Léonard
écrit à

Général Bélisaire
| Bonjour général, Vous avez libéré Rome le dix décembre 536. Quel a été votre sentiment quand vous êtes entré dans cette ville, qui est le berceau de l'Empire qui a fait le monde à tout point de vue? J'ai bien reçu votre réponse à ma première question, mais quand je parle du trinôme archer-piquier-fantassin léger, je voyais plutôt le système des bataillons avec un centre en archers derrière un rang de boucliers, des angles en boucliers, et des fantassins légers prêts à attaquer les barbares quand les archers les ont terrassés. À bientôt. Un auteur vous citera comme étant le seul à avoir pu redonner un peu de couleur à Byzance (le grand Edward Gibbon). Léonard Bonjour à vous Léonard, Avant toute chose je souhaiterais terminer cette conversation que nous avions commencée sur l'organisation de nos armées. Tout d'abord, sachez que les archers ne sont pas véritablement utilisés au cours même de la bataille; seuls les cataphractaires se servent de leur arc pendant les combats. En vérité, les archers jouent leur rôle au début des manoeuvres. Alors que les armées se font face, nos tireurs et ceux de l'ennemi tirent successivement l'intégralité de leurs traits. Cette première phase est bien sûr vitale, car elle fait de très nombreuses victimes dans les rangs adverses. C'est donc la position par rapport au souffle du vent qui donne ou pas l'avantage. Je ne m'attarderai pas plus sur ce point de peur de devenir trop technique. J'ai bien peur que vous n'ayez une vision trop simpliste du système de fonctionnement de nos armées. La façon dont vous décrivez la stratégie à utiliser au cours d'une bataille est celle utilisée par certaines armées barbares, celles-là mêmes que nous avons aisément écrasées. C'est pourquoi, dans ma précédente missive, j'avais insisté à ce point sur l'apport de la cavalerie: elle est le point central de notre stratégie. Comprenez l'importance des combattants à cheval et vous saisirez une grande partie de ce qui fait notre force sur les champs de bataille. Ce jour où nous libérâmes Rome fut le plus grand dans la vie de tous ceux qui étaient présents. Bien sûr nous connaissions tous Rome... Il n'est pas un récit, pas un conte qui ne parle de la plus grande de toutes les cités. Mais, pour ainsi dire, pas un seul d'entre nous ne l'avait vue. Elle était telle que je l'imaginais: immense, majestueuse, puissante... mais souillée, salie par la présence de l'envahisseur qui en polluait les rues, s'asseyait sur le trône et violait ce que Rome avait de plus sacré. L'entrée dans la ville fut un moment particulier. Nous avions devant nous la cité qui, jadis, était la plus belle, la plus grande... Pour nous tous, elle était le phare qui avait autrefois guidé les hommes vers la lumière, qui avait éclairé le monde de sa sagesse. La voir ainsi nous a donné un profond sentiment de fierté; nous avions peut-être entamé une nouvelle ère où la cité de marbre allait retrouver tout son éclat. La suite nous retira bien des illusions... Léonard, retenez de ce moment que, tous, nous finissons par tomber. La question est de savoir le faire avec honneur et de rester dans les mémoires. À très bientôt ami, Quant à ce Gibbon que vous citez, transmettez-lui mes remerciements. Pour l'Empire, pour l'Empereur... Général Bélisaire |