Nos armées et compagnons
d'armes sont lointains, et les champs de bataille depuis longtemps
oubliés et abandonnés.
Que reste-t-il de nous, de ces armées majestueuses, de ceux qui
comme toi (et moi) offraient leur vie pour seigneurs, belles dames et
rois? Certains reçoivent une médaille, d'autres
l'immortalité, et certains comme toi attendent leur jugement.
Crois-tu qu'il y ait encore une cause qui mérite d'être
défendue sur cette terre (en 2007)? Et pour avoir défendu
les humains, crois-tu encore en eux?
Moi, j'offre encore mon épée à ceux qui en ont
besoin, mais je ne sais plus si je fais ce geste par noble habitude, ou
parce que je crois encore en eux.
Tu attends ton jugement, et tu as offert ta vie pour eux! Crois-tu que
leur justice aura la grandeur de ton sacrifice dans les champs de
bataille, crois-tu qu'eux se sacrifieront pour toi?
Je te souhaite la paix, la sérénité et le repos,
mon frère.
George Lediscorde, Humble chevalier de la grande cause, et devant
l'éternel.
Salut à vous Chevalier,
Il semble que la nouvelle de
mon jugement se soit vite répandue. Les proportions que prend
cette affaire deviennent ridicules. Moi, un traître? Il est clair
que mes détracteurs ne savent plus quoi inventer pour me retirer
l'estime de notre glorieux Empereur...
J'ignore de quelle province
vous êtes originaire mais je constate qu'il reste encore quelques
hommes de valeur en ce bas monde.
Sachez que les
décorations ne sont rien, les titres non plus, pas plus que la
gloire... Mais il existe encore certaines choses qui méritent
que l'on se batte pour elles. Elles sont la lumière qui devrait
guider toute existence: comme la Fidélité et l'Honneur...
Il y a de cela des
décennies j'ai prêté serment devant mon souverain
et notre Empire, et jamais je n'ai failli à cette parole
donnée... Pas même lorsque les Vandales m'offrirent de
régner sur l'Afrique à la place de Gélimer, leur
roi. Pas même après que le roi des Goths en personne me
proposa un royaume et la couronne d'Italie!
Fidélité et
Honneur ne vont jamais l'un sans l'autre. Voilà pourquoi je
crois que notre justice me donnera raison. Car cette ligne de conduite
m'a permis de ne jamais connaître le moindre échec, et de
ne jamais manquer à ma parole.
Nous pourrons reparler de tout
cela lorsque ce procès sera terminé. En attendant ce
moment, je vous souhaite de continuer à servir vos idéaux
comme vous le faites aujourd'hui. La vertu est un chemin trop rarement
emprunté pour que ceux qui ont eu le courage de s'y engager
finissent par s'en écarter. Peut-être un jour mettrez-vous
votre épée au service de notre glorieux souverain... Le
crépuscule d'un héros annonce toujours l'aube d'un
autre...
Pour l'Empire, pour
l'Empereur...
Général
Bélisaire
Général,
Avoir de vos nouvelles me réchauffe le coeur, et vous savoir
encore en vie malgré ce procès qui menace un peu votre
existence m'aide à croire qu'il y a encore un peu d'espoir pour
vous.
Moi, George Lediscorde, chevalier de la grande cause perdue, je vous
salue!
Et, Général, s'il m'était possible de traverser le
temps, c'est près de vous mon frère que mon
épée chanterait sa rage de justice. Mais je ne le ferais
pas pour votre souverain, ni votre pays... je le ferais pour ceux qui
ne peuvent se défendre et se protéger, car ceci est ma
destinée, ceci est ma route.
J'ai réfléchi beaucoup sur ces deux mots que vous m'avez
envoyés, «Fidélité et Honneur», et sur
cette petite phrase toute simple: «elles sont la lumière
qui devrait guider toute existence».
Certes Messire Bélisaire, vous parlez comme un sage (et
j'apprécie vraiment cela, de la part d'un homme d'armes tel que
vous), mais bien que je nous croie emplis vous et moi de ces valeurs
morales importantes, il n'en reste pas moins que ceux qui tiennent nos
vies (la vôtre ou la mienne), ne semblent pas partager ce
même fait d'âme. Puissent-ils eux aussi voir un jour cette
merveilleuse lumière qui semble nous faire bronzer vous et moi.
Mais voilà que depuis trois ans, je suis l'ombre de
moi-même, blessé au coeur par une dame fantastique qui
portait la dague d'un autre. Je n'ai point vu le coup venir, ma garde
était baissée, car cette dame était mon amoureuse.
La dague au coeur, mon épée tomba au sol, me vidant de
mon fluide vital; je me suis enfui en cette grotte de laquelle je vous
écris ces mots. Le coup fut presque mortel, mais j'ai
survécu. Depuis mon épée me semble si lourde, mon
armure trop grande... Je cherche les mots qui pourraient me
libérer de cette dague qui au fond de mon coeur déchire
toujours cette fibre qui est la mienne. Ces mots,
Général, vous les avez prononcés!
Vous écriviez «le crépuscule d'un héros
annonce toujours l'aube d'un autre»... Eh bien il est temps que
le jour se lève sur l'humanité, sur l'humain, et sur moi.
Ne vous inquiétez pas trop pour moi, mon ami d'outre-temps.
Des fées venues de France ont traversé les grandes eaux
(jusqu'au Québec) pour m'apporter une certaine subsistance et me
prodiguent des soins, et bientôt grâce à elles, je
serai debout de nouveau; leurs tendresses amicales est un baume pour le
chevalier que je suis, vos mots l'étaient aussi. Merci!
J'espère pouvoir encore lire des mots de vous. En attendant,
recevez mon amitié sincère.
George
P.-S. Merci aux gens de Dialogus.
