Tiberius |
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| MARTINA IMPERATORI CAESARI AUGUSTO SDP SVBEEQV Ave Imperator, Comme tu peux voir j'ai aussi un prénom latin... Moi, je crois qu'il est formidable parce que j'aime le latin et j'aime l'histoire de l'ancienne Rome, en particulier ton histoire. Ma question est très simple: qu'est-ce que tu penses du fils de ta femme, Tiberius? Quels sont vos rapports? Je sais que tu lui préfères ton neveu, Marcus, et aussi l'autre fils de ta femme, Drusus... GRATA TIBI SUM AVE Martina |
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| L'Empereur César Auguste à Martina, salut. Bien que je ne le connaissais pas, ton prénom est en effet très joli; et la fierté que tu en as à cause de son origine romaine me ravit. D'ailleurs, à mon époque, il ne pouvait pas être un véritable prénom, mais peut-être un nom de famille. Dans ce cas, étant donné que je n'en avais jamais entendu parler, il se peut que les Martini soient arrivés à Rome après mon principat. Sur ce que je pense de mon fils Tibère, je me suis déjà exprimé assez longuement dans la deuxième partie de ma lettre précédente. Mes rapports avec lui ont toujours été bons, malgré le caractère un peu méfiant et rancunier que Tibère avait dès son enfance. Je savais bien que son attitude n'était pas tellement due aux traditions hautaines des Claude, mais plutôt au sentiment d'avoir été abandonné par son père naturel, ce qui l'avait profondément déçu. C'est pourquoi j'ai toujours respecté son indépendance intellectuelle, tout en lui assurant la meilleure des éducations, ainsi que mon affection et ma plus grande attention vis-à-vis de toutes ses exigences, comme il se convenait à l'aîné de ma femme bien aimée et à l'enfant dont j'étais déjà le tuteur bien avant d'en devenir le père adoptif. Son frère Drusus avait un caractère complètement opposé. Il était né après mon mariage avec Livie, et il n'aurait jamais pu imaginer que sa place aurait dû être à l'extérieur de notre famille. Il se trouvait donc parfaitement à son aise dans sa propre position, et il savait vivre sa vie en se gardant toujours spontané, ouvert et serein. Cela lui assurait les plus grandes faveurs de la Fortune: notamment, le don de plaire, aussi bien que celui de remporter des succès en tout ce qu'il entreprenait. Ces mêmes dons, il les a transmis à son aîné Germanicus, qui les a, à son tour, transmis à son fils Gaius. Quant à mon neveu, Marcus Marcellus, il était, lui aussi, le fils d'un Claude, mais il avait surtout pris de sa mère, la forte et généreuse Octavie, les meilleurs côtés de son caractère, tout comme la noble douceur de ses traits. C'est donc grâce à sa valeur et à ses mérites, et non pas à cause des démérites de Tibère, que j'ai préféré Marcellus à tous les autres quand j'ai choisi le premier mari de ma fille Julie. Vale, IMP. CÆS. AVG. |
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| Ave imperator, C'est toujours moi, Martina, et j'ai une autre question à te poser. Merci d'abord pour ta réponse; bien, je sais que quand ton neveu et ton ami Agrippa sont morts, tu as décidé de marier ta fille avec Tiberius et je comprends que tu l'aies fait parce que tu as pensé qu'il était le meilleur; mais j'ai lu que Tiberius n'était pas en bons rapports avec ta fille, et qu'il ne l'aimait pas, pas seulement comme femme, mais aussi comme... soeur, on peut dire, comme fille. Est-ce vrai ou faux? Et puis, c'est vrai que lui (Tiberius) n'avait pas des bons rapports avec ton neveu? Moi, j'ai lu beaucoup de choses, mais je n'ai pas compris le truc... GRATA TIBI SUNT.Martina. |
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| L'Empereur César Auguste à Martina, salut. Il n'y a aucun mystère à dévoiler. Dès sa plus tendre enfance, Tibère a vécu dans ma maison, où sont très vite arrivés deux nouveau-nés: son frère cadet Drusus et sa demi-soeur Julie. Ces trois enfants ont grandi ensemble, et en compagnie d'un grand nombre de cousins et d'autres amis fraternels, qui étaient tous de la même génération et à peu près du même âge. Cette bande comprenait, entre autres, tous les enfants de ma soeur Octavie - c'est-à-dire les deux Marcella et Marcus Marcellus (qu'elle avait eus de Gaius Marcellus), ainsi que les deux Antonia (qu'elle avait eues de Marc Antoine) - et les deux Vipsania que mon ami Marcus Agrippa avait eues de Caecilia Attica. Lors de mon triomphe pour la victoire navale d'Actium, je me fis accompagner par les deux garçons les plus grands: Marcus Marcellus, qui monta sur le cheval de droite de mon