Marie
écrit à

   


Simone de Beauvoir

     
   

Les femmes?

    Chère Madame,

Je voulais commencer en vous avouant l'immense respect que j'ai pour vous. Je suis une jeune étudiante bretonne.

J'ai lu il y a peu que vous auriez eu - en plus de relations amoureuses avec des hommes - des relations amoureuses avec des femmes.

Je vous pris de ne pas trouver ma question déplacée, mais avez-vous eu des relations avec des femmes?

Bien à vous

Marie


Bonjour Marie,

J'ai longuement réfléchi et je ne souhaite pas répondre à votre question. Vous ne m'avez pas offusquée, mais je souhaite conserver une part de mystère sur cette dimension de ma vie. Je l'ai longuement racontée dans mes mémoires, je souhaite m'en tenir à ce récit.

Si par contre vous voulez connaître ce que je pense de ces questions, d'un point de vue existentialiste par exemple, je me ferai un plaisir de vous répondre.

Cordialement,

Simone de Beauvoir


Chère Madame,

Je respecte votre décision même si je la regrette un peu. J'aurais aimé mieux cerner votre personne mais ce n'est sans doute que de la curiosité déplacée.

Comme vous le proposez vous-même, j'aimerais connaître ce que vous pensez de ces questions.

Merci pour vos réponses.

Cordialement.

Marie P.


Bonjour Marie,

Je profite de l'imminence du nouvel an 1976 pour mettre à jour ma correspondance. Puissiez-vous ne pas m'en vouloir d'avoir tardé à vous répondre...

D'un point de vue de la morale existentialiste, une action, une relation, une intention est bonne si elle accroît la part de bonheur et de liberté humaine. Peu importe ce que disent les dogmes religieux, les valeurs dominantes de la société ou les puissants de ce monde. Or donc, toutes les actions qui peuvent s'inscrire à l'intérieur du cadre «bonheur-liberté» sont acceptables et par conséquent morales.

Ainsi donc, si j'avais ressenti une attirance pour une femme, malgré l'opprobre que jettent ces comportements sur les personnes à notre époque, je l'aurais certainement vécu pleinement et sans aucune honte, pourvu que ce sentiment fût réciproque et librement consenti.

Autrement dit, je considère qu'une relation amoureuse ou sexuelle entre deux femmes libres et consentantes est plus morale qu'une relation hétérosexuelle où la femme est contrainte d'offrir son corps ou son cœur. Combien de fois entendons-nous parler du prétendu devoir conjugal? Ce devoir n'est pas reconnu par les existentialistes puisqu'il ne favorise ni la liberté, ni le bonheur de la femme qui se trouve contrainte. Si deux femmes s'aiment authentiquement, je n'y vois aucun inconvénient. La même chose vaut bien entendu aussi pour les hommes. Par contre, une relation contrainte - quelle qu'elle soit - n'obtient pas mon accord. Voilà essentiellement le critère utilisé pour juger ces relations.

En espérant avoir répondu à votre question, Marie, je vous souhaite la plus merveilleuse des années! Le cachet de la poste m'indique que vous serez bientôt en 2006, j'espère que notre monde aura fait des progrès en 30 ans!

Cordialement,

Simone de Beauvoir


Bonjour Madame,

Je viens de finir votre excellente biographie mémoires d'une jeune fille rangée. Je suis donc encore sous le choc de la mort violente de votre amie zaza, je voulais juste savoir (car vous n'en parlez pas) quelle a été la réaction de M. Pradelle et qu'était-il devenu? Ce personnage me semble très dificile à cerner...

Cordialement,

Marie