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écrit à

   


Charles Baudelaire

     
   

Edgar Allan Poe (2)

    Cher Baudelaire,

Je profite du temps d'oisiveté que me donne la vie afin de vous écrire ces quelques lignes... Oh, je n'ai pas la présomption de vous connaître; vos poèmes, pour moi, restent une sorte de «beauté emberlificotée». Je ne sais les démêler, alors, en bon lecteur, je les apprécie pour leurs formes, leurs sujets (qui sont originaux!), leurs messages. Enfin, je ne vous écris pas, en cette lettre, dans l'optique de vous flatter (les flagorneries ne doivent guère vous seoir!), mais bien pour vous parler d'Edgar Allan Poe.

J'ai, tout comme vous, attrapé ce virus: lire ses nouvelles et poèmes en version originale. Vous savez, en anglais, je glisse dans l'ambiance des «Histoires extraordinaires» un peu plus rapidement que dans votre traduction (que je salue au passage; car il est bien laborieux de traduire une telle oeuvre, dont des poèmes!). J'ai d'ailleurs, au sujet des traductions, une sale opinion. Il faut vous mettre dans le bain: sachez qu'à mon époque, chaque humain doit aller à l'école jusqu'à l'âge de 18 ans et apprendre au minimum une langue moderne (le plus souvent l'anglais). Je dis bien «doit», car il est énorme le taux d'absentéisme dans les pays moins bien nantis que nous, Occidentaux.

Je veux dire: ici, en l'an 2005, quand quelqu'un doit lire un livre anglais, il râle ou cherche une traduction dans le commerce. À quoi sert donc un apprentissage long de plusieurs années si c'est pour abandonner à la vue du moindre effort? Et puis, une traduction ne peut, aussi bonne soit-elle, restituer l'oeuvre de l'auteur (c'est là mon opinion). À force de traduire les oeuvres de tous horizons et (je dis bien que la traduction est une condition nécessaire, mais pas suffisante) de promouvoir la paresse dans toute sa splendeur, nous nous construisons une nation de fats paresseux et lâches qui ont pour unique fierté leur «civilisation»! Enfin, que diable! Que faire pour ressaisir la foule profane? Car c'en est assez de devoir sempiternellement la repousser; elle doit être modelée! Même, je voue une adoration sans bornes pour un grand écrivain russe, Dostoïevsky (bien qu'il soit comme vous rejeté, je doute que vous le connaissiez), eh bien je me suis lancé comme défi d'apprendre le russe après mes études. Tout ça pour un excellent auteur! Un auteur qui arrive à distiller toute une nation!

Mais voilà que je pars dans mes idéaux révolutionnaires! Veuillez m'excuser pour cet éclatement sanguin. Dans le paragraphe supérieur, je ne cherche pas à vous blâmer; cela serait injuste, car votre unique volonté aura été de promouvoir l'oeuvre puissante, vibrante et macabre d'Edgar Allan Poe. Volonté que, je le crois, vous avez réussi à combler. Je« prends pour exemple «Le corbeau» («The Raven»). Vous savez, grâce à vous ce poème est très connu dans la poésie française et permet de partir à la découverte des poètes anglophones, qui contribuent à l'art.

J'aperçois la fin («Enfin!», criez-vous) de ma lettre. Aussi, me demandé-je ce que vous pensez des traductions et de leur qualité?

Vous remerciant pour avoir lu cette missive, je demeure respectueusement vôtre.

Hug