quadrige, et Tibère, qui monta sur celui de gauche. Après les trois jours de triomphes, le dernier desquels fut celui sur l'Égypte, le groupe de garçons et filles qui fréquentaient régulièrement ma maison s'agrandit encore, puisque Octavie décida d'accueillir auprès d'elle tous les autres enfants survécus de Marc Antoine: Iullus Antonius, fils de Fulvia, plus Ptolémée Philadelphe, Cléopâtre Sélène et Alexandre Aelius, fils de Cléopâtre. C'était l'an de mon cinquième consulat: Marcellus avait alors 14 ans, et Tibère en avait 12. Ma fille Julie en avait 10, comme Antonia l'aînée, alors que tous les autres étaient un peu plus grands (entre 11 et 15 ans), sauf Antonia la jeune, qui en avait 8. Tout ce joli petit monde resta très uni pendant toutes les années suivantes, jusqu'au moment où commencèrent les premiers mariages. Plusieurs de ces mariages ont eu lieu entre eux, comme ceux de Julie avec Marcus Marcellus, de Tibère avec Vipsania Agrippina, de Drusus avec Antonia la jeune, et, plus tard, de Iullus Antonius avec Marcella l'aînée. Parmi les autres mariages plus importants, tu te rappelleras probablement de ceux de Marcella l'aînée avec Marcus Agrippa, d'Antonia l'aînée avec Lucius Domitius Ahenobarbus, de Vipsania l'aînée avec Publius Quinctilius Varus, et de Cléopâtre Séléne avec Juba, roi des Maures. Voilà le cadre général dans lequel se situent l'enfance, l'adolescence et la première jeunesse des trois personnes que tu nommes dans tes questions: Julie, Marcus Marcellus et Tibère. Il n'est pas difficile de comprendre quelles étaient les relations entre eux. Ils se connaissaient intimement dès l'enfance; ils savaient parfaitement quels étaient leurs qualités et leurs défauts, leurs points de force et leurs faiblesses, leurs ambitions et leurs soucis. Ils n'auraient pu rien se cacher, puisque chacun d'entre eux était en mesure de s'apercevoir immédiatement du plus petit trouble qui pouvait atteindre chacun des autres. Venons alors à tes deux questions spécifiques, en commençant par celle sur les rapports entre Tibère et Marcellus. Tu as vu que, pour mon triomphe, j'avais réservé à mon neveu la première place à mes côtés, tout en laissant la deuxième place à Tibère. Est-ce que, pour cette raison, celui-ci aurait pu, à 12 ans, être jaloux de Marcellus, qui avait deux ans plus que lui? Même si cela me semble assez improbable, je ne pourrais pas l'exclure totalement; mais s'il avait vraiment eu cette jalousie, je n'y trouverais rien d'affreux. Et je resterais de la même idée si Tibère avait éprouvé ce sentiment pendant son adolescence ou sa première jeunesse. Toutefois, il n'y a jamais eu, dans le comportement de Tibère, aucun symptôme de ce supposé malaise, qui serait, en tous cas, resté sans aucune conséquence. Que s'est-il enfin passé entre Tibère et Julie? Tant qu'ils sont restés chez moi, leur accord était total; ou, du moins, c'était ma fille qui, grâce à ses manières et à sa détermination, réussissait toujours à obtenir de son demi-frère aîné tout ce qu'elle voulait. Quant à lui, il grognait, mais il ne lui refusait rien. Après leurs respectifs mariages, leurs rapports sont restés très bons, avec une plus grande considération réciproque, et peut-être même avec un peu plus d'affection et de tendresse. Cela a contribué à me convaincre que, après la mort prématurée de mon ami Marcus Agrippa, le meilleur mari pour Julie aurait été Tibère. D'ailleurs Julie s'était démontrée, avec Marcellus, une femme très éprise de son mari. Elle avait ensuite fait preuve d'un profonde conscience de ses responsabilités lorsque je lui avais proposé son deuxième mariage, avec celui qui avait toujours été pour elle le charmant «oncle» Marcus Agrippa, puisqu'il avait le double de son âge. Mais, avec lui, elle avait été la plus douce des épouses et une mère de famille particulièrement prolifique, ayant mis au monde cinq enfants dans l'arc de huit ans. Malgré ces très heureux précédents, son troisième mariage, cette union qui semblait devoir être la plus désirée soit par Julie que par Tibère, n'a pas du tout marché. Que voyait-elle de tellement répugnant en Tibère pour s'en éloigner si vite? Comment ce mariage a-t-il pu induire ma fille adorée à se jeter dans un autre genre de vie et à y rester avec la plus grande obstination, tout en sachant qu'elle aurait ainsi perdu tous ses privilèges et même sa propre liberté de mouvements? Je n'ai pas de réponses à ces questions, qui me donnent le plus grand tourment. Ne me demande plus rien à ce sujet, parce que je ne veux plus y retourner. Vale, IMP. CÆS. AVG. |