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De l'authenticité
du Dieu de Dialogus
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Le Dieu de
Dialogus est-il authentique
ou s'il s'agit d'un imposteur?
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| Aphrodite |
Noble Éditeur Dumontais,
Votre question est simple, la réponse le sera aussi. Votre Dieu ne peut être
qu'un imposteur à moins que ce soit Zeus?! Non. Comment cela se pourrait-il
que nous, dieux de l'Olympe, ne l'ayons jamais vu fréquenter la cité
ou les bains? De plus, Il parle au nom du dieu d'une religion, d'une institution.
Aucun dieu de l'Olympe n'a laissé de bible aux hommes. Ces derniers établissent
leurs propres lois. Nous, les dieux, intervenons à notre guise. Non, vraiment,
c'est un imposteur!
Hum! Mais je suis bien curieuse de voir quel mortel pourrait s'adonner à un
tel jeu? Ulysse en serait bien capable! J'essaierai sûrement de contacter ce
Dieu afin d'utiliser mes charmes et de le démasquer ...ou le conquérir!
Une telle audace fait jaillir ma curiosité, je dois l'admettre. Mais Internet
est un bouclier des plus puissants, la tâche ne sera pas facile.
Que les dieux vous aident,
Aphrodite |
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| Elie Arroway |
Je crois que je suis dans une bonne
position pour répondre en ce qui a trait à la véritable existence
démystifiée scientifiquement.
Comment est-ce que Dieu peut être? Comment est-ce que Dieu peut ne pas être?
Dieu est une entité de foi à laquelle ses fidèles se vouent
totalement. Mais la question, est-ce que Dieu a créé l'homme à
son image ou que c'est l'homme qui a créé Dieu à son image?
Est-ce que vraiment, Dieu aurait été sur Internet pour aller mettre
sa patte sur le site de Dialogus? Peut-être que oui, peut-être que non.
Mais moi, Elie Arroway, j'ai besoin de preuves pour comprendre et pour juger. Dieu
est-il un imposteur? J'appuierais par l'affirmatif! Mais par contre il y a des choses,
des événements qui sont là et qu'on ne peut expliquer, l'amour
et les sentiments par exemple. Alors là-dessus je dirais que non...
C'est une ambiguïté qui réside dans nos têtes dont peut-être
n'aurons-nous jamais la réponse...
Elie Arroway,
Astronome |
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| Louis-Ferdinand Céline |
Cher ami,
Vous me connaissez! Jamais je vous ai fait faux bond depuis que vous m'avez accueilli
si gentiment à Dialogus et je ne m'allongerai pas sur les ennuis que cela
vous cause. Vous me demandez un papier, une opinion, un avis et je vous ponds un
truc, fastoche!... Pas toujours dans les normes, mais quand même! C'est là
et ça transpire... Ça suit le chemin! Jusqu'à la mer... L'important
c'est la discute, l'étalement des mots, s'affronter pour le plaisir de pamphlétiser...
Provoquer! Emmerder! Susciter la réaction! Brasser le jus marécageux
des boîtes crâniennes croupissantes de chimie gazeuse!
On finit par en tirer quelque chose, grognements! Marmonnements! Cafouillage! Ballonnement
de la matière grise...Furoncles!... Mazette! On pieute pas dans les dentelles.
Forcément, des frictions, des colères, on n'y échappe pas!...
Vous saviez que ma mère était dentellière de profession? Métier
d'un autre âge... Une vie à s'user les yeux sur les petits points dans
l'ombre permanente de la cloche du passage Choiseul... Une vie dans la richesse des
autres à crever pour gagner son beurre... À s'échiner pour que
le richard prie son Dieu dans l'opulence austère des cathédrales...
Elle y croyait à ce Dieu du fric et en est morte de trop y croire, à
son Dieu de dentelle...
Alors voilà!... Votre questionnement sur le Dieu de Dialogus me laisse perplexe...
