|
|
||
|
rh014h1239@blueyonder.co.uk |
||
|
Thatcher |
||
| Qu'est-ce que vous pensez de Margaret Thatcher? Bonjour à vous, J'apprécie en connaître un peu plus sur les gens qui m'écrivent, dans la mesure où je ne suis pas une machine… Les gens de votre temps sont pressés et expéditifs; je ne m'y ferai probablement jamais! Passons. Concernant Margaret Thatcher, je ne peux que saluer l'énergie avec laquelle elle s'investit en politique. Assumer les fonctions de chef d'État, lorsqu'on est une femme, pose une double difficulté: d'une part assurer la gouvernance et, d'autre part, montrer qu'une femme peut y parvenir aussi bien qu'un homme. Cela n'est pas de tout repos. Mais là s'arrête le côté positif du bilan –si bilan il peut y avoir, compte tenu de l'année de laquelle je vous écris. Cela n'est un secret pour personne, je me situe idéologiquement aux antipodes de cette femme. Par conséquent, si je garde un respect certain pour la femme derrière la personnalité politique, je n'ai aucun respect pour ses idées, qui sont tellement de droite que cela fait peur. Depuis qu'elle est Premier ministre, la Grande-Bretagne semble prendre un virage qui s'éloigne du bien commun. Je ne peux prévoir d'ici toutes les conséquences de sa gouverne, mais je n'ose espérer rien de bon de tout cela. Alors que nous avons plus que jamais besoin de justice et de solidarité sociale, Thatcher semble vivement rejeter le modèle de l'État Providence. Les questions sociales et humaines sont froidement évacuées au profit des questions économiques. Pour moi, il s'agit d'un recul social dramatique qui, je l'espère, n'est qu'une erreur passagère dans l'histoire britannique. Je dois cependant vous dire que ces temps-ci –nous sommes en 1979– mes pensées vont plus souvent errer avec celles de Sartre, celles qui lui restent, puisqu'il est très malade, parfois confus et presque aveugle. Le monde extérieur a perdu pour moi la couleur qui lui conférait son intérêt. J'y reviendrai sans aucun doute m'y poser et m'y opposer, mais en ce moment, ma vie privée prend largement le dessus sur mes préoccupations sociales. J'espère que vous comprendrez la situation intense et difficile dans laquelle je me trouve. Au plaisir de savoir à qui je m'adresse, si jamais il vous prend l'envie d'écrire de nouveau, Simone de Beauvoir |
|
|