| |
|
Très
chère Élizabeth, ma lointaine tante,
En tant que membre de votre famille (je suis un petit cousin, quatre
siècles et
quelques transitions démocratiques nous séparent mais ne
vous inquiétez pas, la
famille Habsbourg se porte au mieux... ou au moins pas au pire...) j’ai
le
droit de vous poser des questions un peu embarrassantes: Erst wann
haben Sie
französich gelernet? Votre intégration en France s’est
faite rapidement, on
ne peut pas dire que vous ayez eu le temps de voir et de
connaître le pays sur
lequel vous avez si discrètement régné. Und
Sie sprachten kein französich,
oder? Vous êtes restée cinq ans en famille à
Paris, chez les Valois. Comment
étaient les enfants de France? Charles, Henri,
François-Hercule et Marguerite?
Se détestaient-ils autant qu’on le raconte? Et vous
appréciaient-ils à votre
juste valeur?
Je vous tiens en estime, chère tante, vous autant que notre
tante Eléonore avez
su laisser sur le trône de France un souvenir certes
effacé mais tout à fait
charmant.
Charles,
Je suis devenue
française en me mariant, certes, mais je me suis toujours sentie
profondément allemande. Je n'ai pas appris la langue et j'avais
par conséquent du mal à faire ma place
au sein de ma famille royale. On faisait peu d'efforts pour m'aider
à m'intégrer. La cour de France ne parlant que sa propre
langue, contrairement à la mienne où l'on employait aussi
bien l'allemand que l'espagnol, je ne pouvais m'exprimer qu'à
l'aide d'une de mes dames de compagnie, la comtesse d'Arenberg. En
aucune façon, on ne m'a préparée à
régner, seulement
à obéir, à me taire et à remplir mes
devoirs conjugaux. J'étais là pour donner un dauphin
à la France, et non pour m'occuper de politique ou animer la
cour. La Reine Catherine y a toujours veillé, désirant
jalousement rester la maîtresse du jeu. Je ne devais point non
plus trop me rapprocher de mon époux, avec lequel je pouvais
parler directement, car il parlait
un peu l'espagnol, car il ne fallait pas que je prenne de l'ascendant
sur son coeur. J'ai passé cinq ans dans cette cour comme en
terre étrangère.
Les frères du roi
avaient peu d'égards pour moi, se contentant de me manifester
une froideur polie. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'ils se
détestaient, il y avait seulement de l'animosité entre
eux, surtout à cause de la préférence
marquée de la Reine pour Henri. Mais Marguerite fit toujours
preuve d'une bienveillance extrême envers moi. C'est une des
seules personnes de la cour dont j'ai vraiment un bon souvenir, et avec
laquelle je suis restée en relations après mon
départ de France.
Élisabeth |