Lettre d'acceptation
du Général Bélisaire

 
563 après JC.


Voilà plusieurs jours que Justinien m’a assigné à résidence dans mon palais de Constantinople. Suite à une série d’accusations mensongères, notre glorieux empereur m’a ordonné de me plier aux exigences d’une enquête et de ne pas quitter la cité. C’est donc de mon cabinet de travail que je rédige ces quelques pages adressées à qui voudra les lire.

Quel étrange destin qu’est le mien… Bélisaire, le plus grand des Byzantins...

Il fut un temps où pas un homme sur cette terre ne pouvait ignorer mon nom. Des foules en liesse de toutes les cités le clamèrent à chacune de mes entrées. Dans les rues, sur les forums et au cœur même du palais impérial, on parlait de mes exploits, de mes faits d’armes, de mes conquêtes. Les habitants de notre illustre Empire aimaient à se savoir protégés par mes légions. Partout j’étais le symbole de la victoire, le gardien de l’Empire, le plus grand de tous.

Je fus de toutes les guerres que notre glorieux Empereur mena au cours de sa vie, de toutes les campagnes. La lame de mon épée s’enfonça dans tous les sols de l’ancien Empire: Orient, Sicile, Afrique, Italie…Rome. Nombreuses étaient les contrées du monde où l’on susurrait mon nom avec un divin mélange de crainte et de respect. Innombrables étaient les peuples qui frémissaient à la vue de mon étendard dans le lointain embrumé des champs de bataille.

Tous, nous avons entendu parler de ces barbares qui affluèrent en véritables marées humaines aux portes de nos cités: Perses, Vandales, Goths, Huns et j’en passe... Et bien toutes ces armées, pour qui la guerre était une compagne de tous les jours, fuirent l’une après l’autre devant ma légende. Combien de fois, alors que nous étions inférieurs en nombre, défavorisés par le terrain ou les intempéries, moi et mes fidèles frères d’armes avons su repousser l’ennemi ? Je ne les compte même plus…

C’est cela que j’ai fais toute ma vie : servir mon roi, protéger mon peuple, graver ma marque dans l’Histoire.

Je laisse ces quelques lignes pour que l’on n’oublie pas l’œuvre de ma vie. Bien trop d’hommes de valeur ont été effacés des mémoires sans que l’on prenne soin de conserver le souvenir de leurs actions.

Et bien, sur ces paroles, et en attendant le verdict de ce procès ridicule, je vais profiter de ce bel été qui commence avec ma douce épouse. Et rassurez-vous, avec mes états de service je ne doute pas que l’on m’innocente rapidement.

Pour l’Empire, pour l’Empereur…

Général Bélisaire