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écrit à

   


Simone de Beauvoir

     
   

Méfiance

    Madame,

Je suis on ne peut plus circonspect vous concernant. A votre décharge, il me faut admettre que la dévotion consensuelle qui vous entoure participe largement de cette appréciation. Pour n'avoir lu que «Le deuxième sexe», j'ai cru y déceler, à l'abri d'un ton doucereux, une passion terrible du pouvoir et de l'affirmation de soi. Auriez-vous l'amabilité de me détromper si faire se peut?

Bien cordialement.

Aude&David.


Bonjour à vous,

Si vous êtes circonspect me concernant, vous êtes aussi plutôt hermétique dans vos propos.

Veuillez s'il vous plaît préciser le contenu de votre pensée et mieux étayer vos affirmations.

Pour quelle raison êtes-vous circonspect?

Quelle est cette "dévotion consensuelle qui m'entoure"?
Je ne comprends pas vos propos.

Et ne confondriez-vous pas la passion terrible du pouvoir avec la quête de liberté des existentialistes?

Il serait faux de confondre les deux. Nous pourrons en reparler.

Simone de Beauvoir


Madame,

Je conçois ce que mon propos pouvait avoir de gratuit. Veuillez m'en excuser. La circonspection et la dévotion n'étaient évoquées qu'à l'appui de certains articles de journaux français(«Télérama», «Le Nouvel Observateur»...) dont les propos dithyrambiques vous propulsaient au rang de «papesse» du féminisme et condamnaient d'autant plus Sartre qu'il vous aurait «volé» votre première place à l'agrégation. Le tout était illustré par des fragments de votre correspondance ou de vos interviews.(Au demeurant, on peut supposer une manipulation de ces écrits.)

Je ne crois pas avoir confondu la passion d'être libre et l'appétit de suggérer les cheminements vers la liberté qui, pour lors, me semblent autoriser une volonté de pouvoir.

Au plaisir de vous lire.

Bien cordialement.

Aude&David.


Bonjour à vous,

Peut-être est-ce la chaleur de l'été ou peut-être est-ce mon âge qui abaisse les limites de ma patience.

Je ne comprends pas ce que vous souhaitez savoir de moi. Mes écrits féministes ont été traînés dans la boue sur plus d'un continent, bien qu'ils aient aussi rencontré une solide popularité. Les journaux me présentent souvent comme celle qui est devenue populaire grâce à ses relations plutôt qu'à ses livres. Je suis parvenue à arracher, après des décennies de travail, une certaine reconnaissance pour MON oeuvre. Toutefois, des mauvaises langues disent que sans Sartre, je n'aurais jamais eu le succès que j'ai eu.

Alors s'il vous plaît, pouvez-vous poser clairement votre question?

Comme disait Algren quand il jugeait que je m'égarais, «What's the point?»

Simone de Beauvoir