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Bellerente
écrit à

Jules Barbey d'Aurevilly


La dérision


    Monsieur,

Lisant votre Journal il y a bien vingt ans alors que le devoir me gardait prisonnier d'un bureau certes confortable mais quelque peu déserté, j'ai cherché en vain à comprendre quel était votre avis, voire votre opinion, sur la dérision. Bouclier? Écran? Planche de salut?

Votre bien obligé,

Bellerente



Tout d'abord, merci de votre propos. Car voyez-vous, la dérision n'est ni un bouclier, ni un écran, ni une planche de salut.

Outre que ce peut être tout cela à la fois, la dérision est surtout un regard porté sur les choses et les êtres. Mieux, c'est la chose ou l'être en question qui nous force au regard de dérision. Et par un prompt retournement, ils fouillent en notre âme le dégoût des viles choses pour faire émerger un nageur hors pair qui fustige tout ce qui coule et ruisselle.

J'aurais dû m'attarder plus longuement sur l'ironie qui est la plus noble des attitudes face au dérisoire: le dédain. Opposer au monde commun et grégaire, à la société démocratique surévaluant les lieux communs et autres platitudes, l'air narquois de sa supériorité singulière et indépendante, voilà ce que j'aurais dû développer pour fouetter les instincts aplatis de mes contemporains.

Gardez-vous du groupe, favorisez la société des honnêtes gens choisis. Restez au-dessus des flèches pour atteindre avec les vôtres, et les jours passeront avec le calme chuintement de vagues furieuses qui attendent la bonne et vraie tempête: celle qui ne laisse que désolation sur son passage.

Bien à vous,

A-J B.  d'A.
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