Alexandre
écrit à

Erzsébeth Bathory
| Chère comtesse, Je profite d'un des moments où la noirceur de mon âme surgit afin de prendre ma plume dans le but de vous écrire. Bien que je sois jeune (je n'ai que seize ans, bientôt dix-sept), je suis un garçon. Je n'en donnerai aucune preuve écrite ou visuelle. La bienséance, voyez-vous, de votre temps comme du mien, sur la toile informatique ou dans la vie réelle, me l'interdit strictement. Je ne risque aucune torture, seulement le risque d'avoir la tête coupée par votre bossu et vos mégères. Je m'appelle Alexandre, je vis dans un coin de la Champagne-Ardennes en France, de parents relativement modestes, aussi n'attendez-vous à aucune particule. Ma seule noblesse est celle de mon esprit, soit dit sans prétention. Vos tortures, je préfère me les imaginer un bref instant. Bien que je possède un côté sombre au cœur, ce dernier est assez compatissant ou craintif pour ne pas vouloir y assister et signer mon salut dans le tombeau. Pensez-vous que votre réputation ait participé à celle plutôt «fantastico-mortuaire» des pays des l'Est européen? On ne peut pas dire, à travers leurs légendes, que ces pays soient très rassurants, bien que nous ne soyons pas mal lotis avec nos bêtes du Gévaudan et autres fantômes, que seuls Arthur et ses preux des contes bretons arrivent à faire fuir. Avez-vous l'intention de continuer à garder votre teint en capturant les vierges de mon époque? Pensez-vous que le sang de jeunes filles d'autres pays, comme celles d'Afrique et d'Asie, peuvent tout aussi bien convenir? Si vous répondez oui à ces deux questions, je peux vous donner un conseil: tuez-les en pratiquant les tortures de leurs pays d'origine, cela peut être fort intéressant et comme vous le dites, autant tuer de façon excitante. Je suis mortellement curieux. Pensez-vous qu'un homme puisse trouver une fougue et une virilité nouvelles en assassinant des jeunes hommes, comme vous le faites pour les jeunes filles? Votre vie, toutefois, me donne certaines idées plus romantiques, plus tendres. Parmi mes idées (délires n'est pas le mot le plus approprié, bien que ce soit un mot chéri de mon vocabulaire), j'imagine bien un frère et sa petite sœur à peine sortie de l'enfance, capturés en votre château. Mis au courant de vos pratiques, ce frère violera sa soeur, afin de la protéger d'atroces souffrances. N'est-ce point là touchant, préférer le déshonneur de l'inceste à la cruauté du sacrifice? Autant dire que le bien et le mal, la douceur et la malveillance peuvent subtilement se confondre. Je pense que cela sera tout pour cette nuit. Si je suis réveillé cette nuit par des bruits inquiétants, ce sera sûrement les ténèbres qui se retourneront contre moi, transformant la fascination en peur. Pour recevoir votre réponse, je préparerai un grand feu et un tisonnier. C'est dans l'objectif de garantir la sécurité de ma famille et de moi-même. Je ne souhaite guère être empoisonné ou pire, être hanté de particules diaboliques. En attendant, les nuages noirs ont quitté mon esprit, les hurlements de douleur mes oreilles. Aussi je m'en vais écouter de gentilles chansons et regarder des images de féerie. Au plaisir d'entendre votre voix, s'élevant parmi celles des damnés, Alexandre Cher Alexandre, Ce n'est pas de ma réputation, mais de ma vraie histoire qu'il faut parler. Il est assurément naturel que plusieurs personnes en aient tiré leur inspiration: artistes, romanciers, cinéastes, etc. J'ai dû aussi, agréablement, alimenter le folklore et les traditions obscures des pays de l'Est. C'est très flatteur, vous savez! Vous n'avez qu'à vous renseigner un peu et vous trouverez des traces de mon existence et plusieurs similitudes ici et là. À chaque culture, ses démons, ses fantômes et ses héros. Cher garçon, vous vous y connaissez en rites magiques? Je ne crois pas. Je n'accepte de conseils ne venant que de gens haut placés et qui pratiquent depuis longtemps. Un jeune garçon, de nos jours, ne devrait pas avoir de désirs de la sorte, mis à part ceux qui ont besoin d'attention. De plus, n'importe qui ne peut pas atteindre mon statut. Les temps ont grandement changé, petit, vous n'en n'avez pas idée! La seule chose qui soit romantique dans votre lettre est votre région de Champagne-Ardennes. Réputé, ce pays. J'aimerais bien observer les agriculteurs s'affairer aux vendanges qui produisent sans doute la meilleure des boissons sur terre. Le champagne séduit. Vous et votre famille n'êtes pas le genre de personnes dont j'ai besoin pour assurer ma survivance. Les temps m'ont obligée à être plus pudique et secrète. Certaines révisions du rituel de jouvence ont été imposées. J'aime bien cependant m'amuser à inspirer la terreur aux mortels comme vous. Vous avez toutes les raisons de craindre les bruits inquiétants la nuit, mais sachez qu'ils ne viennent pas nécessairement de moi. Le monde est peuplé d'êtres terrifiants qui s'alimentent de votre peur. Ils vivent à cause de vous. Je vous laisse et vous souhaite une nuit de songerie débridée, Erzebeth Bathory |