Votre fille
       
       
         
         

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      Votre Altesse,

J'aimerais beaucoup que vous me parliez de votre fille Marie-Élisabeth, hélas trop tôt disparue. Je voudrais savoir quelles étaient vos relations avec elle et si vous et Charles IX n'étiez pas un peu déçus de ne pas avoir eu un fils.

Comment se fait-il qu'après le décès du roi, vous ayez dû laisser votre fille en France? Et de quoi est donc décédée cette enfant?

Mes respects,

Anaïs

 

       
         

Elisabeth d'Autriche

      Bonjour Anaïs,

C'est avec beaucoup de plaisir (et tant de douleur) que je parle de ma fille Marie-Elisabeth (à vrai dire, je l'appelle Marie-Ysabel, car c'est la prononciation espagnole, et je parle usuellement espagnol).

Née deux mois après la St Barthélemy, le 27 octobre 1572, cette enfant paraissait en période de deuil de millions de protestant innocents. Je n'ai pas pu comprendre comment Charles, mon dévoué mari, a pu accepter de se soumettre à une pareille barbarie, s'étant laissé emporté à une pareille brutalité, à un immense massacre digne du plus sot des païens.

Je vis dans le respect du seigneur depuis ma tendre enfance, certains pensent que je dépasse les bornes de l'acceptable. Marie d'Autriche, ma mère, m'a inculqué ces profondes racines qu'elle tient de ses parents, en particulier de son père Charles Quint.

Revenons à ma fille. Elle devait sceller un signe de renouveau entre Charles et moi étant (sans encore le savoir) la seule postérité des fils de Catherine de Médicis. Marie-Ysabel était un signe d'espoir.

Brune, un peu chétive, je ne me rappelle pas vraiment d'elle, je l'ai quittée en décembre 1575, pleurant la pauvre enfant que je ne devait plus revoir. Je n'ai pas pu avoir de vraies conversations avec elle, je suis partie trop vite, sans vraiment la connaitre. Elle avait à peine trois ans. Pourquoi? La France interdit aux filles de France, même orphelines de père, de quitter leur pays pour vivre au pays natal de leur mère ou ailleurs, car la France veut être libre de les marier à son gré.

J'avais sinon la possibilité de rester, mais je ne pouvais pas, cela me semblait pour le moins impossible, voire inhumain. Rester dans un pays où je ne comprends rien à la langue, où ma seule confidente, Marguerite, était souvent absente, où je devais me retrouver en tête à tête avec Catherine de Médicis, ou pire, vivre retirée, loin de ma famille, dans un petit château de province. Je ne pouvais vivre à Amboise avec Marie-Ysabel, cela m'était interdit. J'ai, en bonne autrichienne, préféré retrouver ma famille restée là-bas.

Je n'ai pas eu le temps de me décevoir de ne pas avoir de fils, que Charles déjà nous quittait. S'il n'était pas mort si tôt, où s'il ne m'avait pas délaissée depuis la naissance de Marie-Ysabel, j'aurai probablement pu donner naissance à ce fils si désiré. Mais la vie (ou la mort) n'en a pas voulu ainsi.

Je ne sais pas très bien de quoi ma fille est morte, le 2 avril 1578. On m'a juste dit qu'elle était poitrinaire (tuberculeuse), comme son père. Je n'ai pas cherché à en savoir davantage. Le résultat ne change pas, ma fille, ma petite Marie-Ysabel, est morte, si jeune.

Vous savez ce qui est arrivé ensuite. Henri III est mort, il y a trois ans, sans héritier. La dynastie des Valois est éteinte.

Que Dieu vous garde,

Elisabeth