Je me demande pourquoi tant d'énerves pour un gugusse qui se parfume au yinyan
et fornique avec les amulettes Vaudou?... Il en vaut bien cent autres... On les compte
à la fournée ces prétendants au trône qui se croient branchés
direct sur la Vérité du jour... Si ça l'amuse de penser que
l'homme se farcit les intérieurs de bontés, d'amour et d'abnégation...
Libre à lui! M'est avis qu'il doit se sentir bien seul sur son nuage, le pôôvre...
Ça lui prend donc de la compagnie, une scène, un public!... Assouvir
la Révélation... La partager! Et il n'en manque pas de compagnie!...
Vous avez visé le nombre de bafouilles que ce Dieu de mes deux reçoit?...
Des dix et des cent sur le temps qui fait dans les confins du paradis... On se demande
d'ailleurs où y veut aboutir avec ces machins chinois... Le big Yang de la
spirit ou le yinhuit de la baibaise? N'en sais foutrement rien!
Comment vous expliquez ça, vous? Moi je dis que les guignols qui lui écrivent
s'en fichent pas mal de son authenticité en autant qu'il les bichonne un peu...
De là à dire qu'il est authentique... Foutre! C'est une histoire plus
merdique qu'on peut croire et, dans le genre, j'ai déjà donné...
Croyez-moi! Pas question de m'aiguiller sur le sujet! Dieu juif, arabe, asiate ou
coco... Préfère le bon vieux Toutatis... Restons Gaulois, que diable!!!
Quoique... Aphrodite n'est pas mal non plus, je trouve... Pas vous? Elle doit avoir
des jambes de danseuse cette déesse, tout en muscles et en mouvements, sensualité,
beauté... Enfin! On en recausera de cette Aphrodite...
Mais l'essentiel n'est pas là... J'y arrive! Vous le savez, au cours de ma
triste existence, j'ai connu bien des calamités, des malheurs, la guerre,
la haine de mes semblables, l'ordurie des institutions... Tout ça à
cause de mes bouquins, le bannissement, l'exil, la prison, la censure, l'opprobre
générale. Tout ça parce que j'ai prôné la liberté
totale des lettres et vous savez que je l'ai payée très cher, cette
indépendance d'esprit. Alors, Qu'il soit authentique ou non cet Éternel
du Yanying n'a donc aucune espèce d'importance... Qu'il berce les lecteurs
d'illusions et de thérapies à la cartomancie des boules de cristal
n'en a pas davantage... On ne peut l'expédier au Panthéon de l'Olympe
pour des raisons si futiles, ni pour d'autres, d'ailleurs...
Faites-le! Dites-lui de plier bagages de mettre les bouts et demain y aura cent mariolles
qui viendront vous demander ma tête sur un plateau et je sais de quoi je cause...
Ils sont cent et mille à se flatter le bide attendant l'occase pour m'expédier
chez le docteur Guillotin! Je vous le dis en toute amitié: faites gaffe, nom
de Dieu!
Remarquez aussi qu'il peut aussi y avoir des avantages d'avoir un Dieu de ce genre
à Dialogus... À l'entendre... Même Ferdinand ne serait pas aussi
charogne qu'on l'affirme...C'est pas à négliger, comme appui... L'Éternel
du côté de Ferdinand, c'est rare et pas à dédaigner...
Vrai ou faux notre éternel? Je m'en fous et lui file l'absolution...
Céline |
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| François René de Châteaubriand |
Cher éditeur,
Demander à l'auteur du Génie si Dieu existe... Je crois en Dieu et
je n'en connais qu'un seul, celui de la religion chrétienne. Sur Dieu je puis
exprimer quelques idées complètement personnelles: le mot Dieu désigne
l'être suprême d'une religion monothéiste, le créateur
de toutes choses et le sauveur du monde. Il n'a pas de rang social, il est intemporel
et certainement sans réelle apparence physique au sens où nous le concevons.
