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hatiegana@rdslink.ro |
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Votre bien-aimé |
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| Ma chère Élisabeth,
Quel grand honneur pour moi de vous parler! J'attendais depuis longtemps une occasion comme ceci de vous parler! Comme vous, j'apprécie beaucoup la personne de Charles IX, votre mari; quelques-uns disent qu'il n'était pas très équilibré mentalement, souvent sujet à des colères incontrôlées qui faisaient trembler de terreur tout l'entourage, tuant avec délectation à la chasse et plongeant le bras dans les entrailles des animaux qu'il avait égorgés de sa propre main, essayant d'échapper à ses démons intérieurs par des efforts physiques accablants. Vous, qui avait été sa femme, la personne la plus proche de lui, pourriez-vous me dire si cette affirmation est vrai ou non? J'ai toujours voulu voir un tableau avec Charles IX mais jusqu'à aujourd'hui je n'ai pas réussi. Comment était-il physiquement? Quelle était la couleur de ses cheveux, est-ce qu'il était grand? Aussi, de nos jours, on n'en sait pas beaucoup sur sa mort. Je pense que ces souvenirs ne sont pas très agréables pour vous et que vous devrez sentir une douleur infinie en vous rappelant ses derniers moments, mais il faut qu'on finisse avec les suppositions et vous êtes la seule qui pouvez le faire parce que vous étiez là dans ces tristes jours. Pourquoi exactement est-il mort? Il était si jeune. On dit qu'il mourut tout baigné dans son sang, qui lui sortait par les pores. On dit même qu'il a été empoisonné par sa mère avec un livre de chasse. Quelle est la vérité sur sa mort? N'avait-il pas des remords après la Saint-Barthélémy? Je sais que ce fut Catherine, sa mère qui, soutenue par son conseil, l'avait persuadé de donner cet ordre qui fit de cette nuit la nuit la plus sanglante de l'histoire de la France. Vous êtes la seule qui puisse me faire comprendre sa relation avec sa sœur Marguerite (je sais seulement qu'il l'appréciait beaucoup), avec ses deux frères, avec sa mère. Et aussi avec sa fille Marie Élisabeth. Je n'ai jamais lu quelque chose sur ça. Comment se comportait Charles avec son enfant? Je sais qu'elle était un bébé lorsque la mort l’arracha à sa famille, mais il devait avoir quelques contacts entre eux... Vous avez passé quatre ans auprès de lui. Quelles étaient les relations entre vous? Je ne peux pas croire que sa violence habituelle le dominait aussi en votre compagnie. À votre arrivée en France, Charles avait déjà une maîtresse, Marie Touchet, qui, sachant son mariage avec vous, avait dit: «Je n'ai pas peur de cette Allemande». Que pensez-vous de cette femme? Dans l'espérance que mes questions ne soient pas très indiscrètes, je vous embrasse de tout mon cœur. Jeanne Chère Jeanne, Mon époux, Charles IX, était en effet très porté sur la chasse, à laquelle il consacrait beaucoup de temps. Je me suis bien gardée de l'accompagner, n'ayant aucun goût pour cela. On m'a fréquemment évoqué ses cruautés envers le gibier, mais j'ignore si ces rumeurs sont fondées. Je n'étais point, bien qu'étant son épouse, la femme la plus proche de lui. Il y avait sa mère, Catherine de Médicis, Marie Touchet... Tant de pénibles souvenirs! Charles IX était un homme très attirant, affable et bien fait de sa personne. Il était fort grand et élancé. Ses cheveux étaient bruns comme ceux de son père. Sa mort fut un bien triste spectacle. Il a souffert d'une tuberculose chronique, toussant et crachant parfois du sang. Mais cela ne l'empêchait pas de se livrer aux exercices physiques. Cependant, après la Saint-Barthélemy, il fut considérablement diminué. Son humeur était plus sombre que jamais. Il vécut ses derniers moments à Vincennes, où l'air était réputé soigner les maux pulmonaires. Il ne pouvait plus se déplacer et respirait avec grande peine. Il était tellement amaigri qu'il en avait perdu toute sa beauté d'autrefois. Charles suait en effet son sang. Il mourut, dans d'atroces souffrances, le 30 mai 1574. Je ne crois pas que sa mère, qui l'aimait malgré sa préférence pour Henri et qui le regretta profondément, l'ait empoisonné. Il fut dévoré de remords après la Saint-Barthélemy, ce qui a avancé sa perte. Il s'entendait, tout comme moi, fort bien avec sa soeur Marguerite. En revanche, il se méfiait de son frère Henri qu'il savait préféré de sa mère Catherine. Il a toujours eu une pleine confiance en cette dernière, n'hésitant pas à lui abandonner le pouvoir pour retrouver Marie Touchet ou ses parties de chasse. Charles aima sa fille, Marie-Élisabeth. À sa mort, il la confia à sa mère, qui l'avait auparavant exilée à Amboise, où elle devait être élevée. Catherine de Médicis se souciait fort peu de sa petite-fille, pourtant la seule descendance légitime de ses fils, qui méritait plus que quiconque d'être traitée avec respect. En revanche, son oncle Henri l'aimait profondément, et allait, à ce que l'on m'en a rapporté, étant retournée dans mon pays à cette date, souvent la visiter à Amboise. Mon époux fut toujours très bon pour moi. Bien que m'ayant délaissée pour Marie Touchet, il avait quelquefois pour moi quelques attentions. Marie Touchet. Comme toute femme légitime qui aime son mari, j'ai détesté sa maîtresse. Je fus très dépitée lorsqu'elle mis au monde un bâtard, nommé Charles, en 1573. Bien que l'enfant ne fut point légitimé, son existence n'était à la cour un secret pour personne, et l'on ne manqua pas de m'en informer la première. Amicalement, Élisabeth |
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