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Audechaufourier+aol.com |
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Ai-je bien compris? |
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| Chère madame de Beauvoir,
Je m'appelle Aude, j'habite Montmorency et je suis en 3ème. Je suis en ce moment même en train de lire: «Mémoires d'une jeune fille rangée» qui me passionne énormément même si je n'en suis qu'à la troisième partie. Comme je suis très curieuse j'ai voulu en savoir plus sur vous alors je me suis aventurée sur Internet et j'ai trouvé ce merveilleux site! Je suis enchantée de pouvoir vous écrire car j'avais justement des questions à vous poser et je pensais qu'elles resteraient sans réponses! Mais heureusement j'ai le loisir de vous les poser: Dans votre oeuvre, vous parlez de votre amie Élizabeth (aussi surnommée Zaza), tout en lisant ces lignes j'ai eu du mal à percevoir cet amour tout particulier que vous lui portez car à notre époque je ne crois pas que ce soit cet amour-là que l'on porte à une amie. Quel était cet amour? Était-ce le même amour que l'on porte à quelqu'un qu'on aime? Ou à quelqu'un de sa famille? Car parfois j'avais l'impression que vous admiriez plus Élizabeth que votre mère par exemple, ai-je bien compris? J'ai eu également l'impression qu'à vos quinze ans votre relation avec votre sœur n'était plus la même, car vous n'en parlez presque plus, Serait-ce seulement parce que vous aviez grandi, et vos jeux n'étaient plus aussi amusants? Voilà, je crois que c'est tout ce que je voulais savoir, je vous remercie d'avance. Sincères salutations Aude Chère Aude, Il me fait toujours plaisir de replonger dans les souvenirs
liés à Élizabeth... même si cela a longtemps été pénible étant
donné sa fin tragique. Qu'elle ait été de sexe féminin nous a permis de nous rapprocher et d'être très intimes. Nos mères, soucieuses de notre chasteté, n'auraient jamais permis une telle proximité avec un garçon. Mais cela s'arrête là. Je ne peux pas dire qu'il s'agissait d'un amour au sens sexuel ou «adulte» du terme. Cette fille était géniale! Spontanée, extravertie, joyeuse, confiante, autant de qualificatifs qui ne me correspondaient pas à l'adolescence. J'étais fascinée par cette personne. C'est le moins que je puisse dire. Elle a joué pour beaucoup dans la femme que je suis devenue. Je lui dois beaucoup. Il est certain qu'entre ma mère et Zaza, c'est cette dernière qui était mon modèle. J'ai vu ma mère souffrir des infidélités de mon père, de sa violence et de son manque de responsabilité aussi. J'étais quant à moi déterminée à ne pas suivre ses traces; dans le cas où j'aurais un mari, je voulais à tout prix être son égal et je n'aurais jamais toléré une telle inégalité. J'étais souvent découragée par ma mère qui s'était laissé faire, qui s'était retrouvée éreintée par la vie et ses conventions. J'aimais ma mère, mais je n'avais pas le sentiment qu'elle était un modèle pour moi. Je ne voulais pas de ce modèle. C'est la principale différence. Enfin, Poupette a toujours été Poupette pour moi... mais il est vrai qu'à l'adolescence, j'ai connu des périodes de crises qui nous éloignèrent l'une de l'autre. Je crois par contre que ce fut salutaire pour ma soeur, envers qui j'étais beaucoup trop tyrannique pendant les premières années! Nos deux identités se distinguèrent. Il fallait bien rompre la bulle fusionnelle dans laquelle nous avions été. Elle est aujourd'hui une peintre féministe célèbre, elle a réussi son émancipation, je suis très fière d'elle. Je vous remercie de l'intérêt accordé à ma vie, qui vous touche peut-être parce qu'universels sont les problèmes humains. Simone de Beauvoir vous salue |
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