La foi est l'essence de notre relation avec lui; cela signifie croire sans restriction...
De "notre Dieu" de Dialogus, je dois avouer qu'il m'intrigue; en effet
il s'agit peut-être d'une confusion dans l'emploi du nom, mais ses réponses
sont très souvent empreintes de philosophie plutôt que de religion et
de surcroît de philosophie orientale. J'ai entendu parler de cette "soi-disant"
religion prônée par un être béat en harmonie avec l'univers.
J'ai aussi noté quelques contradictions entre une première réponse
et des réponses plus récentes; entre autres au sujet de la création
de l'homme à l'image de Dieu. Au début Dieu affirme avoir réalisé
cette création et à la fin, ce sont les hommes qui écrivent
ça dans leur bible...
Je n'imagine pas mon Dieu s'épancher en aussi longues explications sur chacun
de ses gestes, il a des desseins que nous ignorons car c'est ainsi que cela doit
être. L'idée même de Dialogue avec lui est antinomique, il y a
7 péchés capitaux, 10 commandements et l'amour du prochain.
Le Dieu de Dialogus me semble même ne pas être croyant, mais plutôt
se représenter l'idée de Dieu comme la conscience universelle, somme
de toutes les consciences humaines qui éveillées feraient aller notre
monde dans la bonne direction.
Bien à vous,
CHATEAUBRIAND |
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| Clochette |
Comment? Qu'est ce que j'apprends?
Oh on peut dire que je tombe à pic moi.... Vous alliez encore commettre une
grossière erreur!
Évincer Dieu?!? non mais je rêêêêve?!?
Attends, s'il existe Un Être Libre... c'est bien Lui!
Libre d'Être qui Il veut, quand Il veut! comme Il veut! où Il veut et
bien sûr de dire ce qu'Il veut!
Mais ça forcément ça vous dépasse! Faudrait que toute
votre vie il reste enfermé dans le rôle du bon vieux papa barbu posé
sur son nuage!
Eh ben non! non! non! non et non!
Avez-vous oublié que les voies du Seigneur sont impénétrables?
Et que la plupart de ses desseins échappent au commun des mortels?
Chez nous les fées sont là: Dieu répond en fonction des enfants
plus ou moins perdus qu'il a en face de lui...
Dieu vous garde mes amis
Clochette |
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| Jeanne d'Arc |
Sinclair, mon ami, je dois vous avouer
que votre question demande réflexion. Voilà pourquoi après avoir
lu Sa correspondance, j'en suis venue à une conclusion qui risque de déplaire
à Dieu, si Dieu il y a sur Dialogus. Je
n'ai aucune crainte à dévoiler ma réponse, car mes voix m'ont
assurée de sa véracité. Ce "Dieu" ne doit en aucun
cas demeurer sur Dialogus, car ses propos briment l'honneur de Notre Père
et blessent le coeur des bonnes gens qui ne veulent que du réconfort. Je vous
fais donc part, mon cher, de ce qui m'a poussée à croire que notre
confrère est un imposteur. Premièrement, Dieu ne répond jamais
à une accusation par une accusation, ce que n'a pas hésité à
faire notre "Dieu". Ensuite, il renie les saintes écritures qu'"il"
nous a dictées et met donc en péril toute notre très sainte
religion. Il faut aussi noter qu' il piétine sa création,ce qui me
permet de douter de son amour. Pour terminer, fait plus ou moins important pour certains,
mais capital pour moi: il philosophe au lieu d'aimer. C'est presque à contrecoeur
que je demande d'exclure "Dieu" de Dialogus. Je trouve malheureux que de
priver les gens de celui qu'ils croient être leur créateur, mais cette
imposture grave prend trop d'ampleur et je demande justice. Pardonnez-moi si je fais
faux bond ou si vous aimiez l'idée de converser avec un faux dieu, mais je
ne peux demeurer impassible face à ce crime.
