cet engagement. Bien sûr, j'ai souvent regretté que notre divin chef se laissât un peu trop influencer par les piaillements incessants des courtisans jaloux qui l'entouraient. Nombreux furent ceux qui tentèrent de m'évincer et de me faire tomber en disgrâce. Mais ne pensez pas que j'aie été injustement traité tout au long de ma vie; le devoir d'un général est de se tenir à la disposition de son empereur, et c'est ce que j'ai fait. J'ai été envoyé sur tous les terrains où l'on réclamait une aide militaire d'urgence et, à chaque fois, j'ai su me montrer digne de la tâche que l'on me confiait. Bien sûr, vous le savez, mon destin fut ce qu'il fut… Et avec les années les rumeurs qui tendaient à faire croire que je complotais contre Justinien finirent par faire douter notre souverain qui, malheureusement, se laissa convaincre. Enfin, à l'avenir, évitez donc de parler de ce Narsès devant moi. Cet eunuque informe avait beau se démarquer du commun des fonctionnaires dans le domaine des affaires diplomatiques, il n'en restait pas moins un commandant moyen. Après mon rappel à Constantinople, on le nomma à ma place en raison du peu d'hommes de talent qui y restait. De plus, il ne dut sa réussite en Italie qu'aux ravages que j'avais déjà faits dans les rangs ennemis. J'espère que ce bref rapport a su répondre aux questions que vous vous posiez. Mais si vous avez encore des doutes quant à mes motivations où à celles de notre glorieux Empereur je demanderai à Procope, mon secrétaire, de me les transmettre; j'essaierai à nouveau d'y répondre au mieux. Pour l'Empire, pour l'Empereur, Général Bélisaire |