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écrit à

   


Charles Baudelaire

     
   

«Correspondance»

    Cher Monsieur Baudelaire,

J'ai lu votre ouvrage «Les Fleurs du Mal» et aurais voulu savoir la signification du poème «Correspondance» placé dans «Spleen et idéal».

Dans ce poème, doit-on voir des événements de votre vie? Dans quelles circonstances avez-vous décidé de l'écrire?

Merci d'avance,

Respectueusement,

Anaïs


Chère Anaïs,

Vous m'écrivez au sujet de «Correspondances»… C'est là, il est vrai, un poème fort complexe.

Ce n'est pas un événement de ma vie, qu'il faut y voir, mais plutôt un état d'âme… Ce poème représente la condition du poète à mes yeux: ne sommes nous pas, nous, pauvres poètes, supposés relier le commun des mortels aux beautés, cachées pour certains, de notre mère nature? C'est là du moins le rôle que je nous vois. Le titre, justement, nous renvoie à ces correspondances entre l'homme et la nature, soit entre nous et notre origine, qui sont si diverses et variées…

Quant à votre question sur les circonstances dans lesquelles j'ai écrit ce poème, c'est fort simple. Pendant longtemps, mon statut de poème m'a tourmenté… Qu'étais-je au juste? Avais-je un but? A quoi se résumait mon oeuvre? N'étais-je qu'un simple rimeur? La réponse m'est parvenue après une longue balade nostalgique dans une forêt à l'automne… Balade fort poétique, il est vrai! C'est là que j'eus la révélation et que, sans effort aucun, les mots vinrent couler de mes doigts.

J'ose vous croire satisfaite de mes explications, au sujet de ce poème que j'affectionne tant… Si toutefois des doutes subsistaient, au sujet de «Correspondances» ou d'un tout autre poème, je vous enjoins à m'écrire à nouveau!

Avec mes plus sincères amitiés, etc.

Charles Baudelaire.


Cher Monsieur Baudelaire,

A quoi faites-vous référence dans votre poème lorsque vous parlez de «forêt de symbole» (vers 3)?

J'ai également du mal à comprendre le second quatrain de ce poème. Pourriez-vous m'aider s'il vous plaît?

Merci pour tout,

Respectueusement,

Anaïs


Chère Anaïs,

Tout d'abord, merci encore de l'intérêt que vous portez à ce poème…

Lorsque j'évoque les «forêts de symboles», il s'agit là de ma manière de voir la Nature. En effet, j'y vois un monde complexe où chaque chose symbolise une autre, qui peut varier au gré du temps et des sensations… On pourrait ainsi voir dans des arbres sans feuilles une symbolisation de la mort; dans une forêt équatoriale la jungle qu'est la vie… Comprenez-vous mieux ces mots, à présent?

Ensuite, pour ce qui est du deuxième quatrain, il faut, pour le comprendre, connaître ma théorie des correspondances horizontales et verticales. En effet, je pense qu'il existe entre les choses ici bas une relation forte, mais qui reste «horizontale», par rapport à la relation que j'ai qualifiée de «verticale» que je sens entre notre monde… et le monde divin, inexplicable, étranger. Ce sont ces correspondances que je tente d'expliquer dans la deuxième strophe: les relations entre
les parfums, les couleurs et les sons, ainsi que leur rapport au ciel (Vaste comme la nuit et comme la clarté), et qui finissent par ne faire qu'un, c'est-à-dire nos vies ( Comme de longs échos qui de loin se confondent/Dans une ténébreuse et profonde clarté).

J'espère avoir réussi à donner plus de sens à ce poème à vos yeux, qui ne devait pas vous apparaître très clair…

En espérant avoir bientôt de vos nouvelles, je vous envoie mes plus sincères, etc.

Charles Baudelaire.