Gérard Lison
écrit à

   


Charles Baudelaire

     
   

Haine des Belges

    Cher Monsieur Baudelaire,

C'est un grand honneur pour moi d'écrire au plus grand poète de son siècle et à un homme d'exception.

J'éprouve cependant un certain chagrin à la lecture des propos qui vous sont attribués à l'encontre des Belges que vous semblez critiquer très sévèrement.

Pourquoi une telle véhémence contre un peuple qui de son côté n'a pourtant aucun grief à votre encontre?

Je suis Belge et je vous trouve bien cruel à notre égard.

Amicalement,

G Lison.


Cher G.,

Merci pour vos compliments, même si je doute que l'on puisse vraiment voir en moi le meilleur poète de mon siècle, comme vous me l'écrivez affectueusement.

Pour ce qui est de la Belgique et de ses habitants… Il est vrai que j'ai, autrefois, tenté de réaliser un pamphlet intitulé Pauvre Belgique. J'étais alors sérieusement atteint par la maladie, et en Belgique, où j'espérais recouvrer un tant soit peu de ma santé, mon état n'a fait qu'empirer. Je me retrouvais donc aigri, et si seul avec moi-même, dans cette chambre minable de l'hôtel du Grand Miroir, que j'en ai voulu à tous, et ai choisi arbitrairement la Belgique pour me venger.

Mais cela n'était pas exclusivement contre les Belges… Ce pays n'était qu'un prétexte, destiné en réalité à blesser tout le monde. Tenez, j'écrivis même à ce propos que «enfin, je finirai ce petit livre, qui, en somme, m'a contraint à aiguiser mes griffes. Je m'en servirai plus tard contre la France.». Votre Belgique a, de plus, un art baroque religieux magnifique… Comme à Saint-Loup de Namur, cette église que j'aime tant…

Ainsi, j'espère que vous saurez pardonner les propos d'un homme usé par la maladie et la solitude, qui n'a d'ailleurs jamais eu toute sa tête…

Je vous adresse, ainsi qu'aux autres Belges, mes sincères excuses contre ce sinistre pamphlet, qui ne fut, du reste, jamais édité…

Avec mon repentir,

Charles Baudelaire.


Je vous remercie de votre sincérité Monsieur Baudelaire et évidemment j'accepte vos excuses.

Amicalement, G Lison