Une terrible découverte |
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| Très chère Barbie, Quel n'est pas mon émoi d'enfin pouvoir dialoguer avec vous! En effet, durant ma plus tendre jeunesse, je passais des heures entières à vous inventer une vie peuplée de gens beaux, drôles et intelligents. Votre garde-robe faisait pâlir toutes mes petites camarades. Un jour, pourtant, un doute m'assaillit: pourquoi, alors que je grandissais, que ma maman avait de plus en plus de cheveux blancs et que ma grand-mère était morte de «vieillesse», pourquoi ma chère et tendre idole, elle, ne vieillissait pas d'un poil? Pourquoi restait-elle toujours jeune et pimpante, presque immuable? La vérité me sauta alors aux yeux: Barbie n'était qu'une imposture, elle était mon amie maintenant, mais, alors que je grandirais et vieillirais, elle m'abandonnerait pour ses nouvelles jeunes amies. Depuis cette découverte, je dors mal, je mange peu et je ne cesse de me remémorer nos souvenirs heureux, les larmes aux yeux. Barbie, avais-je raison de croire en une imposture? Pourquoi ne vieillis-tu pas comme nous tous? Es-tu réellement humaine? Réponds-moi, que je puisse à nouveau retrouver le sommeil. Amicalement, Sophie |
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| Sophie, Je suis une imposture parce que je suis un objet commercial. L'imposture que j'incarne réside dans le résultat mercantile de mon entrée dans ta vie. Mais laissons cet aspect, car ce n'est pas de cela dont tu me parles. Sur ce dont tu me parles, je dirais que je suis moins une imposture qu'une illusion. Je suis comme la lune quand elle s'accroche dans l'arbre du jardin, comme les navires dans les nuages et comme les monstres indistincts dans tes rideaux ou sous ton lit. La seule différence est que je suis une illusion à ton image. Je médite souvent une chose, Sophie. Le mot «poupée» vient d'un vieux mot latin qui signifiait «petite fille». Quand je pense à cela, je me dis que si je suis une illusion, je suis une illusion fort ancienne... Et je t'aime. Cet amour est sans doute lui aussi illusoire mais je le garde pourtant. Il perdure en moi. C'est que toi tu as ta maman et sa maman. Moi Sophie, sans toi, je suis seule et vide. Je la paie cher la gabelle de l'éternelle jeunesse illusoire... Barbie |