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Charles Baudelaire

     
   

«Le vieux Saltimbanque»

    Bonjour M. Baudelaire,

Je tiens d'abord à dire que je vous admire beaucoup et que vous êtes réellement un grand poète talentueux.

Je m'appelle Mikael et je suis en classe de seconde. J'ai un devoir sur l'un de vos poèmes en prose: «Le vieux saltimbanque». Je ne compte pas vous demander de me le faire, cependant si vous pouviez confirmer une ou deux idées que ce texte m'inspire, ce serait sympa:

-Le peuple que vous décrivez, au début la description est positive puis elle vire rapidement à l'ironie, mais pourquoi?

-Le vieux saltimbanque est une métaphore du poète, mais la conclusion à en tirer est différente de l'albatros n'est-ce pas? Dans ce texte le poète n'est considéré que comme «un brillant amuseur»

-J'ai l'impression que l'ambiance des vacances du peuple est plus sombre que la description le dit, est-ce exact?

Je vous rappelle que ce poème est contenu dans la partie «Spleen de Paris» des «petits poèmes en prose»

Sincèrement admiratif,

Mikael


Cher Mikael,

Excusez -moi de répondre avec retard, mais le spleen a momentanément repris toute emprise sur ma vie, et je me suis vu malheureusement incapable de faire un quelconque acte sensé pendant quelque temps, à part écrire encore et toujours sur ces milliers de pages blanches...

Mais, Mikael, je relis votre courriel, et je ne peux pas vous répondre. Cela va sans doute vous sembler injuste, stupide, égoïste, mais la vérité est que je répugne à vous dicter ne serait-ce que les grandes lignes que vous devez suivre pour votre devoir. Est-ce là la place du poète? Je ne le crois guère! À vous de ressentir, de penser, d'interpréter comme bon vous semble... Après tout, la poésie n'a-t-elle pas cette chance unique d'être ressentie par chacun comme bon lui semble, d'éveiller ou non en lui des idées, des sentiments...

Ainsi, vous m'en voyez désolé, mais je ne vous répondrai pas. De toute façon, je suppose que vous avez déjà dû rendre votre devoir, et je suis persuadé que, quoi que vous ayez rédigé, cela sera juste, tant que cela vient du coeur et des émotions personnelles, du moins cela sera juste pour le tribunal de mon âme.

Sur ce, en vous remerciant de votre intérêt, je vous adresse mes sincères et désolées amitiés.

Charles Baudelaire.