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Cher bon vieux Jules-Amédée,
J'apprécie l'épigraphe de la deuxième
édition de votre «Vieille maîtresse», comme vous le voyez. Justement,
parlons-en, si vous le voulez bien. Et déjà, le titre: «Une vieille
maîtresse». Vous commencez très fort. Quelle provocation dans cet article
indéfini! «Une»? Alors, comme ça (c'est ce qu'on se dit en lisant le titre), il
y en a d'autres? Et puis, ce n'est pas tout. Elle est «vieille» aussi.
Voulez-vous nous dire que c'est une ancienne ou bien juste qu'elle est âgée? Ah,
trublion! Les deux, je gagerais.
Votre œuvre, cher poète, fleure bon le
soufre. Et le fagot, aussi. Mais enfin, ça embaume le stupre! Bien sûr, c'est
admirable. Mais tout de même, vous osez! On vous en remercie.
Et Ryno?
C'est un masochiste fini. Doublé d'un Lovelace d'une étonnante mauvaise foi.
Quel beau parleur! Mais quel bonhomme peu fréquentable! Et le Prosny, alors,
qu'en dire? Ha, le «vieux roué»! C'est mon préféré. C'est un vieux beau, mais
laid, n'est-ce pas? Enfin, il ne s'adapte pas trop mal au faubourg! En voilà un
autre, de personnage sympathique, oui-da, le faubourg! Et les deux vieilles:
Flers, la précieuse, vieille traînée. Ah, elle en ferait bien son quotidien, du
jeune (plus tant que ça, au fait) et fringant Ryno. D'Artelles est drôle.
Etait-elle pire que Flers dans sa jeunesse? Vous auriez pu plus développer leurs
jeunes années, tout de même. Mais merci mille fois de ne pas l'avoir fait.
Hermangarde a beau être blonde et séraphique, elle n'en est pas moins
polissonne. Ne boit-elle pas dans le même verre que Ryno? Seulement, quand c'est
avec Vellini que cela arrive. Eh bien, le verre casse. L'Espagnole! Toujours
avec une cravache et un couteau. Voyez-vous ça! Sans équivoque.
Vous êtes
superbe, vous, l'homme de droite qui n'aime ni la droite, ni la gauche, le
catholique plus près de Satan que du Bon Dieu, le Normand quand il est à Paris
et le parisien quand il est en Normandie!
Permettez-vous une question
personnelle? Si oui, mais que s'est-il donc passé avec Trébutien?
Si vous
me répondez, je retournerai sur votre tombe pour y déclamer l'Ode aux Héros des
Thermopyles.
Bien à vous et à bientôt,
Pseudoârtâbâs, l'oeil du...
Sâr?
Cher «admilecteur»,
Votre analyse des êtres qui hantent cet écrit est
tout à l'à-venant.
Il vous a certainement échappé que l'article indéfini
«une» est défini dans le cercle de ma mémoire qui revoyait un homme
fougueusement jeune et ensorcelé par UNE femme qui fut TOUTES femmes, mais
dépeintes à chaque âge et à chaque moment sentimentaux, ce qui est
pareil.
Chacune des femmes est la même, figure polymorphique d'un même
masque.
Ryno n'est que le réceptacle de toute ces formes que deviennent
les femmes quand s'effeuille le calendrier des leurres. Relisez et vous verrez
que l'être de vos pensées est ou deviendra toutes ces formes: femmes lasses et
fougueuses, belles et laides, prudes et avides, jeunes et vieilles, épouses et
maîtresses. Vous seul serez le point fatal où tout converge.
Que s'est-il
passé avec mon ami Trébutien? Une brouille du genre amoureuse. On ne peut haïr
que ce qu'on a aimé!
Venez sur ma tombe d'un pas alerte et droit, avec le
cœur cambré en ce corset d'élégance et d'ironie qui vous cabre contre les
épuisements des vilains; cela suffira; laissez cet «Ode» là où je l'ai enterré:
dans les méandres incertains de la jeunesse. |