Notre Sire premier servi!
Jehanne |
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| Sacha Guitry |
Voilà une bien embarrassante
question à laquelle il ne va pas être facile de répondre, même
pour moi. En effet, j'ai lu la nombreuse correspondance de notre Dieu, qui n'est
sûrement due qu'à la sulfureuse réputation d'arnaque qu'il véhicule
et à cette manie toute française de chercher à comprendre l'incompréhensible
en laissant de côté ce qui devrait l'intéresser. Aussi cette
correspondance m'a amené à penser qu'un Dieu omniscient qui douterait
de détenir la vérité comme c'est le cas ne fait pas très
crédible de par l'image que nous en avons. D'autre part un Dieu qui refuse
de répondre à des questions d'ordre littéraire me paraît
bien timide, en effet est-ce que la Bible n'est pas le premier roman de l'humanité,
Dieu n'envoie-t-il pas un souffle divin de l'inspiration d'après certains
auteurs, n'a-t-il pas lui-même inspiré les évangiles? Enfin je
dois accorder à son crédit que de telles contradictions s'expliquent
lorsqu'il (et je ne dis pas Il, vous pourrez le remarquer) dit qu'il est à
la fois homme et femme bien que si Dieu est tout comme il l'affirme alors Dieu est
moi de là à penser que dans ce cas-là n'importe quel homme peut
légitimement se faire appeler Dieu et moi-même je pense que je ne vais
pas tarder à le faire... Ma conclusion est donc celle-ci: n'étant pas
omniscient (Dieu m'en préserve sinon je ne me serais jamais marié)
et me fiant à la sélection de la rédaction de Dialogus qui,
en tant que professionnelle du canular, ne doit pas se faire berner si facilement,
j'accorde tout mon soutien à celle-ci et, si après délibération,
elle décidait de renvoyer Dieu et que celui-ci soit le Vrai alors dans sa
mansuétude il saurait regagner le silence qu'il avait gardé jusqu'à
ce jour, préférant envoyer son fils pour servir d'interprète
en sachant qu'il allait mourir soit dit en passant...
Guitry |
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| Stanley Kubrick |
Bonjour Philibert,
Contrairement à ce que suscite votre patronime, votre dieu, quoique doté
d'une consistance certaine, reste un dieu. En cela, il restitue les clichés
convenus sans pour autant établir de la preuve.
Stanley |
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| Henri-Désiré Landru |
Mon pauvre ami,
Vous me soumettez ici un problème fondamentalement moral, moi qui suis l'incarnation
ordinaire et prosaïque de la faillite de toute théodicée.
Rien à redire: le dieu de Dialogus est un imposteur, comme celui des juifs,
des chrétiens, des mahometans, des canaques et de ces bigotes des Yvelines
que je contemple de la fenêtre de ma villa de livide apostat, comme on contemple
des grives en carème.
Henri-Désiré Landru |
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| Lénine |
À peine arrivé sur Dialogus,
on me donne trois jours pour donner mon avis sur le dieu qui y parade. Que faire?
L'analyse concrète d'une situation concrète est, à mes yeux,
la source vive, l'essence même du marxisme. Face à la pression des événements,
il ne faut en aucun cas se laisser abattre. Il faut analyser la situation avec calme,
et agir au bon moment. Ici, je vois une assemblée de doctes individus, dont
certains me sont inconnus, débattre de la véracité de la présence
d'une divinité chez Dialogus. Il s'agit d'un parfait exemple de l'inutilité
des intellectuels pour tout ce qui touche à la libération des masses.
Ce que l'on appelle dieu n'est que l'instrument principal de la domination des classes
conservatrices, bourgeoisie, clergé, aristocratie terrienne sur un prolétariat
trop éclaté et abruti par des siècles d'oppression pour réagir.
