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Waleran
écrit à

Jules Barbey d'Aurevilly


L'ensorcelée


    Bonjour, messire,

J'ai lu votre écrit qu'est «L'ensorcelée», il est magnifique. J'ai beaucoup aimé comment vous avez décrit tout cela. Sachez que lors de mes études dans la littérature, dès que votre nom apparaissait sur la liste des écrivains à choisir; je vous préférais toujours à d'autres. J'ai donc aussi lu «Les Diaboliques» que j'ai grandement appréciées.

Dans nos écrits vous concernant on vous décrit comme un royaliste frustré par la révolution. Cela est-il vrai? Êtes-vous vraiment royaliste? Aujourd'hui l'être est limite une honte, et seuls quelques hommes courageux (comme moi) prétendent l'être publiquement.

Dans l'attente de votre réponse, que Dieu vous bénisse.

Waleran

Cher admirateur de mes oeuvres,
 
Notre Aujourd'hui ne favorise pas la liberté d'être. Sauf à être... comme tous et toutes, entre gris clair et gris foncé. Mais afficher la couleur vive bleu liserée des ors du lys choque l'égalitarisme de bon ton; car être royaliste au temps de la monarchie naguère défunte avait un sens où le Roi était à portée de trône. Aujourd'hui l'être est une nostalgie qui ne dit pas son nom. D'ailleurs les «citoyens» actuels sont des nostalgiques adeptes du chef meneur d'hommes à la poigne toute puissante après Dieu. Ils l'ont voulu, ils l'ont eu. Il n'y a aucun courage à s'affirmer royaliste, anarchiste, mahométan ou célibataire; expérimentez l'élégance vestimentaire, le soin extrême de sa toilette et vous m'en direz des nouvelles. Au temps du relâchement moral et des moeurs déboutonnées, être élégant de corps et d'esprit, être attentif aux «petits» et fustiger les «grands», là est le vrai courage.

Sachez que j'ai plus été loyaliste que royaliste, fidèle à une seule loi: la mienne, à un seul roi: moi seul. Et affirmer le roi comme gouvernant allait de pair avec mon catholicisme, l'un s'appuyant sur l'autre car la royauté est un bébé dans un berceau mystique. Mon dégoût des médiocres m'a poussé à choisir ce Temps où existait la véritable chevalerie.
Jeune oison, plus que royaliste, soyez chevalier, en ayant toujours à l'esprit que c'est la Cause qui vous choisit plus que vous ne la choisissez. Peut-être avez-vous un désir infini de conquérir des avenirs héroïques?

Ma grande Cause? Le luxe d'être un conquérant de l'Inutile.

Le connétable,
A-J. B d'Aurévilly

Recevoir de vous une réponse à ma missive, Messire, est pour moi un immense honneur. Qu'il est bon de parler à quelqu'un que nous estimons et qui a des choses à nous apprendre. Vous me demandez, Messire, d'être chevalier mais cela demande une grande force et je crains de ne pas l'avoir. Tout ce que vous m'avez dit sur vous m'a éclairé sur vos oeuvres. Comme je l'ai dit j'ai beaucoup aimé «l'Ensorcelée» et notamment l'amour que Jeanne Le Hardouey porte à l'ancien chouan prêtre. J'ai aimé lire cet amour destructeur car il y a certains moments où dans cet amour j'ai ressenti la même chose que Jeanne le Hardouey.
 
Que Dieu vous garde, Monseigneur.
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