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Pourquoi avoir favorisé la cavalerie lourde au lieu de vous fixer sur
un
trinôme archer-piquier-coutelier?
Léonard
Salut à vous Léonard,
Avant de répondre à votre question, laissez-moi
vous en poser une autre: avez-vous déjà assisté à la marche implacable de
milliers de soldats goths? Si ce n'est pas le cas alors vous devrez comprendre
que notre époque a réclamé de nombreux changements dans notre façon de faire la
guerre. Nous affrontons des ennemis toujours plus nombreux et chaque jour plus
dangereux. Désormais, les tactiques traditionnelles que l'on nous a jadis
enseignées ne peuvent plus faire face à ces ennemis dont les effectifs croissent
inexorablement. Aussi il a fallu s'adapter.
Si nous nous étions contentés
de l'organisation standard (à savoir une ligne de piquiers, une autre de soldats
légers, et enfin une réserve d'archers à l'arrière) nous nous serions retrouvés
dans la même configuration qu'une armée gothique ou arabe; et à ce moment-là
notre infériorité numérique nous aurait conduits à un échec assuré.
La
question fut donc: comment vaincre un ennemi quatre à cinq fois supérieur en
nombre tout en limitant nos pertes au strict minimum? Eh bien, c'est dans la
cavalerie que nous avons trouvé la réponse. Car, comme vous l'avez si bien noté,
il est vrai que les soldats montés ont joué un rôle plus que central dans
l'organisation de nos armées et le déroulement des batailles que nous avons
menées.
J'ai donc décidé d'organiser mes forces ainsi: tout d'abord, une
ligne d'hommes à pied résistants, bien entraînés mais relativement peu nombreux.
Leur mission étant, non pas de faire reculer l'ennemi, mais de le contenir au
mieux pendant que la cavalerie décime ses flancs et ses arrières. Derrière eux,
les traditionnels archers, dont la présence est nécessaire au cours d'une
bataille rangée. Et, sur les flancs, d'importants régiments de cavalerie lourde
et légère.
Ainsi, lorsque la bataille est engagée, nos cavaliers
retardent le plus possible le contact et se contentent de harceler les troupes
adverses en les arrosant de flèches. Ce travail de sape peut durer assez
longtemps et porte largement ses fruits. Des régiments entiers peuvent
disparaître sous les traits de nos archers montés. De plus, comme ces hommes
sont équipés d'un arc mais également d'une lance, de nombreuses attaques au
corps à corps sont lancées sur les points faibles de l'ennemi. Et, si l'une de
ces offensives s'avère trop désavantageuse, la mobilité de ces troupes à cheval
permet de se retirer rapidement du champ de bataille et de reprendre les
attaques à l'arc.
Ainsi, en très peu de temps, l'ennemi se voit harcelé
de tous les côtés. Il ne peut venir à bout de l'infanterie protégée par ses
boucliers et les défenses mises en place, il est décimé par les volées de
flèches de nos archers, et ne peut interrompre les charges incessantes des
cataphractaires.
J'espère que, désormais, vous saisissez mieux
l'importance de cette cavalerie et le rôle qu'elle a joué dans l'issue de nos
différentes campagnes. Si vous souhaitez d'autres détails, Procope m'apportera
vos missives à mon palais de Constantinople.
Pour l'Empire, pour
l'Empereur...
Général Bélisaire |