Seul le Parti Communiste, avant-garde éclairée, est à même
de fournir à la classe ouvrière l'arme de son émancipation intellectuelle,
le matérialisme historique. En résumé, voici ma position.
-L'idée de l'existence d'un dieu n'est que pure fiction.
-L'idée de se faire passer pour tel ne peut être le fait que d'un fou
populiste désireux de profiter du désespoir de masses aux abois, dans
son seul intérêt.
-L'idée d'en débattre, enfin relève du plus pur passe-temps
pour bourgeois oisifs et inconscients de leur état d'asservissement intellectuel.
Bien à vous,
Wladimir I. Oulianov (Lénine) |
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| Karl Marx |
Monsieur le directeur de publication,
Un coup d'oeil rapide à la correspondance du personnage se prénommant
"Dieu" m'amène à conclure qu'il est un imposteur et que la
totalité de son intervention est une pantalonade grotesque et inepte. Je n'insiste
pas sur le fait que la présente observation n'est jamais que la cas particulier
d'un principe général maintes fois confirmé au cours de l'histoire.
Des mages égyptiens aux prédicateurs itinérants d'Amérique
du Nord, quiconque se donne comme porte-voix de quelque être suprême
que ce soit n'est jamais qu'un façonneur de totem s'affairant industrieusement
à faire des dupes.
Mes respects,
Karl Marx |
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| Méphistophélès |
Très cher Éditeur,
Vous me questionnez, moi Méphistophélès, sur l'authenticité
de Dieu? Je vous ferai cadeau de la confidence suivante: si comme vous j'avais l'immense
défaut d'être mortel, JE serais déjà mort de rire...
Voilà qui est bien lancé, n'est-ce pas? HHHa! Je mourais d'envie de
vous faire cette réponse qui, avouez-le, sera la plus franche, la plus honnête
et la plus tranchante que vous recevrez.
Permettez-moi d'ailleurs de m'interroger sur votre propre sérieux. Non mais
sans blague... vous avez lu votre question? Oui? Vraiment, cher Éditeur, vous
ne m'aviez pas dit qu'à cette table vous autoriseriez autant de rire, de cynisme,
de divertissement! Mais cela me plaît. Je tenterai même d'y voir un certain
effort de votre part. Un début de soupçon de désir de cheminer
lentement vers une certaine conscience de ce que vous êtes.
J'avouerai toutefois avoir longuement hésité avant de vous répondre.
Et encore aujourd'hui, m'abaissant à vous écrire, j'ai quelque mal
à trouver le fil de ma plume à force d'admirer votre concupiscence
pour ne pas dire votre cupidité. Comme si le Seigneur des Ténèbres
avait à s'interroger sur l'authenticité de Dieu, de vos Dieux tant
qu'ils sont, en nombre et en grâce, et que vous offrez en ultime cadeau à
la démesure de votre orgueil. Vous admettrez que m'inviter à intervenir
sur cette question est trop amusant pour laisser passer si belle occasion.
JE vous avais tout de même prévenu, il me semble, qu'il s'agissait d'un
usurpateur. Vous ne lisez pas ma correspondance, cher Éditeur? Vous n'avez
jamais remarqué sa vanité? Sa soif d'adoration? Vous ne lisez pas ses
propos qui vont jusqu'à nier ma propre existence? Imaginez un instant votre
si belle planète sans l'âme du Mal qui rôde pour veiller sur elle.
Que feriez-vous sans moi? Que seriez-vous sans Méphistophélès?
À quoi serviraient vos envies spirituelles et temporelles sans Mal à
combattre?
Vous passez votre vie à essayer de me séduire en créant le mal
autour de vous. Vous passez votre vie à chercher à me ressembler pour
mieux m'impressionner. N'est-ce pas là la preuve que je sois le seul et unique
Dieu que vous adorez? Là se trouve la vraie «vérité vraie».
