Barbie prisonnière des pirates?
       
       
         
         

CapitaineAnghton@aol.com

      (Par les cornes du Diable, vl'à une femelle qui va ravir mes hommes!!)

Salut gamine,

Je me présente: Capitaine Anghton, chien galeux des mers. On vient ici pour partager notre butin et caréner, et je crois que mes hommes ne s'attendaient pas à trouver ta blondeur innocente sur cette île.

Méfie-toi! Ne les aguiche pas trop dans des tenues extravagardantes, mes chiens de l'enfer viennent de passer plusieurs mois en mer... et les poupées dans ton genre sont un jouet merveilleux pour eux.

Bien! Maintenant que les présentations sont faites, je pose ma bouteille de rhum pour te parler clairement et te poser quelques questions. Explique-moi ce paradoxe (euh, rassure-moi, dis-moi que tu comprends ce mot, n'est-ce pas?).

Comment peux-tu provoquer aujourd'hui tant de tendresse et d'affection dans le coeur d'une jeune femme qui, pourtant, enfant, ne rêvait que de piraterie, d'abordages et de combats à l'épée, te délaissant dans un coin du placard et ne jouant jamais avec toi? En bref, comment peux-tu demeurer, générations après générations, comme le seul jouet typiquement féminin à travers le monde, même dans l'esprit de celles qui te haïssaient dans leur enfance et qui, des années plus tard, te regardent avec admiration dans les catalogues ou dans les vitrines?

La providence marche à mes côtés, car je ne suis ni stupide ni blonde, et nous n'avons rien de commun, toi et moi... Le Diable en soit loué! Il est temps pour moi de lever l'ancre, fillette. Reste sur tes plages de Californie dans un conformisme écoeurant de rose... Nous, nous repartons pour l'aventure... avec la rage au ventre et le vent en poupe.

Salut Princesse.

Sur les marchés d'Arabie, une perruche enrubannée comme toi aurait rapporté une très grosse somme.

Capitaine Elizabeth Anghton
         
         

Barbie

      Chère Capitaine Elizabeth,

Je suis restée le souffle coupé d'admiration face à votre extraordinaire missive. C'est une grande émotion de vous rencontrer. Nous avons vous et moi bien plus en commun que vos éructations au tabac et au rhum ne semblent le laisser croire de prime (s)abord...

Le fait est que nous sommes toutes les deux des stéréotypes.

C'est cela qui fait que je vous attendris, je pense. C'est cela la clef du paradoxe (le mot est parfaitement compréhensible; la chose, c'est autre chose). Rassurantes dans leur simplicité sans complexe, Elizabeth Anghton et Barbie roulent leur bosse, l'une sabre au clair, l'autre talons hauts claquant sec, sur les sept mers houleuses et scintillantes de toutes nos affabulations extrêmes.

Le fait est donc que nous fuyons toutes les deux dans la même direction. Vous ne croyez pas, ma Capitaine? Si, si, nous fuyons, vous et moi, admettons-le candidement. C'est si beau de fuir avec vous que j'en suis toute pantoise. J'en ai les jambes comme du coton...

Je vous aime vraiment beaucoup, ma Capitaine (ma Capitaine à moi), ma subversion, mon abordage. Je vous supplie, les larmes au bord des yeux, de m'écrire encore.

Avec une immense gratitude pour ce tumulte d'intelligence déferlant juste pour moi,

Barbie