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jojosantzf@yahoo.fr |
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Ô mort, vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre! |
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| Cher Charles, Tout d'abord, je tiens à vous exprimer mon adoration pour votre oeuvre. Je me reconnais dans chacun de vos vers, chacune de vos strophes. Comme vous, j'aime la perfection de la phrase. Comme vous, je vois la beauté dans ce que les autres trouvent laid. Comme vous, je suis lassé de la banalité, de la répétitivité de la vie dans ce monde. Ensuite, je voudrais vous poser une question: Jeanne Duval, celle que l'on appelait la Vénus Noire et qui fut votre amante durant des années, l'aimiez-vous vraiment, ou était-ce juste une soumission érotique? Je veux dire, vous sentiez-vous vide quand elle était saoule, quand elle vous jetait dehors, acariâtre? Après cela, je voudrais vous demander autre chose: quand vous avez écrit ces vers, que j'aime à me répéter: «Ô Mort, vieux capitaine, il est temps, levons l'ancre Ce pays nous ennuie, ô Mort, appareillons. Si le ciel et la terre sont noirs comme de l'encre...» (Je vous laisse la fin, que vous connaissez aussi bien que moi.) Que ressentiez-vous? Une sorte d'extase, un élan vers l'avant, un bond à travers la léthargie de la vie terrestre? Ou était-ce un cri de désespoir, de haine, que vous auriez voulu au final optimiste, mais qui retomba une fois votre plume reposée? Cher ami, cher frère spirituel, je vous salue bien bas (comme l'esprit des Belges!). Bien à vous. Joachim Cher Joachim, Merci pour vos mots, qui me touchent tant… Qu'il est bon pour les mal-aimés de recevoir de temps à autre des signes de tendresse! Vous m'interrogez au sujet de Jeanne Duval, ma merveilleuse Jeanne, avec sa beauté exotique, son corps brun et rond, le parfum fruité de ses cheveux épais… Est-ce de l'amour, ce que j'ai pour elle? Oh que oui! C'est bien l'Amour… L'Amour déchirant, douloureux, qui m'a envahi le jour où je l'ai vue, lui ai parlé, et qui depuis ne m'a plus quitté… J'aimais Jeanne et je l'aime toujours du plus profond de mon âme tourmentée… Je l'aime, que dis-je? je l'adore! Elle fut mes nuits et mes jours, mes joies et mes tristesses… Elle est mon spleen et ma souffrance, elle est de nombreux poèmes que j'ai couchés sur le papier, elle est tous ces dessins que j'ai griffonnés ici et là, et quelque part elle est moi… Ainsi non, cher Joachim, elle n'était pas ce simple attrait physique, elle était bien plus… Quant au poème que vous citez… Je l'ai écrit après une violente tristesse, alors que j'étais noyé de larmes, harassé, ne tenant plus debout… L'une de ces fois rares où le corps pèse trop, et la tête pense trop… ces fois où tout est noir, où l'espoir, l'infime rayon d'espoir qui fait toujours quand même croire qu'il y a une solution, qu'on peut encore, a bien disparu… Je l'ai écrit lassé, achevé, je voulais que ce fût la fin, et je n'avais plus peur de rien… j'ai donc apostrophé la mort… Je voulais partir, changer, quoi ou comment je ne sais pas. Mais changer. Arrêter cette misérable vie qui est la mienne. Voila tout ce que je peux vous dire, mon ami. J'espère avoir répondu assez correctement à vos attentes… Bien à vous, Charles Baudelaire. |
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