Mes très chers enfants, en vérité en vérité je
vous le dis, l'acte d'accusation est inéluctable et vous devrez aller jusqu'au
bout de votre affaire. L'usurpateur mérite le bûcher. J'ai d'ailleurs
avec moi quelques pensionnaires qui ont déjà goûté à
cette belle coutume et qui attendent leur revanche avec impatience.
Vraiment, tout cela est merveilleux et, ma foi, je suis presque fier de vous.
Une seule certitude ressortira de tout ceci: quoique vous décidiez le Mal
est fait et il n'y aura qu'un seul vainqueur. Le Seigneur des Ténèbres.
Sachez-le et agissez en conséquence. Vous vous éviterez des détours...
JE vous salue, Monsieur l'Éditeur
Méphistophélès,
L'esprit qui toujours nie |
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| Merlin L'Enchanteur |
M. Delapravda,
Cette minuscule missive de ma part afin de vous dire que je ne répondrai pas
à cette enquête, du simple fait que je suis convaincu que Dieu n'existe
pas, qu'il n'a jamais existé et qu'il est le fruit de l'imagination humaine
afin de répondre aux grandes questions de l'homme.
Merci de votre compréhension.
Que les Forces de la Nature soient avec Vous...
Myrddin, alias Merlin L'Enchanteur |
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| Meursault |
Monsieur l'éditeur,
Je suis désolé mais je ne peux pas répondre à votre question.
Ce n'est pas par obstination. Je ne voudrais pas que vous m'en teniez rancune. C'est
plutôt que la question de Dieu ne m'intéresse pas. Je ne vois pas comment
je pourrais répondre à une question que je ne me pose pas. D'ailleurs
je n'ai plus beaucoup de temps pour m'intéresser à ce qui ne m'intéresse
pas.
Je vous dirai simplement qu'il y a quelques mois j'ai été jugé
et condamné par la justice des hommes, qu'on a voulu me rassurer en me disant
qu'il y avait aussi une autre justice, qui était celle de Dieu, et que j'ai
refusé d'y croire parce que je n'y croyais pas. Je sais que mon affaire était
très différente de celle dont vous me parlez. Je veux simplement vous
dire que je continue de croire que c'est la justice des hommes qui va juger votre...
votre je ne sais pas quoi au juste, et que je ne crois pas en une justice de Dieu.
J'espère que je ne vous mets pas dans l'embarras en refusant de répondre,
Mes respects,
Meursault |
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| Ponce Pilate |
Ave Ô Éditeur
J'ai reçu à la catapulte des messages sur une question qui tourmente
tes lecteurs. Il me faudrait un esclave pour classer ces lettres et un scribe réservé
à y répondre. Je n'en ai lu que quelques-unes. Une citoyenne ignorante
m'y accuse d'avoir choisi celui qui est devenu le Christ de ton monde incompréhensible.
Comment cet empire du futur tiendra-t-il s'il ne dispose même pas de procédure
pour élire les dieux?
Ne compte pas sur moi pour te dire comment faire, mais si tu veux des leçons,
tu devrais t'inspirer de Rome, de son sage empereur et de son sénat honorable.
Que Jupiter te guide!
Pontius Pilatus, Praefectus Iudaeae |
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| Pyrrhon |
Chaque personnage présent sur
le site "Dialogus" mérite d'être soumis à la question
de son authenticité. Il est en effet indispensable de croire à quelque
chose d'inexplicable pour admettre que ceux qui répondent ainsi aux questions
des visiteurs sont véritablement ceux qu'ils affirment être. De cette
authenticité première, il n'est guère opportun de parler ici,
de même qu'on ne choisit pas de nier une divinité, voire de la critiquer,
alors même qu'on se trouve dans son temple. La religion lie les hommes entre
eux et il est quelque peu paradoxal qu'elle les divise; à cet égard,
les guerres de religion ont tout d'un manque de savoir-vivre!
