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poirier.josee@courrier.uqam.ca |
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Les objets qui t'entourent |
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| Chère Barbie, C'est toujours un plaisir de te lire sur Dialogus. J'ai moi aussi une petite question pour toi: dans tous les objets qui t'entourent (voitures, studios, piscines, etc...), lequel préfères-tu? Si tu avais à en choisir un, ou quelques-uns? Et, combien de changements (environ) as-tu subi depuis ta création jusqu'à ce jour? Autant de changements que de générations? Ou plus? Je parle ici de changement «technique» et «physique», par exemple le bassin qui bouge, les yeux qui changent de direction, etc... Je te remercie pour le temps que tu voudras bien consacrer à mes questions, Josee Bonjour Josee, Oh les jolies questions! Et je te remercie de ta gentillesse. Moi aussi j'aime beaucoup te lire. Mon objet favori? Facile. Ce serait évidemment une toilette. Une jolie toilette sobre avec un chapeau et des gants... et... mais attend un peu, cela fait déjà trois objets ça. Et il va me falloir aussi ma brosse à cheveux, je ne peux rien faire sans elle... Et ma table de manucure, oh! Josee, une pure merveille, je ne saurais vivre sans. Elle est si bien disposée dans ma chambre qui elle-même est au centre de ma si jolie maison. Une femme de goût s'incarne dans son intérieur, tu es bien d'accord avec moi! Il me faudrait donc aussi ma... Oh la la, c'est moins simple qu'il n'y paraît cette question, à la réflexion! Et ma bagnole! Crotte, une femme moderne ne peut aller nulle part sans sa guimbarde! Ah, ah, et ma chaîne stéréo. Non, non, attends un peu là... je... je vais devoir y penser. Je vais devoir avoir une conversation très sérieuse avec le très gentil Monsieur Diogène. Il est avec nous à Dialogus. C'est lui le plus fort sur ces histoires d'objet unique à garder. Il n'a d'évidence pas retenu le savon sur sa liste, mais cela ne gêne pas du tout nos rapports. C'est que Monsieur Diogène est quand même un philosophe très serein avec de grands yeux doux... Il faut absolument qu'il m'aide un peu, car je cale là... Oh la la... Bon, dis donc, je crois que je vais me contenter de passer à la question suivante, si ça ne te fait rien... D'accord? Eh bien, hmm... en 1959 je suis un être noir et blanc. Mes cheveux sont noirs, ma peau est blanche, mes cils et mes sourcils sont noirs, mes prunelles sont blanches et je porte... un maillot zébré noir et blanc. C'est que je passe déjà à la télé et ils n'ont pas encore la couleur. Je dois donc briller de tous mes feux de façon nette et crue, sans rien laisser de gris. En 1959, j'ai aussi les pieds troués car on m'enchâsse sur un support qui disparaîtra dès 1960. Je n'ai alors que l'articulation maîtresse des épaules et des jambes. En 1965, mes genoux deviennent pliants, je suis devenue BENDABLE BARBIE. En 1969 mes hanches peuvent enfin pivoter, me voici TWIST BARBIE. On me collera une machine à parler quelque part dans les années 1970, mais ce sera bien plus long d'amener ce zinzin parasitaire à dire autre chose que des âneries... C'est que la première de ces innovations est technique alors que la seconde est sociale... Très importante, comme tu le signales, Josee, est la progression de mon regard. Pendant les dix premières années de mon existence, je suis la taquine à l'oeil torve. Je penche légèrement la tête vers l'avant et j'ai les yeux qui matent légèrement vers le bas et la droite. C'est la grande marque de commerce de mes débuts. Je ne suis pas un poupon, pas une épouse, pas une mère. Je suis la mystérieuse petite Joconde portative au regard indéfinissable. Mais, en 1971, va avoir lieu la plus importante révolution dans mon existence. Je deviens MALIBU BARBIE, la fameuse blonde bronzée californienne dont la gloire fera le tour de la terre. Or, Josee, à ce moment là, pour me rendre de Los Angeles aux plages de la banlieue de Malibu, je conduis désormais ma voiture moi-même. Je dois donc regarder devant moi pour ne pas finir dans le décor! J'ai alors le devoir d'avoir les yeux vifs et