Un produit de marketing?
       
       
         
         

SIMON-PASCAL2@wanadoo.fr

      Ne te considères-tu pas comme un simple produit de marketing?
Que penses-tu de notre société où la femme est considérée comme un objet?

Merci de répondre sincèrement à mes questions.
         
         

Barbie

      Bonjour,

Je trouve qu'on en donne vraiment beaucoup trop de nos jours au «marketing». Sans trop savoir ce qu'il est exactement, on «le» prend pour le démiurge de la manipulation des masses, une sorte de «Big Brother» tentaculaire qui nous ferait faire tout ce qu'il veut. C'est ridicule.

Je suis suffisamment femme d'affaire pour pouvoir vous signaler la règle d'acier suivante: si vous avez un produit de merde, votre campagne marketing n'y fera pas grand chose. Pour bien comprendre mon argument, pensez, par exemple, au film DICK TRACY avec Warren Beaty et Madonna. Costumes aux couleurs criardes, grosses têtes d'affiches racoleuses, campagnes marketing tapageuses, mondovision tonitruante, film de merde, résultat médiocre au guichet, divorce inexorable entre Warren et Madonna. Point-barre... Plus personne ne se souvient de ce navet. Vous en souvenez-vous?

Des exemples similaires de l'incompétence chronique du marketing absolu et sans substance existent par milliers, dans tous les secteurs de production. Le marketing rate bien plus souvent son coup qu'il ne fait mouche. Et surtout: le marketing se fait bien plus souvent prendre par surprise par le produit que le contraire...

Maintenant méditez ceci: j'existe depuis 1959 et il se vend dans le monde une effigie de moi toutes les deux secondes, le tout avec un marketing compétent et solide, certes, mais sans extravagance particulière... Il n'y pas une campagne marketing qui puisse produire des résultats aussi durables et d'une telle puissance! Jamais. Cela n'existe pas. Le fait est que c'est Barbie qui fait vivre ses agents de marketing, pas le contraire. Tout simplement, parce que je suis un objet bien plus ancien que tous les marketings de la terre. Je suis une poupée, une effigie, un fétiche, un totem... Les extorqueurs qui s'engraissent aux dépens de celles qui m'aiment comprennent cela bien mieux que vous avec cette doctrine candide et non avenue de «marketing».

Sur votre seconde question, sincèrement -puisque vous entendez que je vous réponde sincèrement- le temps de la femme-objet, c'est fini. Vous retardez d'une guerre, là. De deux guerres, même, car même le temps de la femme qui cherche à s'affirmer en singeant l'homme touche à son terme. Nous en arrivons à la femme qui reste elle-même, se maquille, se pomponne, s'amuse avec ses copines, jouit de ses amants et gouverne sa vie.

Je suis naturellement centrale dans cette nouvelle symbolique ludique parce que je suis Barbie. Je pratique absolument tous les sports et embrasse toutes les professions, mais mon maquillage ne se défait jamais, mes talons aiguilles ne s'enfoncent pas dans la boue de la jungle, et la grande tempête historique n'altère en rien ma tignasse indécoiffable. Je suis donc un rêve.

Car c'est un grand rêve de femme ça: tout accomplir sans transiger sur sa jouissance et ses fantaisies. Or, je vous rappelle que je suis un jouet de petite fille. Ce sont donc elles qui décident de mon sort commercial de masse en dernière instance, pas leur père ou quelque vague «Big Brother Marketing» impalpable. Il va donc falloir que vous cessiez de crier «marketing» et «femme objet» à chaque fois qu'il s'agit de moi et commenciez à comprendre nos vrais fantasmes. Vous allez alors faire face à une ou deux surprises, mais vous allez bien arriver à vous débarrasser de vos stéréotypes condescendants et faussement salvateurs sur les femmes et les petites filles...

C'est un ajustement indispensable si vous voulez approcher adéquatement le monde superbe et terrible de Barbie...

Barbie