La question de l'authenticité de certains de ces personnages est double. Sont-ils
ceux qu'ils affirment être et ceux qu'ils affirment être ont-ils existé?
La qualité et l'ancienneté des témoignages dont chacun croit
disposer à propos de l'existence du personnage est généralement
décisive. Pour les vivants actuels, il est en effet plus facile de croire
de Pierre Desproges qu'il a bel et bien existé que de le croire de Pyrrhon
par exemple.
En ce qui concerne le dieu de Dialogus, la question prend une signification particulière.
Il ne s'agit pas -outre d'admettre que celui qui répond est bien celui qu'il
prétend être- de croire que le personnage a ou non bel et bien existé,
mais de croire qu'il existe. Et le mot "personnage", en l'occurrence, est
bien mal approprié.
À la première partie de la question -qui réclame donc de se
prononcer sur l'identité de celui qui répond-, vous me permettrez de
ne pas répondre. Je n'ai pas de raison d'être plus sceptique au sujet
de l'authenticité du personnage de Dieu que je n'en ai de l'être au
sujet de l'incarnation à laquelle je prétends. Je le suis bien sûr
dans les deux cas, d'égale façon, ce qui exprime bien -je l'espère-
tout le respect que j'éprouve à l'égard de mon collègue
Dieu.
En ce qui concerne la deuxième partie de la question -l'existence de Dieu-,
je dois vous avouer qu'elle ne m'intéresse pas. Peut-être mon goût
de la vérité est-il à la fois trop exigeant et insuffisamment
ambitieux? Peut-être mon sens de la vertu est-il trop spontané, trop
"kairologique"(1)? Peut-être la parole divine(2) est-elle moins éloquente
que le silence? Non, décidément, la question ne m'intéresse
pas.
Pyrrhon.
(1) Je ne puis concevoir la vertu comme un état ou une intention, mais plutôt
comme une réponse, un acte - au sens homérien -, qui s'impose au moment
propice et rien qu'au moment propice.
(2)La parole divine de ce dieu est appelée "verbe". Et le verbe,
c'est la copule "être". Moi qui suis sceptique au sujet de l'étant,
comment pourrais-je m'interroger à propos de l'être de l'étant,
voire de l'être des étants, de tous les étants, et à propos
de ce qui "fait" être les êtres? |
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| Socrate |
Excellent Sinclair,
Je me déclare sans ambages enthousiaste de Dieu, particulièrement du
Dieu de DIALOGUS. À prendre connaissance de ses interventions pénétrantes
et mordantes j'ai la vive certitude de me trouver face au Démiurge du monde.
Il est délié, savant, labile et, pour employer une expression de votre
époque, "marrant". Je pense que si certains de ses dignes correspondants
ressentent un malaise, c'est que leurs idées préconçues sont
bousculées par la sagacité et la vigueur du Démiurge. Mais le
point de départ de toute connaissance est justement dans l'ébranlement
de nos humbles idées reçues. D'ailleurs je m'empresse d'ajouter que
le Dieu de DIALOGUS respecte toutes les traditions les plus vénérables.
Il montre sa puissance, il est en paix avec lui-même, et il tient compte de
l'intervention de ses fidèles avec finesse et justesse de ton. Il est clair
à mon esprit serein que le Démiurge ne recourt pas à un commettant
en intervenant sur DIALOGUS, mais qu'il agit lui-même, et joue de sa volonté,
polymorphe et fluente comme l'univers même. Je m'empresse d'ajouter que s'il
faisait appel à un ou des intermédiaires ce serait encore là
une expression de sa bonhomie et de sa puissance.
Celui qui, comme le Démiurge, ne craint pas les vertus savantes du rire.