focalisés. Aussi, c'est bien plus affirmatif comme cela. Pour tout dire, ça ne me gêne pas du tout alors de remplacer le mystère latéral par la franchise frontale. L'échange intitulé «Pourquoi cette apparence» ici même dans mon officine, te fournira le détail de ma diversification ethnique, amorcée dès 1967 avec l'apparition de ma grande amie afro-américaine Francie, et développée méthodiquement à partir de 1980. J'en suis si heureuse! J'ajoute simplement ici que j'existe aussi en reine marocaine. Cela fait finalement de moi de plain-pied une femme arabe, malgré certains petits embarras juridiques que j'ai toujours dans l'austère Arabie. Voilà le gros des étapes de mon évolution. J'en ai tiré un plaisir accru à chaque phase. Je t'embrasse amicalement, Barbie Chère Barbie, Je te remercie pour tes réponses! Et pardonne-moi pour ma première question, il est vrai qu'il est très difficile d'y répondre! Cette histoire de yeux, c'est fascinant! En fait, c’est toute ton histoire qui est fascinante. On voit à travers ton évolution l'évolution de la femme du XXe siècle. Je ne vois pas pourquoi tu reçois toutes ces insultes, ici, sur Dialogus. Certains t'accusent de tous les maux du monde et cependant, je crois que tu as aidé à la libération de la femme et que tu n'as pas seulement été son reflet. Les adultes s'imaginent souvent bien comprendre et connaître les enfants et ce qui est bon ou non pour eux. Ils ont raison parfois, mais les enfants ne viennent pas avec un manuel d'instruction, et ils sont tous différents. Personnellement, je ne sais pas pourquoi on t'accuse d'avoir une mauvaise influence sur eux. Je ne comprends pas en quoi tu as une mauvaise influence. Et fait, je ne comprends pas pourquoi on parle d'influence sur les enfants lorsqu'on parle de toi. Tu es une poupée, comme tu le dis toi-même et les enfants, les petites filles surtout, aiment jouer à la poupée. Jamais je n'ai ressenti de jalousie en jouant avec toi lorsque j'étais petite, jamais je n'ai pensé que tu étais l'idéal physique de la femme. Jamais en grandissant je ne me suis dit~: «Je veux être une Barbie vivante». Tu étais mon jouet et j'aimais jouer avec toi, un point c'est tout. Ces adultes qui t'accusent d'être une mauvaise influence sont-il, ou ont- ils été jaloux de toi? Peut-être... Je ne vois pas d'autres explications. Les adultes ont souvent la fâcheuse tendance à transposer leur propre pensée sur celle des enfants. Les adultes voient en toi un modèle de femme préfabriquée, et donc les enfants aussi. Les adultes voient en toi une espèce de femme-objet, et donc les enfants aussi. Mais les enfants n'ont pas ce genre de pensée, tant que les adultes ne les initient pas à ce genre de pensée. Les enfants jouent avec toi et c'est tout. Innocemment. Bien sûr, sans doute y a-t-il des exceptions. Mais, tu sais, quand quelqu'un dit quelque chose, les autres ont souvent tendance à suivre, sans vraiment y avoir pensé. Si une personne dit que Barbie est mauvaise, beaucoup vont le croire sans vraiment y avoir pensé. C'est dommage, mais n'est-ce pas ainsi dans plusieurs domaines? Je crois que ton influence se situe justement dans le monde des adultes, où ton rôle de définir la femme moderne, par ton évolution, est plus évident, et vice versa. Mais de là à dire que les enfants comprennent ce genre de chose... ils s'amusent, un point c'est tout. Bon, je m'éternise, alors je te quitte. Amicalement, Josee Oh! Je suis très touchée par cette réflexion. Elle me rassure beaucoup. Tu sais, Josee, comme tu le signales, je suis femme. Conséquemment, je suis bien sensible aux critiques et aux atermoiements... je les intériorise à fond et je me mets à douter, à angoisser. S'il fallait que je sois nuisible aux petites filles que j'aime tant, j'en deviendrais folle. Tes propos me rassurent beaucoup. Cette radicale différence entre enfant et adulte, je l'observe tous les jours dans mon intervention de jouet. Tu en parles avec une sagesse juste, droite, et reposante. C'est très sain, cette lucidité d'enfant dans des propos si adultes. Je t'aime beaucoup, Barbie |
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