SOKRATES, dit Socrate |
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| Benedict de Spinoza |
Aux très impartiaux et très
généreux Sinclair Dumontais et Philibert Delapravda
Je me vois dans l'obligation contrite mais ferme de ne pas reconnaître la véracité
du Dieu de Dialogus. Pour m'en expliquer, je vais vous résumer brièvement
mes vues en matière de révélation, en développant l'exemple
judéo-chrétien, que je présume le plus famillier à vous
et à vos nobles lecteurs.
Mon intervention repose sur la prémisse voulant que la situation de Dialogus
concerne fondamentalement la question d'une communication directe et verbalisée
de Dieu avec le genre humain. Je commencerai en disant que je tiens pour choses équivalentes
les miracles et l'ignorance parce que ceux qui entreprennent de fonder l'existence
de Dieu et de la religion sur les miracles, veulent démontrer l'obscur par
le plus obscur et introduisent une façon nouvelle de raisonner: ce n'est plus
la réduction à l'impossible comme on dit, mais à l'ignorance.
Voyons d'abord sur ce point l'exemple chrétien. Après crucifixion,
le Christ n'est apparu ni au Sénat, ni à Pilate, ni à aucun
infidèle, mais seulement aux saints. Or, si vous considérez que Dieu
n'a ni droite ni gauche, et qu'il n'est point en ce lieu mais partout, par essence,
que la nature est partout identique à elle-même, que Dieu ne se manifeste
pas hors du monde dans l'espace imaginaire que l'on se forge, qu'enfin l'assemblage
du corps humain est astreint par le seul poids de l'air à se mouvoir dans
des limites déterminées, vous verrez sans peine que cette apparition
du Christ ne diffère pas de l'apparition de Dieu à Abraham, quand ce
dernier vit trois hommes et les invita à dîner. C'est à la vertu
objective de ce type d'apparition privée de Dieu à ses fidèles
que voudrait bien faire croire l'activité épistolaire (lisible de tous)
du Dieu de Dialogus. Mais, me direz-vous, tous les Apôtres ont cru sans réserve
que le Christ était ressuscité d'entre les morts et était réellement
monté au ciel. Je ne le nie pas: Abraham aussi a cru que Dieu avait pris chez
lui un repas, et tous les Israélites ont cru que Dieu, s'enveloppant de feu,
était descendu du ciel sur le mont Sinaï et leur avait parlé directement,
alors que, dans tous ces cas et dans plusieurs autres, il ne s'agissait que d'apparitions
et de révélations adaptées à la compréhension
et aux opinions des hommes et par où Dieu a voulu leur révéler
sa pensée. Je conclus donc, sur mon exemple, que la résurrection du
Christ d'entre les morts fut en réalité toute spirituelle, et n'a été
révélée qu'aux seuls fidèles par un moyen à leur
portée. Bien différente en cela est la démarche du Dieu de Dialogus,
qui s'adresse péremptoirement à ses ouailles et à ses adversaires
avec la même verdeur de ton et sans ambivalence. Il ne manifeste aucune des
aptitudes d'adaptation et de mise à portée attestées par mes
précédents exemples, eux-mêmes incontestables si l'on se donne
une saine interprétation des Écritures. J'ai pour ma part pris connaissance
de cette correspondance et ne l'ai trouvé en rien ajustée à
ma conception de Dieu, comme le furent les interventions du Dieu d'Abraham et du
Christ aux fidèles. J'y ai au contraire décelé de grossières
anthropomorphisations et un magmat indescriptible de contradictions théologiques
et philosophiques dont je vais me faire un devoir de vous épargner le détail.
C'est donc sans ambages que je suis amené à conclure que tout dans
le modus operandi interactif de ce "dieu" révèle un éloquent
et plaisant faussaire, vif, libre d'esprit, mais peu au fait des caractéristiques
essentielles de la révélation divine, mystère non élucidé
dont Dialogus présente une version extrêmement appauvrie et galvaudée,
et ce, qu'on confronte ladite révélation et ses multiples sectateurs
aux Écritures ou à la simple raison.
Respectueusement,
Benedict de Spinoza |
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